L’artiste
Qui dit « art de vivre » pense aussi « artiste » car sans artiste il n’y a pas d’art. Mais l’objet de cet art évoqué est un peu particulier puisqu’il s’agit de créer/inventer/développer sous forme d’art sa propre manière de vivre pour la rendre meilleure, sinon même trouver le bonheur dans la forme et le contenu qu’on a donnés à sa vie. Le sujet artiste devient en même temps l’objet de son action. Dans quelle mesure l’analyse ou la recherche générale sur l’artiste peuvent-elles contribuer à définir et affiner le concept d’art de vivre. Quels éléments peut-on transposer des concepts et théories concernant l’artiste au cas spécial de l’art de vivre.
La sublimation comme force/élan est souvent évoquée dans
le cadre de l’art. Ici un énoncé explicatif (un parmi beaucoup d’autres
possibles) concernant la sublimation (Institut Français de Formation en
Thérapies Brèves) : « La sublimation est un concept clé en
psychanalyse, qui fait référence à un processus psychique par lequel les
énergies ou les impulsions instinctuelles sont transformées en une forme
socialement acceptable et culturellement valorisée. Ce processus permet à
l’individu de canaliser des pulsions ou des désirs, qui seraient autrement
inacceptables socialement, vers des activités créatives, productives ou
culturelles. La sublimation joue un rôle crucial dans le développement
psychique de l’individu. Elle contribue ainsi à l’adaptation et à l’intégration
de l’individu dans la société. La sublimation favorise également la créativité,
la productivité et la croissance personnelle, en permettant à l’individu
d’exprimer son moi authentique d’une manière acceptable et valorisée
culturellement.
La sublimation peut également être considérée comme un
moyen de résoudre les conflits psychiques. En transformant les pulsions
inconscientes en activités constructives, elle peut aider à atténuer les
tensions internes et à soulager les symptômes psychiques. Elle peut également
contribuer à la construction d’un ego fort et équilibré, capable de gérer les
pulsions et les désirs de manière adaptée.»
On dit que nombreux sont les artistes (peintres,
comédiens, chanteurs, écrivains, musiciens et autres catégories) de haut niveau
atteints de troubles psychopathologiques : Vincent Van Gogh, Robert
Schumann, Mozart, Beethoven, Virginia Woolf, Ernest Hemingway, Edgar Allan Poe,
Michelangelo, Georgia O'Keefe, Jackson Pollock, Stephane Zweig, Robin Williams,
Nino Ferrer, David Helfgott, Jim Morrison, etc.
Donc le premier questionnement consiste à s’interroger si
la sublimation peut être une source de motivation pour entamer une démarche de
construction d’un art et plus spécifiquement un art de vivre ? Mais
quelles sont ces tensions/pulsions de l’artiste demandant à être concrétiser
par le travail de sublimation ?
Mais peut-on associer psychopathologies et créativité. Il
y a des psychopathes qui ne s’expriment pas dans une démarche artistique. D’un
autre côté, il existe probablement des créations artistiques qui peuvent être
l’œuvre de personnes psychiquement équilibrées, dérivant de l’intérêt pour le
sujet et le plaisir du beau accompli ou d’autre chose encore. Il faudrait
examiner le rôle de la curiosité dans ce contexte. La curiosité doit
certainement faire partie des pulsions élémentaires de l’homme, sinon
l’humanité ne serait pas là où elle est actuellement. Il faudrait aussi
s’intéresser à la raison de la représentation du réel, sachant que de nombreux chefs-d’œuvre
de la peinture représentent des scènes de la vie, de guerre, des portraits et
autres. Mais alors, pourquoi représenter ce réel et pas un autre ? Est-ce que
l’œuvre véhiculerait un message ? La peinture représentative a diminué un
peu en importance quand a émergé la photographie, mais elle n’a pas été
délaissée complètement. Elle reste toujours importante de nos jours et comprend
même, par sa façon, des messages sociaux, politiques et autres. Mais on peut
aussi s’imaginer que l’homme prend simplement plaisir à l’action de peindre (ou
de toute autre forme artistique) : on se trouve peut-être dans le contexte
du flow, c’est-à-dire prendre le plaisir à bien faire une chose et s’immerger
dans l’action. Dans ce sens, on peut aussi s’interroger si l’action artistique s’appuie
sur le réel (quelle que soit la manière de la représenter) ou si elle est entièrement
due à l’imagination.
Pourquoi quelqu’un rêve-t-il de devenir écrivain, donc d’être
publié ? Ne pourrait-il pas simplement prendre plaisir à cette façon de
s’exprimer pour son propre plaisir sans communiquer les résultats de ses œuvres
à d’autres personnes. Pourquoi ne pas se contenter d’une écriture personnelle
style Montaigne 😊 pour des raisons personnelles même si Montaigne a été
publié de son vivant alors que sa motivation première aurait été
l’introspection pour se connaître. Extrait de Wikipédia concernant Montaigne
« Il a fallu plusieurs années à Montaigne pour acquérir assez
d'assurance pour tenir registre de sa personnalité dans les Essais.
