L’art de vivre, ses conditions et circonstances : les besoins fondamentaux

On peut s’imaginer qu’une personne veuille réfléchir sur un art de vivre personnel parce que son mode de vie actuel la laisse insatisfaite et qu’elle pense qu’il faut changer quelque chose pour mieux profiter à l’avenir de la vie.

Afin de disposer d’ouvertures très larges pour cette réflexion, préalable à une mise en œuvre d’un art de vivre, on a analysé dans d’autres articles l’importance du vécu personnel, des attitudes et mentalités, des personnalités et caractères, de l’apport du cerveau et plein d’autres aspects.

Il semble évident que plus une personne dispose de latitudes personnelles et plus cette personne peut envisager de mettre en œuvre un art de vivre plus riche et satisfaisant.

Néanmoins, en s’alignant aux stoïciens, il faut réfléchir sur les facteurs qu’un individu peut influencer et sur les facteurs qui sont hors de portée des possibilités de changement par l’individu, notamment en ce qui concerne la construction d’un terrain propice pour mettre en œuvre un art de vivre.

L’individu est embrigadé dans de nombreux contextes avec éventuellement des rôles très différents, certains offrant des libertés d’action et d’autres imposant toutes sortes de contraintes.

 L’homme, encapsulé dans les structures sociétaires, doit satisfaire en premier lieu un certain nombre de besoins élémentaires pour survivre. Selon les circonstances et conditions de vie, cet aspect élémentaire n’est pas toujours aisé à couvrir. Si les circonstances et conditions de vie ne sont pas favorables, on risque de glisser plutôt dans une déconstruction d’un art de vivre. Ce dernier est conditionné par beaucoup de facteurs comme les désirs et les besoins plus ou moins faciles/difficiles à satisfaire. Or, les besoins et désirs satisfaits ne mènent pas nécessairement à un mode de vie s’ouvrant au bonheur (voir d’autres articles à ce sujet), mais aident à ne pas créer un contexte défavorable à un art de vivre.

En effet, si les besoins élémentaires peuvent être satisfaits par les personnes disposant de revenus leur permettant de vivre une vie décente avec les libertés nécessaires pour se développer / s’éclater, tel n’est pas le cas pour beaucoup de gens si on analyse la situation sur un plan mondial. Par ailleurs, les circonstances garantissant une vie décente peuvent rapidement s’envoler dans notre monde en changement accéléré. Avec les conflits géopolitiques actuels et en perspective, même le bien-être au Luxembourg, considéré comme un pays riche et démocratique, peut s’envoler très rapidement car notre mode de vie dépend presqu’entièrement de facteurs externes et étrangers, sans parler des crises écologiques en cours. Ceci montre l’importance d’analyser un certain nombre de facteurs considérés comme normaux alors qu’en fait ils constituent en quelque sorte un luxe, même au Luxembourg.

Ainsi, philosopher sur l’art de vivre dans un environnement agréable et à l’abri des besoins peut devenir un exercice élitaire qui ne tient pas compte des aléas de la vie du commun des mortels.

Pour structurer un peu ces réflexions heuristiques, je propose de recourir dans une première approche au modèle des besoins de Maslow et des facteurs de Herzberg. Ces 2 modèles ne sont pas exclusifs, mais à mon avis complémentaires et permettent même dans une conjonction, d’affiner une telle analyse sous forme d’une matrice.

Une condition favorable à la construction d’un art de vivre consiste certainement à constituer un contexte « mens sana in corpore sano », laissant à l’individu toutes les latitudes physiques et psychiques possibles et nécessaires à l’action d’une manière générale.

La pyramide de Maslow est une représentation pyramidale de la hiérarchie des besoins.




Ce modèle théorique peut se transposer dans la réalité par les facteurs suivants (énumération non-exhaustive).


