Le bonheur et la bonne vie
Mais ce parcours laisse en suspens un certain nombre de notions qui s’apparentent mais qui ne sont pas nécessairement synonymes. Est-ce que l’art de vivre concerne une bonne et/ou belle vie ? Qu’est-ce qu’une vie bienheureuse ? Le bonheur est-il fugitif ou peut-il s’installer en permanence dans une vie ? Si l’art de vivre est un moyen pour atteindre le bonheur, peut-il s’exercer sur tous les plans de la vie quotidienne ou est-il réservé seulement à des moments de grâce (fortuits ou construits) par intermittence ?
Par exemple, la notion de bonne vie peut être associée à
un certificat de bonne vie et mœurs. On peut en déduire qu’on est dans une
situation de conformité aux normes de la société, sans aucun lien avec un état
d’âme positif du citoyen concerné.
Cette simple notion, utilisée très souvent à tort et à
travers sans définition précise (peut-est-ce impossible), est en soi une
histoire sans fin dans les débats philosophiques.
Il y en a qui pensent qu’une bonne vie représente une vie
heureuse, accomplie et réussie. Elle aurait comme base l’épanouissement
personnel en développant au maximum les talents intrinsèques propres en prenant
plaisir à les exercer dans des activités choisies (peinture, musique, cuisine,
sport, débats et discussions, écriture, méditations et yoga et autres) dans un
esprit d’immersion complète dans ces activités. On peut se poser la question si
on peut s’immerger dans n’importe quelle activité aussi sublime ou banale
qu’elle puisse être, pour connaître ce sentiment de flow ? On se trouve
dans le cadre de l’épanouissement d’un mode de vie si on jouit de circonstances
exceptionnelles permettant de vivre une telle vie. Mais l’homme a-t-il la
possibilité de vivre à tout instant de la journée ce genre de mode de
vive ?
Je crains fort qu’il y ait beaucoup de gens ne pouvant
jouir de ces avantages faute de moyens et de temps.
Faute d’activités sublimes possibles, peut-on faire de la
« bonne vie » une attitude de l’esprit pour toutes les activités
humaines, transcendant en quelque sorte la banalité des actions. Une telle voie
semble être tracée par exemple par l’esprit Zen, encore qu’il ne semble pas facile
de se mouvoir dans un tel contexte. Mais on voit comment on peut s’égarer très
vite dans ce genre de réflexions.
On a le même genre de problème avec la notion
« heureux ». Qui ne voudrait pas être heureux. Mais qu’est-ce que
cela veut-il dire ? Si on examine les définitions de cette notion, on est
dans un domaine de tout et de rien.
Les synonymes de
la notion d’heureux (Le Robert) n’arrangent pas les choses :
- content, béat, épanoui, radieux, ravi, satisfait, aux anges (familier), aise (littéraire)
- serein, comblé, tranquille
- charmé, enchanté, ravi
- chanceux, favorisé, fortuné, veinard (familier)
- avantageux, bon, favorable
- harmonieux, beau, réussi, bien trouvé
Pour
moi, ce ne sont que des approximations renvoyant à des situations peut-être proches,
mais différentes en soi par des nuances. Un exercice intéressant pourrait consister
à relever toutes ces nuances et de les départager entre elles.
Les notions de « favorisé, fortuné, veinard (familier),avantageux, bon, favorable » renvoient à des situations où le fait d’être heureux semble lié à un subissement de facteurs externes. On y subit un art de vivre bienveillant sans y concourir par ses propres forces. Cela semble plutôt contraire à la construction personnelle d’un art de vivre. Cette issue bienheureuse ne peut s’appliquer qu’à une certaine catégorie de personnes qu’il serait intéressant de connaître à des fins heuristiques. Encore faut-il trouver ces personnes dans une population pour analyser les facteurs de cette situation et en tirer peut-être des hypothèses de travail. Certaines questions pourraient y aider :
- Qui jouit du bonheur, qui est durablement content de son sort ?
- Qui est très satisfait, très content de ce qui lui advient ou de ce qui se produit en général ?
- Qui est favorisé par le sort dans une activité, un domaine ?
- Qui est favorisé par le hasard, le destin ou la nature ?
- Qui est favorisé par le destin en général ?
- Qui bénéficie d'une chance favorable ?
- Qui est favorisé par le sort ?
- Qui semble marquer une disposition favorable de par sa nature ?
La notion d’heureux est évidemment aussi associée à la
notion de bonheur. Et le calvaire de trouver des définitions éclaircissantes continue.
Mais peut-être le terme de bonheur est une expression trop forte, une utopie,
un état désirable car ne pouvant pas durer. Il s’agit alors peut-être de
moments spéciaux éphémères qui sont plus ou moins nombreux mais qui ne sont pas
présents en permanence et s’intercalent dans un flux du temps plus
terre-à-terre. Encore faut-il reconnaître ces moments spéciaux et se rendre
compte de leur nature.
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