Selon Pierre Villey, c'est seulement à partir
des années 1578-1579 que se révèle pleinement le goût de Montaigne pour
l'introspection. C'est ainsi que les Essais deviennent le livre le
plus personnel qu'on ait écrit jusqu'alors. « Je n'ai pas plus fait mon livre
que mon livre ne m'a fait, livre consubstantiel à son auteur, d'une occupation
propre, membre de ma vie; non d'une occupation et fin tierce et étrangère comme
les autres livres. », écrit leur auteur. Il va y étaler son intimité de
façon méthodique, guidé par l'idée que c'est l'observation de soi qui renseigne
le mieux sur la nature humaine. Montaigne répond à ses interrogations sur
l'homme en se demandant: que suis-je3 ? Son but n'est pas
de se poser en exemple ou de tirer des conclusions morales de ses expériences,
à la manière de saint-Augustin. Il veut au contraire
montrer le caractère mêlé de l'être humain et sa diversité, qui débouche sur
une généreuse tolérance, aucune forme de vie ne se révélant supérieure aux
autres : « Pour me sentir engagé à une forme, je n'y oblige pas le monde,
comme chacun fait; et crois et conçois mille contraires façons de vie. »
Montaigne est très conscient des obstacles inhérents à toute introspection-en
particulier la tentation de fausser soi-même sa propre image-et sait que cette
quête du Moi en perpétuel mouvement est une lutte de chaque instant :
« C'est une épineuse entreprise, et plus qu'il ne semble, de suivre une
allure si vagabonde que celle de notre esprit; de pénétrer les profondeurs
opaques de ses replis internes...il n'est description pareille en difficulté de
la description de soi-même»
Avec Montaigne, on est en plein au niveau de la
sublimation. Ses intentions n’étaient pas de faire de l’art pour l’art. Est-ce
que ses Essais restent-ils pourtant une œuvre d’art ? D’après les
déclarations même de Montaigne, ses écrits pourraient être considérés en
premier lieu comme un journal personnel. Pourquoi s’étaler alors dans le
domaine public. Pour satisfaire son besoin d’estime (sujet abordé plus
loin dans la logique de la pyramide de Maslow), être reconnu ? Il ne faut
pas oublier que Montaigne était un homme public considéré avant de se retirer
dans son domaine pour écrire. Si la motivation première de l’artiste était la
reconnaissance (sinon il ne produirait pas des œuvres montrées et vendues au
public), alors Montaigne serait aussi un artiste.
Est-ce que l’artiste ne veut tout simplement que se
libérer d’une tension, d’un poids, sachant qu’il y a bien d’autres moyens pour
faire la même chose. Ainsi, le sport peut aussi être une source de libération
de quelle que chose, celle-ci pouvant être rendue consciente par
l’introspection par exemple.
Il pourrait s’avérer utile de faire une analyse des
motivations des gens qui les poussent à se (re)produire dans et par l’art ou
dans n’importe quelle autre forme d’action.
Le psychologue et chercheur américain Mihaly
Csikszentmihaly (ayant étudié le « flow » et en popularisant ce
concept) a étudié pendant 30 ans les grands créatifs. Leur vie, leur
comportement, leur manière de penser... il a dégagé dix caractéristiques qu'ils
possèdent TOUS, qu’ils soient écrivains, peintres, musiciens, ingénieurs ou
penseurs :
1
Les créatifs possèdent une grande
énergie physique.
2
Ils sont à la fois futés, vifs
d’esprit et naïfs.
3
Ils sont en même temps très
joueurs et très disciplinés
4
Ils passent sans transition de la
fantaisie et de l’imagination débordante à des considérations et des intérêts
très terre à terre
5
Ils sont à la fois introvertis et
extravertis
6
Ils sont à la fois arrogants et
très humbles
7
Ils sont à fois rebelles et
conservateurs
8
Ils sont transgenres. Les
femmes créatives ont une personnalité plus dominante et agressive que les
autres femmes, tandis que les hommes créatifs sont plus sensibles et moins
agressifs que leurs congénères.
9
Ils sont passionnés par leur
travail mais sont extrêmement objectifs sur leur production.
10 Ils sont plus sensibles et
émotionnellement vulnérables que les autres.
Je dois dire honnêtement que je ne me suis pas attendu à
ces caractéristiques.
Pour l’art de l’artiste (est-ce qu’il faut être artiste
pour faire de l’art ?), nous trouvons une analogie de déconstruction par
rapport à la notion d’art de vie. Pour ce dernier, on a défini précédemment
pleins d’obstacles et entraves pour être autonome et disposer des moyens
nécessaires pour choisir et vivre son art de vie. Depuis toujours, les déboires
de l’artiste ont été un sujet de discussion. Jérémy Sinigaglia a
écrit un article « La consécration qui ne vient pas » dont le résumé
est le suivant : « La vie d’artiste est nourrie
d’aspirations, notamment à la reconnaissance ou au succès, dont la satisfaction
est rare. La plupart des artistes « ordinaires » n’accèdent en effet
que partiellement ou ponctuellement aux diverses facettes de la consécration.