Il y a certains points de contestation, comme pour toute théorie. Certains critiques affirment que les besoins ne sont pas universels et que leur importance peut varier selon la culture, l'individu et le contexte. D’autres contestent l'idée que les besoins humains suivent une hiérarchie stricte et linéaire. Ils suggèrent plutôt que les besoins peuvent interagir de manière complexe et que les’ individus peuvent poursuivre simultanément plusieurs besoins à différents niveaux. D’autres remarquent encore que la théorie de Maslow repose en grande partie sur des observations cliniques et des études qualitatives plutôt que sur des preuves empiriques solides issues de recherches expérimentales. Malgré ces critiques, la pyramide des besoins de Maslow continue d'être largement enseignée et utilisée.

Par ailleurs, il y en a même qui prétendent que Maslow ne l’a pas créée. Ci-après un courrier des lecteurs de sciences humaines (avril 2024).


Il n’en reste pas moins que la pyramide de Maslow est toujours couramment utilisée car elle présente un certain cadre de réflexion, en principe flexible dans son interprétation. Elle permet de mettre de l’ordre dans les réflexions heuristiques.

En dehors de la pyramide de Maslow, il faut encore mentionner la théorie de Herzberg concernant les 2 grandes catégories de facteur, permettant aussi de classer, dans une certaine mesure, les besoins de Maslow.

Herzberg part de deux facteurs :

« La théorie des deux facteurs : (http://alain.battandier.free.fr/spip.php?article7 ) :

Herzberg distingue deux sortes de besoins : ceux qui sont propres à tous les êtres vivants (facteurs d’hygiènes) et ceux qui sont particuliers à l’homme (facteurs internes).

Les premiers (facteurs d’hygiènes) ne sont pas de véritables sources de motivation, mais simplement de satisfaction. Les besoins d’hygiène, dès qu’ils sont pourvus, réduisent l’insatisfaction et ne sont donc plus motivants. Par contre, la non satisfaction de ces besoins peut être source de mécontentement et donc de dé-motivation.
Dans ces facteurs, externes, se retrouvent les conditions de travail, les relations d’équipe, la rémunération, etc

Seuls les facteurs internes sont source de motivation. Cette motivation est à rapprocher du contenu des tâches, réussite, promotion, indépendance et autonomie.
Pour satisfaire ces besoins, l’homme ne se lasse pas d’en faire le plus possible, non seulement pour l’atteindre mais aussi pour dépasser l’objectif qu’il s’est fixé.

On pourrait s’imaginer de construire une matrice pour voir dans quelle mesure les 2 modèles pourraient délimiter des champs d’hypothèses et analyser dans quelle mesure ces champs sont pertinents dans les réflexions sur un art de vivre.

Matrice Maslow/Herzberg

 

Herzberg

Maslow

hygiène

motivation

 

 

 

besoins physiologiques

pertinent ?

?

besoins de sécurité

pertinent ?

?

besoins d'appartenance

pertinent ?

pertinent ?

besoins d'estime

?

pertinent ?

besoins d'accomplissement de soi

?

pertinent ?

http://alain.battandier.free.fr/IMG/pdf/CLAREE-Maslow_Herzberg.pdf

S’il semble assez évident que la satisfaction des besoins physiologiques et des besoins de sécurité sont des facteurs d’hygiène et que la satisfaction des besoins d’accomplissements de soi constitue plutôt un facteur de motivation, l’analyse des autres champs est probablement plus ambivalente sinon même ambiguë.

Prenons l’exemple des besoins physiologiques. On peut les subdiviser en besoins d’alimentation, d’hydratation, de respiration, de sommeil et de récupération, d’élimination des déchets corporels et de désintoxication, de respect du rythme biologique, d’absences de maladie, de fonctionnement des sens et autres (mens sana in corpore sano).

Nous allons analyser plus en détail, dans une première phase, les besoins liés aux facteurs d’hygiène. 

Si le besoin d’accomplissement de soi est rempli, il semble aussi clair que cet état est une motivation pour continuer les activités qui ont mené à cet état heureux.

