Egöisme versus philantropie

 À la base, un art de vivre est propre à l’individu et est donc raisonnablement égoïste et égocentrique par sa nature. Mais les manifestations de l’art de vivre peuvent aussi être philanthropes pour différentes raisons, notamment si une personne trouve son bonheur à faire le bien pour les autres, même si c’est dû à un syndrome du sauveur ou d’autres raisons. Dans ce sens, il y a peut-être lieu de s’interroger sur les motivations du bénévolat. Une étude (parmi d’autres) montre dans ce contexte que les motivations peuvent être plutôt égoïstes et pas nécessairement philanthropes.

Une étude a trouvé les motivations suivantes à la base du bénévolat :

Encore une autre étude a trouvé un autre fundus de motivations un peu différent :

·                 S’épanouir personnellement

Défendre une cause

Appartenir à une équipe et faire des rencontres

Exercer une responsabilité

Avoir une certaine reconnaissance sociale

Contribuer aux succès d’un événement d’envergure

Rencontrer des personnalités (athlètes, entraineurs, artistes, chanteurs …)

Faire partie d’un des plus grands événements de la région, de France ou du monde

Vivre des moments inoubliables

Être au cœur d’un événement, le vivre de l’intérieur

Faire la fête et passer des moments de convivialité

Aider les autres


Encore une autre étude a trouvé un autre fundus de motivations un peu différent :

·         Développer ses connaissances

·         Développer son réseau professionnel

·         Acquérir un savoir-faire

·         Partager des moments de convivialité et de rencontre

·         Être informé avant, pendant et après l’événement

·         Obtenir une dotation en équipement (tee-shirt, casquette, goodies …)

·         Trouver un service de restauration adapté à ses besoins (ex : boissons et repas chauds en hiver)

·         Avoir à disposition un espace et du matériel utiles à sa mission et son bien être

·         Être remboursé des coûts de transports et/ou de logement

·         Acquérir une attestation de participation à l’événement

·         Assister à l’événement gratuitement en dehors du temps de travail

·         Être remercié par les responsables


Ces deux études montrent que les personnes serviables sont plutôt motivés par des motivations égöistes que par pour amour pour le prochain. L’aide proprement dite aux personnes passe au second rang.

    Cette même étude a aussi analysé les attentes des bénévoles.  Elles décrivent ce que les bénévoles         attendent de leur engagement :

·         Ces attentes renvoient à toute une panoplie de besoins qu’on va analyser ultérieurement.


Autres raisons engagement pour les autres

Mais il peut y avoir encore d’autres raisons pour s’engager pour le bien des autres. Par exemple, on peut s’imaginer qu’une personne ait bénéficié des soutiens et de bienfaits à une certaine époque difficile de sa vie et qu’il veut rendre ces gestes de bienfaisance à la société.

Certaines religions préconisent fortement la philanthropie, faisant même que des gens peuvent se sentir coupables s’ils n’y donnent pas suite. L’église catholique (et non le christianisme) a bien exploité cette filière à son avantage avec ses chantages moraux. D’autres s’y adonnent peut-être parce qu’ils ne manquent de rien et parce qu’ils ont mauvaise conscience par rapport aux démunis de ce monde. C’est un sujet qui vaut la peine d’être développé plus profondément.

Une personne m’a dit un jour : « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie. Je n’ai plus personne pour m’en occuper ». Il semble évident qu’une telle attitude renvoie à un vide intérieur. La personne ne sait pas quoi faire de sa propre personne. Le sens de sa vie vient de l’extérieur.

Donc le bénévolat ou l’action bienfaisante tout court illustrent bien, à mon avis, comment les bénévoles essaient de combler un vide. Ce qui est positif dans cette attitude est le fait que les bénévoles apportent une plus-value à la société, quelles que soient leurs motivations. D’un autre côté, si le bénévolat peut éviter du déplaisir (par exemple ruminer tout le temps sur une expérience douloureuse du passé qui ne le lâche plus, fuir la solitude, se sentir valorisé et autres), la personne concernée est gagnante dans son projet de vie, si celui-ci constitue son art de vivre.


Faire du bien n’est pas toujours fait par une bonne âme. Et on peut s’imaginer pire en faisant le bien par calcul pour espérer ultérieurement un avantage. Qui n’a entendu des cas où une personne soigne des indigents, de préférence âgées et fortunées, dans l’espoir de bénéficier d’un héritage à leur mort. J’ai connu des histoires véridiques de tels cas concernant des gens qui ont fait cela d’une manière systématique. Ce qui est dégueulasse dans ces cas, c’est que les « bienfaiteurs » s’attaquent sournoisement à des personnes vulnérables, d’abord sur le plan physique. Cet état physiologique vulnérable mène par après à une dépendance psychique. Et la manipulation est parfaite.

On peut donc oser soupçonner derrière les bonnes actions des motivations pas intrinsèquement nobles à la base. On peut ainsi s’imaginer facilement certains exemples, pas aussi fictifs que cela, dont les origines sont plutôt sinon très infâmes, comme le cas suivant : une personne peut avoir une mauvaise conscience pour des actes dégueulasses, inavouables et ayant créé beaucoup de dégâts et que cette personne veuille expier, par un retournement moral ou une expérience (trigger) dans sa vie, ses « péchés ». Si le mal est fait et est irréversible, l’acteur veut payer « ses dettes » (sachant que le mal est fait, même si l’action prend par après des allures plus « nobles », se rattraper tout en sachant que les pendules ne peuvent être remises à l’heure. Même si cette personne a fait le mal, elle est certainement à préférer à une autre personne qui fait le mal sans état d’âme et sans mauvaise conscience, sans même s’apercevoir qu’elle fait du mal et qui continue d’agir de cette manière.

Dans le cas de l’expiant, on ne fait pas du bien par une conviction profonde, par amour ou charité gratuite, mais le bienfait est perverti par des intentions plus ou moins compensatrices. Se poser de temps en temps sinon même systématiquement la question du « cui bono » peut permettre de mettre les pendules à l’heure concernant les intentions véritables. Le cui bono peut être pour la propre personne dans le cas d’une compensation.

On peut même aller plus loin dans le cynisme. Le bénévolat ainsi que les bonnes actions affichées, ayant comme motivation sous-jacente des crapuleries, peuvent être érigées dans une certaine mesure en art de vivre, car ils remplissent certains critères :

  • prendre plaisir à l'activité et n'avoir pas de déplaisir ou de souffrance dans l'action
  • être compétent et réussir les actions entreprises
  • atteindre l'objectif qu'on s'est fixé et s'en réjouir
  • autres ?

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Art de vivre et mentalité

L’art de vivre et les religions