Pourtant, si le plaisir de pratiquer son art est généralement le motif
principal de satisfaction au travail, l’absence prolongée de reconnaissance est
une source fréquente de frustration (perspective crédible). Comment ces
artistes, souvent d’origine modeste, parviennent-ils à se maintenir dans la
carrière alors même que les rétributions symboliques censées compenser leur
condition précaire font défaut ? L’hypothèse centrale est que la carrière
des artistes ordinaires tient en grande partie à leurs facultés très inégales
de jouer avec leurs aspirations : les réduire pour éviter que les
inaccessibles « rêves de môme » ne constituent un obstacle
insurmontable dès l’entrée en carrière ; les ajuster pour que leurs attentes
soient en phase avec les chances objectives de les voir se réaliser au cours de
la carrière ; les transférer dans un nouveau projet professionnel lorsque
le maintien dans la carrière artistique n’est plus possible. ….. Comme pour
la plupart des travailleurs, tout n’est pas si rose pour la grande masse des
« artistes ordinaires ». La vie d’artiste est marquée avant tout par
une forme de précarité et d’incertitude. Une incertitude symbolique, bien
sûr, celle des chances de réussite ou d’accès aux différentes formes de
consécration ou de reconnaissance (des pairs et du public). Mais une
incertitude matérielle aussi, qui concerne les conditions de travail et
d’existence. Les revenus moyens sont faibles et irréguliers, qu’il s’agisse des
artistes plasticiens (peintres, sculpteurs, graveuses), des auteurs ou des
illustrateurs, qui exercent sous le régime du travail indépendant, ou encore
des artistes du spectacle (comédiens, musiciens, danseurs, etc.) qui
relèvent pour l’essentiel du salariat (salariés permanents ou
« intermittents du spectacle »). En outre, à la précarité des
travailleurs vient s’ajouter la fragilité d’une grande partie des entreprises
du secteur, notamment associatives, dont la survie dépend directement des
subventions publiques…
Encore peut-on poser la question : comment l’imagination de l’artiste évolue-t-elle vers l’œuvre car toute activité créatrice est finalisée en principe dans le sens d’une opération créatrice productrice? Mais l’artiste n’est pas une machine qui « produit » sans état d’âme. Et d’ailleurs l’artiste n’est pas toujours dans ce cas créateur, mais aussi exécutant sinon les deux. Il suffit de penser, comme illustration, aux ateliers des vitraux comportant beaucoup d’artisans dans le sens premier du terme encore que la conception et le design artistique doivent précéder la production artisanale. On ne peut recommencer tout le temps la création d’un vitrail parce qu’on a changé d’idée en cours de route, au contraire de la peinture où un existant insatisfaisant peut être retouché ou même surpeint au moment même (si on ne fait pas de la peinture à l’huile). L’artisan et l’artiste s’entremêlent peut-être encore plus dans une sorte de cohabitation dans ce qu’on définit comme arts mineurs ou arts décoratifs. On peut, sans prétendre à l’exhaustivité, distinguer les arts décoratifs et objets suivants :
- Tapisseries, tapis, brocants
- Bijouterie (métaux) et joaillerie (pierres)
- Les objets en email
- Sculptures de matières tendres comme le bois : par exemple les choeurs et les les chaires des églises
- La sculpture de matériaux durs précieux (tels que jade ou ivoire) pour de petits objets décoratifs et des bibelots (peignes, boîtes, coffrets, étuis de miroire, etc.)
- Le travail du verre et du cristal
- La marqueterie
- Enluminure et miniature
- Mosaïque
- autres
Les frontières entre artisans et artistes dans ces
domaines restent flous. On ne sait pas toujours ou s’arrête l’artisan et où
commence l’artiste. Est-ce que travail sur commande enlève le titre d’artiste à
l’artisan, sachant que l’artiste est souvent artiste avant de s’exprimer comme artisan
exécutant. Et quelles qualités intrinsèques doit posséder une œuvre pour être
une œuvre d’art ? Certains grands peintres de la Renaissance par exemple,
créant des tableaux aux mesures impressionnantes, s’entouraient de nombreux
collaborateurs qui « exécutaient » des parties de l’œuvre, le maître
corrigeant ces collaborateurs et en y donnant la touche finale.
« La majorité des grandes œuvres d'art de la Renaissance furent produites
dans de grands ateliers très fréquentés, dirigés par un maître artiste prospère
et son équipe d'assistants et d'apprentis. Ainsi, on faisait confiance à un
assistant doué pour remplir les parties moins importantes d'une œuvre que le
maître était en train de créer, par exemple les mains d'un personnage, une
scène d'arrière-plan ou l'application de zones de feuilles d'or. C'est également là que les œuvres d'art plus ordinaires
étaient produites en grandes quantités pour répondre à la demande de clients
disposant d'un budget plus modeste que celui des souverains et des papes. Les
ateliers étaient également des lieux de formation pour les jeunes artistes qui
apprenaient leur métier pendant plusieurs années, en commençant par copier des
croquis et en terminant éventuellement par la production d'œuvres en leur
propre nom. Bien que les ateliers aient eu souvent un "style" bien
défini, ils étaient aussi des lieux d'expérimentation des idées et d'étude, de
discussion et d'utilisation des nouvelles tendances dans des œuvres d'art
allant des fresques massives aux figurines votives. »
L’atelier avec ses assistants et apprentis était une
usine et n’était pas comparable avec la méthode de travail personnel des
peintre modernes qui s’occupent tout seul de leurs tableaux. Dans ces grands
ateliers anciens, le maître-peintre concevait l’œuvre par un travail créateur
et se faisait aider dans l’exécution par des artistes-exécutants.