Cependant, il y a plein d’obstacles et l’intervention de facteurs intérieurs et extérieurs qui peuvent rendre difficile de satisfaire par exemple le besoin d’accomplissement de soi. Par ailleurs, il semble découler de soi qu’il est parfois impossible de s’occuper de ce besoin si les besoins physiologiques et de sécurité ne sont pas remplis. Il y aura à ce moment d’autres besoins à satisfaire prioritairement que d’essayer de mener une bonne/belle vie.

Pour illustrer cette idée, il suffit de mentionner des exemples qui parlent pour soi : les habitants du Gaza, le peuple ukrainien sous le bombardement permanent par les Russes, les génocides ethniques en Afrique, les immigrés et réfugiés en Europe qui n’ont pas encore trouvé leur place par leur intégration, le racisme aussi bien latent qu’ouvert, les maladies graves et incurables, souvent associées à des handicapes très entravant pour mener une vie normale avec des potentiels d’épanouissement et de développement, la vieillesse et aussi la pauvreté progressant aussi en Europe, les prisonniers politiques et de guerre, les soldats embrigadés de force dans des armées pour satisfaire les ambitions d’autocrate, les victimes des guerres civiles et du banditisme, les victimes des guerres religieuses et du terrorisme, la habitants dans les slums, toutes les victimes de la guerre des cartels de la drogue et autres catégories. Ce ne sont que quelques exemples pour illustrer l’enjeu de cette analyse à faire.

Voyons l’envergure de certains de ces phénomènes.

Ainsi, certaines estimations indiquent qu’il y a environ 1 milliard de personnes qui vivent dans des slums ou bidonvilles à travers le monde, soit près d'un huitième de la population mondiale. Ce chiffre, selon les Nations Unies, pourrait atteindre 3 milliards d'ici 2050 en raison de l'urbanisation rapide et de la croissance démographique. Toutes ces personnes ont-elles une chance de bénéficier ou de mettre tant soit peu un certain art de vivre qui leur permet de vivre une belle/bonne vie.

Selon la Banque mondiale, environ 700 millions de personnes vivent sous le seuil international de pauvreté, fixé à 2,15 dollars par jour (en parité de pouvoir d'achat, chiffres 2023). Cela représente environ 9 % de la population mondiale.

Environ 735 millions de personnes souffraient de la faim dans le monde en 2023, selon le dernier rapport de l’ONU sur la sécurité alimentaire. Cela représente environ 1 personne sur 9 à l’échelle mondiale.

Il est difficile d’estimer précisément le nombre de prisonniers politiques dans le monde, car les gouvernements autoritaires ne publient pas de statistiques officielles et dissimulent souvent ces arrestations sous des accusations criminelles fabriquées. Cependant, selon les principales organisations de défense des droits humains (Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières), le nombre de prisonniers politiques se chiffre en dizaines de milliers, voire plusieurs centaines de milliers à l’échelle mondiale.

Selon le Rapport mondial sur les drogues 2023 de l’ONU (UNODC), environ 296 millions de personnes ont consommé des drogues au moins une fois en 2021, soit environ 1 personne sur 18 dans le monde. Ce chiffre est en augmentation de 23 % en dix ans.

