Renaissance de l’art de vivre de nos jours : émergence de l’individualisme et l’art de vivre dans des sociétés structurantes et contraignantes
Suite à l’évolution de la société, un certain nombre de
questions a été soulevé sur un plan plus large concernant la renaissance de l’art de vivre sur un plan plus large. Les
déclencheurs peuvent être multiples selon les époques : moindre
importance des religions, moins de contraintes sociétaires et de préceptes
moraux, plus de moyens pour choisir sa vie (pas pour tout le monde évidemment),
crises de toutes sortes (climat, énergie, pollution, pandémies, renaissance des
extrêmes-droites, démocraties en pertes de vitesse, etc.). Il y a eu un
changement de paradigme
dans l’histoire ou on passait du collectif à l’individuel. Ainsi, mai 68 a
certainement contribué au changement d’un paradigme sociétaire ainsi que le
phénomène des hippies aux États-Unis.
L’individualisme ne primait donc pas toujours. Il est
plutôt récent. Les anciennes structures sociétaires, plus ou moins ou
contraignantes, s’évaporent de plus en plus, laissant un vide que les individus
doivent remplir par eux-mêmes, sans y être nécessairement préparés.
En effet, on peut se demander si la
notion d’art de vivre aurait du sens dans une société fortement structurée où
les rôles des individus sont programmés et définissent a priori leurs
activités. Dans une telle société, l’art de vivre est pris en charge, en
quelque sorte, par exemple par les préceptes d’une religion ou l’appartenance à
une certaine classe/couche sociale. Et ces structures fournissaient aussi un
sens aux individus. Les comportements étaient alors surveillés et soumis à des
contraintes spécifiques. De tous temps, la religion donnait un sens de la vie aux
hommes. Les échappatoires sociales étaient difficiles et les non-observations
étaient sanctionnées . Ceci a changé lorsque la société glissait de plus en
plus vers l’individualisme. Ainsi, les libertés des choix individuels sur le
genre sont devenues plus grandes alors qu’antérieurement, par exemple,
l’attribution officielle du sexe (homme/femme) était octroyée par la société.
Les dérapages à ce classement binaire étaient sanctionnés au moins socialement
(il fallait à l’époque du courage pour « s’outer » comme homosexuel,
sans parler du rejet complet des transsexuels) sinon mêmes fortement pénalisés.
Rappelons qu’il y a encore aujourd’hui des pays qui sanctionnent
l’homosexualité par la peine de mort. Heureusement que ce genre de politique
n’existait pas du temps des grands philosophes grecs. Si tel avait été le cas,
il est possible qu’un certain nombre de fameux textes philosophiques n’existeraient
pas. Mais ce courant libertaire ne s’est pas répandu dans toutes les sociétés.
Il suffit d’écouter les discours d’un Poutine à ce sujet, sans parler du parti
communiste chinois. L’art de vivre me semble n’avoir aucune chance d’être vécu
chez les talibans.
Le passage à l’individualisme est formalisé par le
discours du passage de la modernité à la postmodernité (Serge Carfantan). Dans
les années de guerre, le slogan était « travail, famille, patrie ».
Selon Carantan, « la modernité culminait dans un ensemble de valeurs
axées sur l’effort, la discipline, le travail, le sacrifice de l’individu au
profit de la société, la confiance indéfectible dans les grands idéaux
politiques hérités des lumières, la foi dans le progrès porté par l’étendard de
la science et l’enthousiasme illimité en faveur de la technique. La
postmodernité semble avoir pris le contre-pied exact de la modernité. Il suffit
d’examiner les mentalités ordinaires. Nous ne vantons pas l’effort pour l’effort,
nous n'avons cure de la discipline, la morale a plutôt mauvaise presse, nous
vivons dans une ère de laxisme délibéré. Le travail a cessé de représenter une
valeur indiscutable. Nous avons perdu la foi dans les idéologies du sacrifice
pour un hypothétique salut au profit de la société. Notre époque est plutôt
celle de l’hyper-individualisme. Nous ne croyons plus guère dans le progrès car
nous avons vu venir son reflux inhumain dans la barbarie de l’histoire. La
science nous inquiète, la technique nous fascine, mais nous savons aussi
qu’elle est ambiguë. …. La postmodernité, c’est l’individualisme
exacerbé. Dans le désinvestissement de la sphère publique, au profit de la
sphère privée, il y a un changement de finalités. Aujourd’hui, dit-on, on ne veut
plus changer le monde, on veut en profiter. C’est autour de ce mot fétiche,
« profiter », que se tisse la constellation de nos valeurs
postmodernes. Profiter, c’est tire parti, exploiter, extorquer, c’est
accumuler, faire de l’argent. En bas de l’échelles sociale, l’homme postmoderne
est un consommateur (il profite des soldes 😊), en
haut de l’échelle sociale, c’est un spéculateur (il fait du profit en bourse).
C’est à partir de là que nous pouvons ressaisir la signification de l’hédonisme
contemporain, entièrement égotique ».
Dans ce contexte, il est intéressant de discerner
égotique, égoïste et égocentrique. Égoïste est souvent utilisé pour décrire des comportements où l'intérêt
personnel prime sur celui des autres. Égocentrique se concentre sur une
perspective intérieure intense et une difficulté à prendre en compte les
perspectives des autres. Égotique met l'accent sur une tendance à
l'auto-promotion et à l'expression ostentatoire de l'ego. Ces termes ne
s’excluent pas et je pense que dans notre monde contemporain on retrouve les
trois à tout bout de champ, même réunis sur une seule personne.
Si l’individualisme assez récent donne bien des latitudes
aux individus dans un certain nombre de choix, il ne faut cependant pas perdre
de vue que les structures des sociétés actuelles sont en partie désaliénantes,
limitant les possibilités d’autodétermination. L’appartenance à certaines
classes sociales (quartiers « chauds » dans les villes françaises) ferme
bien des options d’avenir pour certains. Trouver un emploi stimulant est bien
souvent difficile sinon impossible. Les limites des moyens financiers ne
permettent pas toujours de réaliser ses désirs/rêves et on doit se contenter de
choses banales. S’il y a bien des choix dans l’étourdissement par des
« events », des vacances à l’étranger, dans la consommation, dans la
mode, etc., il y a ici aussi des limites, financières entre autres. Par
ailleurs, ce genre d’autodétermination par la consommation risque de ne pas
être tout à fait satisfaisant. Et puis, avec la crise climatique, cette
consommation en soi superflu trouvera aussi bientôt ses limites. N’y a-t-il pas
une contradiction d’inciter les gens à consommer pour relancer la demande
intérieure et l’incitation à des économies dans toutes sortes de
domaines : chauffage par exemple, utilisation de la voiture électrique
(dont l’utilité est loin d’être prouvée), les produits voyageant des milliers
de kilomètres (globalisation) afin/avant d’atteindre sa destination (à
commencer par Apple dont les produits sont essentiellement produits en Chine)
et autres aspe cts. Il ne faut pas oublier que la consommation d’un produit
nécessite beaucoup d’énergie grise et des ressources matérielles importantes.
Les compagnies aériennes, estiment que le nombre de passagers va
considérablement augmenter dans les prochaines 10 années. La progression
actuelle des transports aériens est seulement limitée par le manque d’avions et
autres ressources, dont humaines (article dans un « Manager Magazin »
récent).
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