Mais des artistes célèbres, comme par exemple Jean Sébastian
Bach, devraient aussi gagner leur vie en travaillant sur commande et devraient
livrer le moment venu. Bach par exemple fut longtemps organiste et violoniste
auprès de différents seigneurs. Selon ses emplois successifs, il devait aussi
« fournir » des partitions. Par exemple, quand la famille s’installe
à Leipzig, Bach, en sa qualité de Thomaskantor et Director
Musices, est responsable de l'organisation musicale des deux églises
principales de la ville (Saint-Nicolas et Saint-Thomas) et
enseigne la musique aux élèves de Saint-Thomas. Mais il doit aussi fournir de
très nombreuses partitions et constitue selon sa Nécrologie un
ensemble de « Cinq années
de cantates pour tous les dimanches et jours de fête »
(Wikipédia). D’ailleurs, si on regarde certaines des partitions de Bach, on
dirait que c’est pratiquement mathématique par ces structures régulières. On pourrait
soupçonner une mécanique bien huilée pour produire.
Donc, de grands artistes devaient avoir souvent un second
métier ou un exercice inférieur de leur art pour subvenir à ses besoins.
Mais même des commandes peuvent donner lieu à des démarches
artistiques très créatrices et originales. Examinant une certaine catégorie d’œuvres
de Klimt.
Klimt avait beaucoup de commandes pour des portraits de
femme. Google Art and Culture précise :
Mais même des commandes peuvent donner lieu à des démarches
artistiques très créatrices et originales. Examinant une certaine catégorie d’œuvres
de Klimt.
Klimt avait beaucoup de commandes pour des portraits de
femme. Google Art and Culture précise :
Ainsi, on peut concevoir aisément que les commandes d’art
peuvent aboutir à des chefs-d’œuvre. Mais ils montrent aussi que souvent ces
œuvres n’étaient pas une œuvre vite faite sur base d’une inspiration du moment
et que leur exécution exigeait une minutieuse préparation et conception sans parler
d’une exécution soignée.
L’artiste fait-il toujours preuve de faculté créatrice.
On peut s’imaginer que Bach, pour ses cantates du dimanche et des jours fériés,
se soit constitué un mode de travail pour fournir sans qu’elles soient toutes
des chefs-d’œuvre. Ce n’est pas parce que l’artiste a une renommée, que toute
œuvre produite soit une œuvre d’art supérieure.
Il y a des théories qui disent que la créativité
s’exercice par crises où il y a des périodes préparatoires où l’artiste porte en
lui un projet, plus ou moins vague pour passer à un moment donné à
« l’appel de l’œuvre à faire » (E. Souriau) et que l’artiste s’engage
dans l’élaboration de son œuvre. Est-ce que l’artiste peut entrer en
transe/flow à ce moment ? Encore Souriau : « Pendant ce temps,
il y a une véritable exploitation de l’homme par l’œuvre. Souvenirs,
documentation cherchée exprès, sentiments, épisodes de vie sont tous dirigés
vers l’instauration de l’œuvre »
Ce qu’on a vu sur Klimt, du moins en ce qui concerne les portraits,
ne semble pas rentrer dans ces considérations.
Comment situer les tableaux de Georges Baselitz dans le
cadre de ces considérations (Les Filles d’Olmo II, 1981)
Ou de de Jean-Michel Basquiat (selfprotrait)
Il semble que l’inspiration spontanée, une suractivation
de l’esprit créateur, est « irréfléchie » et qu’à ce moment le
contenu psychique suffit entièrement à nourrir l’œuvre. Cette démarche semble
assez rare. La psychologie sous-jacente serait la suivante, selon
Souriau :
· Soudaineté du raptus conditionnant l’engagement dans l’œuvre à faire (raptus = Impulsion soudaine, violente et irrésistible)
· Suractivité temporaire mais intense (on dit que Stendhal, après avoir longtemps réfléchi, aurait écrit la Charteuse de Parme en 3 mois)
· Sentiment d’irresponsabilité et d’infaillibilité : Alfred de Vigny aurait dit : »Je ne fais pas un livre, il se fait. Il croît dans ma tête comme un fruit ».
Pour la petite histoire : Alfred de Vigny était un producteur de cognac et ne devait pas vivre de son écriture. J’ai visité le domaine Le Maine Giraud qui fut la propriété du poète romantique pour y acheter des cognacs XO. C’est un endroit qui dégage une grande paisibilité. Afin de lui rendre hommage, un musée permanent a été installé dans l'ancienne salle à manger du manoir. Il écrivait ses poèmes dans une très petite pièce d’une tour avec une belle vue sur le domaine. Homme littéraire, Vigny n'en était pas moins un vigneron passionné qui produisait des eaux-de-vie réputées. De nos jours, le domaine a été repris par un jeune producteur de cognac.