L’Onu estime qu’il y a quelques 281 millions de migrants à travers le monde et quelques 120 millions de personnes déplacées de force, englobant les réfugiés (44 millions), les demandeurs d'asile et les déplacés internes. Concernant les migrations internes, la banque mondiale estime que d’ici 2050, 216 millions de personnes vont migrer à l’intérieur de leur propre pays à cause du changement climatique. Sur le plan international, selon les organisations et institutions, les migrations internationales liées à l'environnement d'ici 2050 varient entre 200 millions et 1.2 milliards de personnes. Selon le monde, il y aurait eu en 10 ans 220 millions de personnes déplacées de force par les catastrophes climatiques. Si on voit ces chiffres, on peut facilement s’imaginer les problèmes des pays d’accueil pour loger, nourrir, loger et intégrer tout ce beau monde et de prendre les mesures nécessaires pour endiguer les conflits entre autochtones et nouveaux arrivants. Il suffit de suivre les problèmes actuels des immigrés réfugiés en Europe, aussi bien sur le plan politique que le plan de satisfaire les besoins de base de ces immigrés. À la fin de l'année 2023, l'Union européenne (UE) comptait environ 7,4 millions de personnes reconnues comme réfugiées,ne représentant que 1.6 %  sur une population totale de 450 millions de l’UE.

Selon l'ONU et l'OMS (rapport 2023), environ 2,2 milliards de personnes dans le monde n'ont pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité, soit près d'un quart de la population mondiale.

Détails de la crise de l’eau potable :

Détails de la crise de l’eau potable :

  • 2,2 milliards n'ont pas un accès sûr à l'eau potable.
  • 771 millions de personnes n'ont aucun accès à l'eau potable (soit environ 1 personne sur 10).
  • 3,5 milliards de personnes n'ont pas accès à des services d'assainissement adéquats (toilettes, égouts, traitement des eaux usées).
  • 1,7 milliard de personnes n'ont pas accès à un service d'hygiène de base, comme le lavage des mains avec de l'eau et du savon.

Ces chiffres ne montrent que certains aspects, mais font état de beaucoup de situations pas acceptables.

Il y a des années, on avait divisé le monde en pays développés et sous-développés. Ce classement n’est plus appliqué aujourd’hui car l’économie mondiale est devenue plus complexe, et de nombreuses organisations internationales, comme l’ONU, la Banque mondiale et le FMI, utilisent désormais des classifications plus nuancées.

Montrons à travers certains exemples les raisons de l’abandon de cette ancienne classification. Il y a une émergence de puissances intermédiaires telles que la Chine, l’Inde, le Brésil qui ne sont ni « sous-développés » ni pleinement « développés ». Il y a des disparités internes : Les États-Unis ou la France ont des poches de pauvreté, alors que certains pays en développement ont des villes très avancées. Il y a aussi une évolution rapide de certains pays : Des pays autrefois considérés « en développement » (comme la Corée du Sud ou Singapour) sont aujourd’hui des puissances économiques.

Les classifications aujourd’hui retenues sont les suivantes selon les institutions :

  • Pays à revenu élevé / intermédiaire / faible (Banque mondiale)
  • Pays du Nord / du Sud global (ONU)
  • Pays industrialisés / émergents / en développement

Mais prenant certains pays considérés comme riches en Europe et voyant leur taux de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté. Et on a ses surprises.

Le seuil de pauvreté est généralement fixé à 60 % du revenu médian dans chaque pays (selon la définition de l'UE).

Les pays suivants, à titre d’exemple, sont classés comme à faible revenu : Afghanistan, Éthiopie, Haïti. On peut s’imaginer que raisonner en termes d’art de de vivre pour ces pays serait une farce et hautement cynique.


Quelques observations :

  • L’Espagne et l’Italie ont les taux de pauvreté les plus élevés parmi ces pays, dépassant 20 %.
  • Le Luxembourg, malgré son haut niveau de vie, a aussi un taux de pauvreté élevé (18,1 %) à cause du coût de la vie très élevé. Le logement est de loin le principal moteur de cette cherté. Le prix de l’immobilier est extrêmement élevé, avec des loyers et des prix d'achat parmi les plus chers d'Europe. En 2023, le prix moyen du m² dépassait 10 000 € à Luxembourg-ville. Il y a un manque de terrains constructibles et une forte demande de logement due à l’afflux de travailleurs étrangers voulant résider au Luxembourg. Peu de logements sociaux et d’habitations à bon marché sont disponibles, ce qui accentue la pression sur le marché. Rappelons que le revenu médianélevé contribue à classer un certain nombre de personnes comme vivant sous le seuil de pauvreté. Mais une partie de ces personnes serait considérée, avec leur salaire, comme aisée dans les pays limitrophes. Le prix des logements et le niveau des loyers appauvrit les résidents au Luxembourg, ce qui a aussi comme conséquence que des luxembourgeois vont vivre dans les pays limitrophes car leur revenu ne leur permet pas d’acquérir une habitation au Luxembourg.
  • L'Allemagne et la France ont des chiffres similaires, autour de 14-15 %.
  • Le Portugal reste à un niveau élevé, mais son taux de pauvreté a diminué ces dernières années.

