L’art de vivre et la retraite
Quelque part après la fin de la vie professionnelle se
pose (peut-être) la question : comment vivre le restant des jours ?
Est-ce que ma manière de vivre actuelle me convient toujours, sans être
époustouflante, tout en m’y accommodant ? Ou est-ce que je voudrais à
l’avenir vivre en quelque sorte une vie plus trépignante et riche, en étant en
permanence dans un flow permanent. Un tel état « d’euphorie » et trépignant
me permettrait de ne pas poser des questions sur une bonne, meilleure vie car
étant tout le temps sur la brèche. Il se peut cependant qu’une telle vie frénétique
reste quand même terne, emmerdante, pénible et engluée dans des contextes
mornes dont on ne se sent pas capable de sortir par habitude ou fatigue ou
résignation ou autre état d’âme inhibiteur au changement ? Mais il y a
aussi le contraire. Il y a eu des peintres célèbres (Toulouse-Lautrec, Renoir,
Monet, Degas) qui ont continué à peindre malgré des handicaps sérieux
À la retraite tout change car il y a une rupture des
conditions par rapport à la vie professionnelle (dans le sens large du terme). On
est en quelque sorte déshabillé de son mode de vie
actif/professionnel/gagne-pain et on se retrouve plutôt nu. On doit commencer
par s’habituer à cette nudité et se revêtir. Quand on est nu, ce n’est pas
toujours très beau à voir. C’est un peu comme le propre corps vieilli qu’on
observe dans la glace. Esthétiquement, il vaut souvent mieux le couvrir. Ou on
peut aussi le formuler autrement : on ressent un vide par rapport aux
obligations, situations, activités liées à la vie « professionnelle »
pour gagner l’argent nécessaire pour vivre. Car tout ce volet n’existera plus.
Il faudra se réinventer et combler la vie devenue plus vide par autre chose.
Ceci est d’autant plus vrai pour les personnes dont la vie jusqu’à ce point se
résumait à travailler, se nourrir, se reposer pour recommencer le lendemain. Beaucoup
de choses, strictement liées à cette période active, sont définitivement
perdues. Il suffit de se rendre compte que les anciennes relations
professionnelles, du moment où elles n’ont pas créé des relations personnelles
sur le plan privé pendant la vie professionnelle, se perdent et le champ social
se rétrécit. Souvent, à la retraite, on devient un « nobody » qui
n’est plus « demandé ». Il est vrai qu’on peut transposer certaines
activités non-professionnelles de cette période professionnelle dans la vie de
retraité car ne dépendant pas directement de cette tranche de la vie :
relations sociales privées, activités sportives, culturelles et autres. Mais il
faudrait les gonfler pour remplir le vide temporel professionnel et le cas
échéant en rajouter de nouvelles. Qui n’a pas connu des retraités qui
s’occupent avec des futilités qui ne les comblent pas vraiment, mais qui leur permettent
de tuer le temps en attendant Godot.
On bénéficie avec un peu de chance d’une pension non-négligeable,
ce qui n’est pas le cas pour beaucoup de gens dont la vie même peut devenir une
question de survie à la retraite les obligeant à avoir de « petits »
emplois pour boucler les fins du mois. Mais le pouvoir d’achat en retraite se
rétrécit quand même. Heureusement que le logement est très souvent payé et les
enfants sont partis. Ce sont ces dépenses au moins en moins. On essaie de
garder son train de vie et ses habitudes dans la mesure du possible. Peut-être
qu’il y a des petits-enfants qui nous occupent plus ou moins selon l’engagement
qu’on veuille prendre à leurs égards. Mais on dispose de plus de temps libre,
en principe 8 heures de plus par jour par rapport à la vie active, ces 8 heures
(et souvent plus avec le trajet au travail) étant indisponibles à l’époque à
cause des contraintes horaires de la vie professionnelle. Comme beaucoup de
contraintes sont tombées, on dispose aussi d’une plus grande liberté de
décision. On est dans la situation heureuse de pouvoir peut-être vivre plus
intensément des occupations/hobbies qu’on pratiquait déjà pendant la vie
professionnelle. On peut aussi s’adonner plus facilement à des occupations
nouvelles dont on rêvait pendant la vie professionnelle mais pour lesquelles on
ne disposait pas du temps et des moyens nécessaires. Qui n’a entendu parler des
proches ou connaissances annonçant de grands projets prévus à la retraite.
On pourrait considérer que tout baigne, mais pas pour
tout le monde. Il y a beaucoup de personnes qui ne disposent pas des moyens
pour s’adonner à plein à des activités dont elles rêvaient pendant la vie professionnelle.
Pour certaines même, la retraite peut devenir un combat de survie si elles
n’ont pu mettre de l’argent de côté et/ou disposer d’une pension décente par
rapport à des attentes raisonnables. Tout est évidemment une question
d’attentes et de demandes personnelles. Si on vise trop haut, on ne peut être
que déçu. Mais ceci est vrai pour toutes les étapes de la vie.
Pourquoi se poser alors (subitement) des questions sur
l’art de vivre si on se fait vieux ? Est-ce que cette question est liée à
celle du sens de la vie. Étant jeune, on ne se posait probablement pas des
questions sur le sens de la vie. On avait des projets de vie, plus ou moins
conventionnels ou parfois extraordinaires, pour ce qu’on voudrait faire dans la
vie active à venir. Et on œuvrait dans ce sens pour atteindre ces buts, avec
plus ou moins de bonheur et de succès. Mais on se rendait éventuellement compte
qu’il n’était pas si facile que ça d’atteindre tous ses/ces buts qu’on s’était
fixés dans un premier enthousiasme. Et il fallait revoir éventuellement ses
points de vue et objectifs en devenant peut-être plus réaliste et en même temps
plus modeste.
À la retraite, les dés sont jetés d’une certaine manière.
Les choix deviennent certes plus libres, mais se heurtent aux limites des
moyens disponibles pour les futurs projets dans la vieillesse (troisième âge,
quatrième âge?). Les moyens disponibles nécessaires sont d’ordre physiologique,
mentale, matériel, social et autres. Selon le niveau où on se positionne dans ces
différents domaines, tout ce qu’on s’imaginait vouloir faire ne sera
éventuellement pas possible. On risque d’être déçu par une certaine réalité imposée
par les circonstances par rapport aux projets personnels et tout dépend de la
future attitude pour vivre la « meilleure vie possible" en fonction
des moyens et des limites qui (se) sont créées.
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