Dans ce contexte, il faut aussi dire que certains
artistes abandonnent l’œuvre, parfois pour la reprendre plus tard. Ils
devraient sentir que leur œuvre est toujours en gestation et n’est terminée. Certaines
œuvres seraient devenues géniales suite à une telle reprise. On parle du second
souffle de l’élan créateur. D’autres œuvres sont définitivement abandonnées.
Michel-Ange était connu pour cet aspect. Parfois on parle
d’une sorte de difficulté caractérielle pour achever une œuvre. D’autres
raisons sont invoquées pour cette attitude. Ainsi, Michel-Ange aurait eu une
vision artistique extrêmement ambitieuse, souvent à la limite de ce qui était
techniquement et physiquement réalisable. Michel-Ange aurait été aussi
perfectionniste, toujours insatisfait de ses propres œuvres. Il aurait pu
considérer certaines de ses œuvres comme incomplètes parce qu'elles ne
répondaient pas à ses propres standards de perfection. Il était constamment en
quête de la beauté idéale et de l'expression parfaite, ce qui l'amenait parfois
à abandonner des projets qu'il ne pouvait pas achever selon ses propres
attentes élevées.
En m’alignant sur la réflexion d’Alfred de Vigny,
évidemment sans aucune prétention de comparaison, je m’étais posé certaines
questions et m’était forgé l’idée suivante : quand j’écris spontanément
des lignes (je ne parle pas des lignes résultant d’une recherche), je me rends
compte que je ne sais pas d’où et pourquoi leur expression surgit à ce moment
sous une certaine forme. Elles se produisent en surgissant de mon inconscient
en se transformant en conscience par l’écriture. Elles ne peuvent surgir que de
mon inconscient qui est mon vécu accumulé qui s’est structuré lui-même par un
travail incessant, inconnu et non-contrôlé de mon cerveau. C’est en quelque
sorte une sensation intérieure, psychique qui s’associe à d’autres sensations,
aussi bien externes qu’internes pour en faire (peut-être) du nouveau. Mais pour
que ces réflexions puissent surgir, je dois me trouver en quelque sorte dans une
bulle intérieure intentionnelle orientée qui peut être cependant limitée par
les réflexions que je suis en train de produire et probablement d’une manière
linéaire car les éléments de la mémoire de travail de l’homme est limité en
nombre à peu d’éléments agissant de concert. La mémoire de travail est trop
petite pour réfléchir consciemment en de multiples processus parallèles en
réseaux, même si la « machine » inconsciente doit fonctionner de
cette manière en réseau et produit à la queue leu-leu des fragments de
conscience (voir à cet égard principalement les chapitres fonctionnement du cerveau,
le système hormonal, modes de pensée et mémoire, pensée et réflexion). L’écriture
est un processus linéaire, tout comme le langage. Enfin, toutes les actions
extérieures de l’homme, quelles que soient leur nature, sont linéaires dans
leur expression intérieure avant d’émerger dans la conscience). La science est
loin d’avoir percé les mystères de ces processus se manifestant finalement extérieurement
d’une manière simple, mais préparés d’une manière très complexe dans un cerveau
fonctionnant en réseau.
L’artiste doit en principe s’intéresser profondément à la
technique lui donnant le maximum de moyens pour s’exprimer. Il doit connaître
toutes le « menues techniques » de son art. Il y a des relations
entre l’esprit et la matière de l’art s’efforçant à mettre le beau physique
comme expédient au service de la beauté interne.
Comme l’œuvre est d’abord imaginée, sa réalisation doit
utiliser la matière et les techniques de transformations possibles pour la
traduire dans la réalité dans des formes possibles. Mais les formes possibles
étudiées en cours de route du processus peuvent aussi stimuler l’imagination qui
se réoriente ainsi à cause du processus de transformation en cours. On pourrait
considérer l’art des jardins pour illustrer cette réflexion par les réflexions
de philosophes comme Bacon, Rousseau et autres. Le matériau/matière à la base est
la nature vivante et plus particulièrement végétal. La nature de chaque végétal
pose des limites et en même temps des ouvertures. Le soleil et les conditions saisonnières
sont des facteurs possibles d’influence comme la configuration du terrain
utilisé, la nature des sols, l’eau disponible, la faune et plus
particulièrement les insectes. La taille est un autre facteur en vue de créer
des esthétiques nouvelles. Pour chaque portion de terrain utilisé,
l’environnement peut suggérer des harmonies végétales.
Et si on considère les jardins japonais, l’utilisation
des pierres, rochers et autres matériaux naturels constituent d’autres
possibilités de création. Je ne parle certainement pas des petits nains en faïence
dont certains agrémentent leur jardin. Chaque portion de terrain devrait se
fondre harmonieusement dans son environnement par les formes et les couleurs.
Il faut connaître ses matières et les aimer pour en tirer le maximum esthétique.
Les mots-clés du jardin japonais sont la sobriété, le calme, la souplesse et
l’équilibre.
Au niveau technique, la conception du jardin japonais se
base sur deux objectifs fondamentaux : la dissymétrie et la dissimulation.