Voyons en détail ce que cela peut représenter sur le plan individuel. S’il est vrai que les chiffres donnent un aperçu global qui relativise en partie les données individuelles et le vécu personnel, une situation tout à fait insupportable ou plus ou moins insupportable/supportable ou agréable se vit essentiellement sur le plan individuel, en dehors des statistiques qui ne tiennent pas compte des conditions personnelles. Et cela peut avoir un impact sur les discussions portant sur un art de vivre. Il ne suffit pas toujours de suivre les conseils des gourous autoproclamés de la work-life balance pour trouver son bonheur.

Ainsi, Il suffit par exemple, de se pencher sur l’état de santé en Europe. Environ 1 personne sur 3 souffre d’une maladie chronique affectant sa qualité de vie, ce qui représente plus de 200 millions de personnes.

  • Plus de 150 millions d’Européens ont une maladie chronique modérée à sévère.
  • Plus de 50 millions souffrent de maladies chroniques graves qui limitent fortement leur quotidien.
  • Environ 70-80 % des décès en Europe sont dus aux maladies chroniques.

Maladies chroniques les plus courantes en Europe :

  • Maladies cardiovasculaires : 85 millions de personnes (hypertension, AVC, insuffisance cardiaque).
  • Diabète : 60 millions de personnes (dont 90 % de type 2).
  • Maladies respiratoires : 36 millions de personnes (asthme, BPCO).
  • Cancer : 20 millions de personnes vivent avec un cancer ou en rémission.
  • Maladies neurologiques : 10 millions de personnes avec Alzheimer, Parkinson ou sclérose en plaques.
  • Troubles musculo-squelettiques : Plus de 100 millions (arthrose, polyarthrite, douleurs chroniques
  • Dépression et troubles mentaux : Environ 84 millions d'Européens touchés par des troubles mentaux (dont 35 millions avec une dépression chronique).

L’âge n’arrange pas non plus les affaires, surtout si le pouvoir d’achat des pensionnés ne permet pas toujours de grands bonds pour une vie aisée si on tient compte par exemple du coût de la vie élevé au Luxembourg. La distribution des pensions de vieillesse au Luxembourg en décembre 2022 était la suivante :

  • Moins de 500 € : 19,51 % des bénéficiaires
  • 500 € à 999 € : 10,56 %
  • 1 000 € à 1 499 € : 10,04 %
  • 1 500 € à 1 999 € : 12,14 %
  • 2 000 € à 2 499 € : 8,28 %
  • 2 500 € à 2 999 € : 7,21 %
  • 3 000 € à 3 499 € : 6,38 %
  • 3 500 € à 3 999 € : 6,08 %
  • 4 000 € à 4 499 € : 5,47 %
  • 4 500 € à 4 999 € : 4,15 %
  • 5 000 € à 5 499 € : 3,13 %
  • 5 500 € à 5 999 € : 2,52 %
  • 6 000 € à 6 499 € : 1,77 %
  • 6 500 € à 6 999 € : 1,30 %
  • 7 000 € et plus : 2,10 %

54,6 % de la population Luxembourg ont une retraite inférieure à 3.500 €. Ces pourcentages reflètent la diversité des montants de pensions perçus, influencés par la durée de cotisation et les salaires antérieurs des bénéficiaires.