Sur le site paysagistes fr. on explique ces idées de la manière suivante :
« La dissymétrie
Pour composer un jardin
japonais, il faut d’abord l’organiser pour la contemplation. Et c’est le rôle
de la dissymétrie. Le paysagiste travaille ainsi la perspective pour diriger le
regard là où il le souhaite. Plutôt que des points de fuite, chers aux jardins
français, le jardin japonais se compose par l’équilibre de ses « plans ». On va
ainsi jouer avec trois ou quatre niveaux de regards qui vont se répondre
mutuellement. Avec les éléments de composition (roches, arbres, etc.), on va
aussi travailler les formes et les tailles, les pleins et les vides. On va
également prioriser les chiffres impairs, absolument fondamentaux dans la
tradition japonaise. Au final, il s’agit de donner une sensation d’équilibre,
d’espace et d’ouverture, propices à l’apaisement et à la sérénité.
La dissimulation
L’autre grande technique
du jardin japonais est la dissimulation. En jouant avec les plans de la
composition, il s’agit de cacher certains éléments pour laisser des surprises
au contemplateur. L’idée est aussi de donner à votre jardin différents caractères
en fonction des points de vue d’observation. L’intérêt central de la
dissimulation ? Elle donne l’impression que le jardin est ouvert, sans
clôtures. Traditionnellement, les jardins japonais offraient ainsi l’illusion
d’un parcours à emprunter pour se rendre jusqu’aux montagnes visibles à
l’horizon. Dans un jardin bien conçu, il semble que l’on peut aller n’importe
où en empruntant les sentiers. Pour produire un tel effet, il faut dissimuler
habilement au regard les structures clôturant le jardin. On peut notamment
utiliser des plantes au feuillage persistant et des haies de bambou, aux lignes
stratégiquement dessinées. »
Une autre question importante concerne l’apport de la
volonté dans la démarche artistique. On a vu que la grande inspiration peut
faire défaut et que le travail de l’artiste peut être un travail long en
imagination, conception, réalisation et autre. Si une œuvre est conçue
virtuellement lors de moments d’inspiration, un travail fastidieux peu se
mettre en place selon l’envergure de l’œuvre.
Le peintre luxembourgeois Strainchamps, en réalisant la
grande fresque au plafond (coupole) du hall de la gare centrale à Luxembourg,
devait avoir une sacrée motivation pour continuer de travailler de longues
heures dans des positions inconfortables.
Le plafond de la chapelle Sixtine comprend
principalement une fresque réalisée
par Michel-Ange entre 1508 et 1512 et inaugurée
par le pape Jules
II le 31 octobre 1512. C'est un chef-d'œuvre de la
peinture de la Renaissance
italienne considéré comme l'un des plus importants de l'art
occidental. La peinture recouvre l'intégralité du plafond de la chapelle Sixtine construite
au Vatican sous le
pape Sixte
IV, entre 1477 et 1483, pour abriter des cérémonies solennelles, dont
les conclaves. Commandé
par le pape Jules II, c'est un énorme défi pour l'artiste qui, en plus de ne
pas ressentir la peinture comme un art qui lui est adapté (il s'est toujours
déclaré sculpteur), termine la décoration complexe de près de 500 m2 et
quelque 350 figures individuelles, en un temps record et presque seul.
La réalisation d’œuvres peut être suspendue sinon
définitivement arrêtée. La motivation de l’artiste peut se perdre pour
différentes raisons. Il travaille peut-être trop et peut tomber dans un
burn-out. Il n’arrive plus à assurer la continuité de son travail. Si la
motivation au départ était de la sublimation pour cause d’une psychopathologie
et si le problème psychique est tant soit peu résolu, la motivation pour
produire peut tomber parce qu’on peut de nouveau se tourner vers d’autres
horizons.
Il faut donc une sacrée motivation, intrinsèque et
extrinsèque pour inciter l’artiste à continuer son travail, souvent de longue
haleine. Outre la sublimation comme source de motivation, des études et essais
ont énuméré les sources suivantes de motivation :
- S’exprimer (pour quelles raisons ressent-on le besoin de s’exprimer ?)
- Aimer la beauté : est-ce que toutes les œuvres/produits artistiques sont beaux ? Est-ce qu’il n’y en a pas certaines qui sont seulement destinées à véhiculer des messages, sans aucune harmonie dans la forme (voir les installations de nos jours)?
- Faire sa propre catharsis (sublimation)
- Chercher l’immortalité par son œuvre sinon éviter un oubli trop rapide à la mort
- Chercher l’estimation des autres mais aussi essayer de s’affirmer soi-même
- Gagner sa vie
- Se développer et chercher les défis (pourquoi est-ce nécessaire de gagner des challenges ?)
- Des raisons religieuses et/ou liens avec des courants
spirituels. Site baha’is
des États-Unis : “Community building is central to the work Baha’is are doing
around the world. When the arts are included in the community-building process,
they can help us elevate our discourse, connect us to creative solutions to
problems, inspire and move us “
- Simplement le plaisir et des méthodes de récréation.
Il faudrait analyser dans quelle mesure les traits de
caractère de l’artiste tels que décrits par Csikszentmihaly (voir précédemment)
se conjuguent avec les différentes sources de motivation.
Mais est-ce que l’artiste « pur » ne serait pas
celui qui crée ses œuvres pour le simple plaisir de créer et de s’exprimer, et cela
dans la réclusion, sans ressentir le besoin de les étaler. À l’extrême, cet artiste
détruirait chaque œuvre après sa finition. Une petite concession à son ego consisterait
à les accumuler et demander à un homme de confiance ou à un ami de les détruire
à sa mort. Mais peut-être estime-t-il aussi qu’on ne les détruise pas. Mais à ce
moment il ne serait plus un artiste faisant de l’art pour l’art. Cette notion met
en avant l'idée que l'art n'a pas besoin d'avoir une fonction pratique, morale
ou utilitaire. C'est une philosophie qui valorise la création artistique pour
sa propre beauté, son esthétique, et son expression intrinsèque, sans que
celle-ci serve nécessairement un but social, politique, ou moral. Elle soutient
que l'artiste doit être libre de créer sans se soucier des attentes
extérieures, des conventions sociales, ou des contraintes commerciales. L'art
est ainsi considéré comme autonome, n'étant redevable à aucune autre forme de
logique que celle de sa propre esthétique. L'esthétique est au cœur de cette
vision. La beauté, l'émotion, la forme, et la composition sont primordiales. Ainsi,
l’art est devenu une expression personnelle de l'artiste, souvent liée à une
exploration intérieure ou à une quête de l'absolu. Il s'agit de créer pour le
plaisir de la création, de chercher la beauté pour la beauté, et de laisser
l'art s'exprimer sans contrainte ni objectif externe. L'écrivain français
Théophile Gautier est l'un des défenseurs les plus connus de ce concept,
affirmant que l'art n'a d'autre but que lui-même. Il a déclaré que "il n'y
a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien," mettant ainsi en
avant l'idée que la beauté pure est une fin en soi.
Mais on pourrait aussi s’imaginer une autre raison pour devenir
artiste : laisser une trace après la mort pour ne pas avoir le sentiment d’avoir
vécu inutilement. Cela s’inscrirait dans le processus de procréation avec la transmission
de la moitié des propres gènes, le patrimoine génétique se divisant cependant à
chaque nouvelle procréation dans la lignée et finalement il ne resterait pas grand-chose
après plusieurs générations (la
fraction du patrimoine génétique d'un ancêtre après n générations est 1/2n
où n est le nombre de générations. Cette fraction diminue donc rapidement,
montrant que la contribution génétique d'un ancêtre particulier devient de plus
en plus faible à mesure que les générations passent. Par exemple, après 10
générations, seulement 0,1% (ou 1/1024du patrimoine génétique d'un ancêtre
particulier reste dans la lignée). Alors il vaut peut-être mieux laisser
une œuvre connue pour rester dans la mémoire des gens 😊.
Malgré ces motivations, il n’en reste pas moins qu’il
faut de la volonté pour exercer son art. Cela me fait penser aux sculpteurs de
pierre avec des œuvres parfois de grands volumes et travaillées à la main, englués
dans une poussière malsaine avec des courbatures et des ampoules à la fin de la
journée.
L’artiste n’est pas simplement et seulement le rêveur, un
contemplateur retiré dans son monde extérieur. À la fin du compte, il devra se
mettre en prise directe sur la vie, surtout s’il doit vivre de son art. Nous ne
parlons pas de l’artiste-amateur disposant d’autres ressources que les rentrées
financières de son art et qui peut réaliser son art pour son plaisir. Il ne se
faut pas faire des illusions, l’art coûte en temps évidemment, mais aussi en
ressources matérielles et financières. Les toiles et les couleurs ne sont pas
gratuites. S’il y a de l’enthousiasme et de la spontanéité, l’importance de la
volonté peut s’estomper dans une certaine mesure. Mais le peintre accompli par
les techniques qu’il maîtrise, doit quand même s’ennuyer par moment très
fermement (pour rappel Michel-Ange et Strainchamps) dans leur routine
d’exécution correspondant à leur signature artistique personnelle.
Strainchamps, c’est une idée de peinture qui n’est pas d’une complexité énorme,
mais certainement plaisante.
Si on regard ses œuvres, on n’y retrouve pas une
complexité énorme.
Michel-Ange, avec sa Chapelle Sixtine, a fourni des
peintrues d’une autre complexité et finesse.
Et un extrait :
Pourquoi voulait-il atteindre ce résultat en considérant
la volonté comme une puissance plus ou moins forte d’arriver par l’effort à un résultat
finalisant l’action. Léonardo da Vinci était là complètement différent avec ses
nombreuses œuvres non achevées. Son célèbre « Saint-Jérôme est considéré
comme une telle œuvre.
L’art ne peut se réaliser sans inspiration, mais celle-ci
est-elle issue de décisions volontaires ou involontaires. Quelle est la liberté
d’action de l’artiste. Le caractère/tempérament/personnalité doit jouer certainement
un rôle important (encore un autre chantier potentiel d’analyse).
Un caractérologue du passé, probablement dépassé
aujourd’hui par l’évolution des sciences, avait classé les homme entre actifs
(sous-catégories : colérique, passionné, sanguin, flegmatique) et inactifs
(nerveux comme Mozart, sentimental comme Alfred de Vigny), amorphe, apathique.