L’évolution de la pyramide d’âge engendre d’autres questions. Actuellement, 20 % de la population en Europe ont plus de 65 ans. En 2050, la proportion des personnes âgées de 65 ans et plus devrait atteindre plus de 30 % de la population, avec une baisse importante des jeunes (moins de 15 ans). Ce vieillissement démographique pourrait avoir un impact majeur sur les politiques économiques, de santé et de retraite dans les prochaines décennies, sans parler de son impact possible sur une qualité de vie douteuse pour le troisième et quatrième âge. Cet aspect sera analysé plus en détail ci-après.

Si rien ne va plus en ce qui concerne des conditions/circonstances permettant de vivre une bonne/belle vie en déployant un certain un art de vivre, comment peut-on malgré tout extorquer des plus-values d’un état et environnement peu ou pas amène. Si on ne peut améliorer les conditions physiques et psychiques ou les circonstances sociétaires (politique, économie, culture et autres), on ne peut se retourner que sur soi-même en développant un certain état d’esprit faisant preuve de force de caractère et de résilience pour développer une attitude permettant de survivre, à l’instar de ce qu’on fait certains prisonniers dans les KZ de Hitler. Cela devient encore plus difficile si on ne voit pas la fin du tunnel. Un tel potentiel n’est pas donné à tout le monde.

Il peut y avoir  donc beaucoup de de contretemps/obstacles possibles s’opposant à s’adonner facilement à un art de vivre. Dans cet article, nous allons analyser plutôt le contexte des besoins physiologiques et psychiques (sachant que le corps et l’esprit sont fortement imbriqués). D’autres articles sont/seront dédiés plus spécifiquement aux aspects psychiques Les besoins de sécurité et environnementaux, dont aussi l’impact d’une écologie défaillante sont aussi un aspect à traiter. Il suffit de considérer les conséquences des catastrophes actuelles (inondations, incendies, glissement de terrains, tsunami, ouragans et autres) où le cadre de vie d’une personne peut être anéanti en un rien de temps et où tout est à recommencer. L’art de vivre ne fait plus sens dans une telle situation. L’art de survivre devient la devise.

En ce qui concerne les aspects psychiques, un certain nombre d’aspects ont été traités au niveau de quelques article concernant le cerveau (voir la rubrique corps et esprit dans la table des matières). On se situe, pour cadrer le contexte de tous ces facteurs,  essentiellement au niveau des facteurs d’hygiène de Herzberg et des 2 premiers niveaux de la pyramide de Maslow.

On peut énumérer d’une manière générale les besoins de base de toute société humaine comme suit : air, eau, alimentation, vêtement, habitat, énergie, sécurité, mobilité, communication, apprentissage et transmission du savoir / connaissances, outils, santé et soins, justice, institutions politiques, environnement sain, gestion des ressources naturelles, moyens de production (dont agriculture), des échanges dont le commerce, les marchés et le troc, organisation sociale et politique et autres.

Un premier aspect, à traiter dans cet article,  concerne certainement les besoins physiologiques : respiration, faim, soif, sommeil, élimination. Satisfaire ces besoins n’est pas chose évidente comme le montrent certains exemples :

  • Respiration : asthme, Covid, tuberculose et autres maladies respiratoires, pollution, etc.
  • Alimentation / faim : un problème mondial qui a aussi commencé par rattraper l’Europe (distribution gratuite de repas, et pas seulement pour les sdf, etc.)
  • Soif : l’eau potable de bonne qualité est rare dans maintes régions et commence aussi à poser des problèmes en Europe (par exemple à cause de la pollution)
  • Sexualité : combien de religions et sociétés limitent la sexualité pour des raisons idéologiques et de dominance, à commencer par l’église catholique
  • Sommeil : les personnes souffrant d’insomnies sont plus nombreuses qu’on ne le croit et se retrouvent dans toutes les couches sociales. Par ailleurs, selon les rythmes de vie, souvent imposés (par exemple l’entreprise et l’organisation sociétaire) ou choisis (regarder la télé pendant 8 heures par jour), les heures de sommeil nécessaires font souvent défaut. Tous les sdf sont dans une lutte permanente pour trouver un endroit où dormir, quel que soient les conditions atmosphériques, sans parler des problèmes de sécurité lorsqu’on est sans défense pendant son sommeil.
  • Élimination des déchets métaboliques corporelles est un problème peu considéré en Europe, malgré qu’il soit omniprésent. Si la qualité de vie au Luxembourg permet de faire peu état de ce problème, il faut cependant aussi dire que l’empreinte écologique du Luxembourg est la deuxième la plus grande au monde après le Qatar. Même en Europe (il ne faut même pas considérer d’autres continents/pays/régions dans le monde), les installations sanitaires ne sont pas toujours un fleuron de la culture sanitaire et hygiénique. Mais les problèmes peuvent être beaucoup plus graves encore dans d’autres parties du monde. Ainsi, l’Inde a par exemple un problème que beaucoup de gens ne veulent pas utiliser les installations sanitaires mises à leur disposition avec tous les problèmes d’insalubrités que cela implique. Nous avons déjà mentionné le problème des slums et bidonvilles. Les WC sur les aires de repos des autoroutes en Europe n’invitent pas toujours à une partie de plaisir. Par ailleurs, il suffit de s’imaginer un blackout de 2 semaines faisant que les stations d’épuration ne fonctionnent plus, que les canalisations sont bouchées, que l’eau noire/grise remonte dans les WCs et que l’eau potable et sanitaire ne peut plus être pompée au 4ième étage d’un immeuble.

Nous allons passer en revue les problèmes éventuels liés à la satisfaction des besoins physiologiques, en ratissant parfois assez loin. Si la satisfaction des besoins semble à première vue bien prise en charge au Luxembourg, et encore, tel n’est pas le cas dans beaucoup de parties du monde, avec des conséquences sur le plan mondial (par exemple, perturbation des ressources naturelles à cause de pluies acides pouvant affecter la sécurité alimentaire).

Un autre volet concernera les besoins de sécurité, souci majeure de l’humanité au fil de son évolution. On verra que ce n’est pas évident de disposer des sécurités nécessaires pour vaquer librement et tranquillement à ses occupations. On parle de sécurité physique, de la sécurité du logement, de la sécurité du revenu, de la dangerosité de l’environnement, des moyens de se vêtir en fonction des circonstances, de la violation de la personne sous différentes formes, de la liberté d’agir et d’autres aspects. Ces besoins de sécurité s’inscrivent dans les contextes familiaux et autres groupes sociaux, mais aussi dans un contexte communal, national et international sinon même continental. Ainsi on peut encore distinguer les sécurités civile, juridique, économique, financière, sécurité des approvisionnements (alimentation, énergie et autres), sécurité sanitaire, sécurité au travail, sécurité des systèmes d’information, sécurité des transports, sécurité nucléaire et autres. Ces aspects seront traités dans un article à part. Le problème de la sécurité prend en importance dans un monde en flammes. Les aspects de sécurité seront traités dans un article à part à cause de son importance dans le contexte de l’art de vivre.

On voit que le cadre de vie peut être perturbé de beaucoup de manières pouvant freiner grandement un élan généreux pour se constituer un art de vivre.

 

Les besoins physiologiques

Les aspects suivants seront considérés :

  • Alimentation
  • Eau potable
  • Élimination
  • Qualité de l’air et respiration
  • Sommeil 

Alimentation

Concernant une alimentation saine, on a déjà développé un certain nombre d’aspects dans l’article « Le bon fonctionnement du cerveau ». Ce qui est vrai pour le cerveau est en principe aussi valable pour le reste du corps, sachant cependant que les organes ont souvent besoins d’apports alimentaires plus spécifiques selon leur nature et fonctionnement. La recherche et la littérature concernant une alimentation de qualité font légion et les théories défendues sont nombreuses. On retrouve par exemple souvent le principe de la cuisine méditerranéenne en Europe dans les recommandations alimentaires pour son apport bénéfique pour la santé.