Il a encore subdivisé les passionnés en tourmentés (par exemple Beethoven),
mélancoliques (Michel-Ange) impérieux (Paul Claudel), laborieux (Flaubert,
Zola).
Mais l’art n’est pas seulement imaginaire (même s’il lest
au démarrage d’un projet artistique). Il ne devient authentique que par sa
réalisation dans un monde extérieur concret. Même Mozart, à la fin de sa vie, a
écrit/dicté de tête des partitions complètes de grandes œuvres. Mais c’est leur
réalisation qui en fait des chefs-d’œuvre. C’est la même chose pour Beethoven
quand il a écrit des œuvres alors qu’il a été déjà sourd.
Selon Etienne Souriau, « Dans l’exercice de leur
art, les plus grands artistes donnent toujours des preuves remarquables
d’énergie, d’activité intense, de persévérance et d’audace. Beaucoup de grands
artistes ont des tempéraments de bagarreurs, d’hommes résolus et audacieux,
affrontant les grandes aventures du génie en action, avec toutes les ressources
d’une grande volonté. …. On ne peut avoir du génie à volonté mais il n’y a pas
de génie sans volonté. »
Personnellement, je trouve qu’on peut tirer beaucoup des
analogies issues de l’art en général et l’élaboration d’un art de vivre. En
conclusion, chaque personne voulant créer/développer son art de vivre doit
éventuellement enclencher un long processus « artistique » en ne
désespérant pas quand une inspiration fulgurante fait défaut. C’est un travail
continuel : « Le chemin est le but », tout en progressant
à petits pas et en faisant éventuellement un travail de sape des structures
existantes (le but est de changer les choses) pour créer du nouveau. Faut-il
changer fondamentalement (est-ce possible) pour créer son art de vivre ou
faut-il trouver tout simplement de nouveaux arrangements pour mieux vivre avec
son moi ou encore suffit-il d’ajouter des éléments nouveaux à intégrer dans
l’existant ? Il y a cependant une grande différence : une œuvre
artistique est généralement achevée tandis que le résultat de l’art de vivre ne
sera jamais achevé.
On a donc vu qu’on ne devient pas artiste, quel que soit
le domaine, d’un moment à l’autre, ne serait-ce à cause des contraintes
techniques et l’apprentissage du métier y relatif. C’est un chemin épineux tout
au long du parcours qu’on a décidé d’emprunter et qui devrait nous inciter à la
patience et à un effort continue. La construction de l’art de vivre , par
analogie, est aussi un parcours qui se renouvelle tout le temps et qui risque
de devenir une histoire sans fin. Mais il y a un avantage : on ne doit pas
acquérir d’abord laborieusement des techniques artistiques évoluées. Je pense
qu’on peut travailler tout de suite sur son art de vivre et progresser/évoluer
par le learning by doing et autres procédés. Mais évoluer veut aussi dire faire
des pauses de recul (l’artiste qui délaisse son œuvre pendant un certain temps
pour y revenir) pour évaluer la direction et voir si on est toujours sur le bon
chemin. Le critère du bon chemin consisterait au minimum à constater que cela
ne va pas plus mal et qu’on a a acquis un peu plus de sérénité.
Les considérations sur les arts peuvent apporter par des
analogies et autres processus cognitifs des éléments précieux pour progresser
dans son art de vivre personnel et montrer donc que l’art de vivre ne tombe pas
du ciel, mais doit se construire avec persévérance et intelligence. L’art de
vivre suppose donc un acte créateur continue qui n’arrive jamais à sa fin. En
plus, ces considérations essayistes font aboutir à des ouvertures sur les 2
derniers niveaux de la pyramide de Maslow, à savoir l’estime et
l’auto-actualisation/réalisation (à voir plus tard). La réalisation de soi est
devenu un souci majeur de nos jours depuis qu’on a écarté les religions en ce
qui concerne les considérations sur le sens de la vie et que l’au-delà a perdu
en importance pour le bien-être sur terre et doit être cherché dans notre
réalité quotidienne. L’art de vivre ne peut pas chômer certains jours. Mais il
ne suffit pas de vouloir acquérir un art de vivre satisfaisant, encore faut-il
le créer. Quelles peuvent être les réflexions sur l’acte créateur. Faut-il de
beaucoup de moments d’inspiration ou faut-il plutôt un d’d’approfondissement
pour trouver la bonne direction. Est-ce qu’il y a eu des recherches et analyses
dans ce domaine, des considérations philosophiques ou psychologiques et autres.
En vue d’analyser l’acte créateur et son utilité pour créer un art de vivre, il
faudra aussi approfondir la notion de créativité car ce « facteur » (parmi
beaucoup d’autres facultés mentales) est essentielle pour une option riche d’un
art de vivre.
Mais certaines remarques de ce texte ont aussi rendu
attentif au fait qu’il faut une « bonne tête » et une bonne santé,
conditions essentielles pour être créatif, à côté d’autres conditions
nécessairement remplies. Plusieurs articles seront consacrés à ces aspects,
montrant aussi les limites dans la construction d’un art de vivre si
« tout va mal ».









Commentaires
Enregistrer un commentaire