Encore faut-il se mettre d’accord sur la notion d’une alimentation saine et équilibrée qui doit couvrir les besoins nutritionnels du corps tout en favorisant une bonne santé. Il faut en principe une variété d’aliments issue de toutes les catégories : fruits, légumes, céréales complètes, protéines (dont la viande dans certaines proportions : les produits animaux (viande, œufs, lait) contiennent tous les acides aminés essentiels en quantités optimales, ce qui en fait des protéines complètes), produits laitiers (ou alternatives), matières grasses de qualité et autres . Il faut également alterner les sources de nutriments pour éviter les carences et bénéficier de divers bienfaits. Par ailleurs, il faut préserver un équilibre des macronutriments tels que les glucides, les protéines et les lipides. Il faut aussi garantir un apport suffisant en micronutriments tels que vitamines, fibres et minéraux. Une hydratation adéquate et boire entre 1.5 et 2 litres par jour est une obligation tout en limitant les boissons sucrées et alcoolisées. Une alimentation saine comprend aussi la prise de repas réguliers selon les besoins. Par ailleurs, il faut aussi réduire la consommation d’aliments ultra-transformés, riches en sel, sucre, additifs et graisses de mauvaise qualité. L’apport calorifique doit être ajusté en fonction de l’activité physique et adapter l’alimentation en fonction de besoins spécifiques : sportif, femme enceinte, senior, etc. Soyons honnête : qui dispose du temps nécessaire dans notre société frénétique de faire des plans d’alimentation, de planifier les menus, de faire les achats nécessaires et de cuisiner des plats frais diversifiés (selon les consignes précédemment énumérées). Très souvent, les familles avec enfants arrivent tout juste à faire le strict nécessaire pour faire fonctionner la famille et, avec le temps comme denrée rare, recourent très souvent à des plats préparés plus ou moins artisanalement ou industriellement.

Mais il faut encore les moyens pour se procurer les ingrédients d’une telle cuisine, sachant que ces ingrédients ne peuvent par exemple pas être produits dans leur variété au Luxembourg. Et si on importe ces aliments, on est confronté à un problème de transport, toujours pollueur en principe, (à des degrés divers), sans parler d’une logistique complexe et encore une production de CO2 importante pour garantir la fraîcheur des aliments transportés (production du froid).

Et finalement, un autre aspect est la qualité biologique des aliments, l’agriculture biologique ne se fait que sur 17.7 millions de hectares, représentant 11 % de la surface agricole.  en Europe. Au Luxembourg, l’agriculture biologique bascule entre 6 et 7 %.  L’Autriche atteint 27 %, est hors norme et dépassant déjà actuellement les objectifs européens. L'UE s'est fixé un objectif ambitieux dans le cadre de la stratégie "De la ferme à la table" : atteindre 25 % de terres agricoles en bio d'ici 2030.

En dehors d’une production biologique, il faut encore mentionner les objectifs d’une alimentation durable, saisonnière et de proximité. Il suffit d’analyser les produits vendus dans les supermarchés pour se rendre compte que ces critères sont satisfaits d’une manière minable, sans parler du fait que beaucoup de ménages ne peuvent se permettre d’acheter des produits biologiques pour des raisons de budget.  Quelle pourrait être une cuisine de proximité, biologique et saisonnière. Les recettes culinaires devraient être réinventées en partie dans ce sens. Et si on ne veut plus importer les tomates produites aux Pays-Bas et en Belgique par exemple, le développement de la production biologique et durable maraîchère biologique en serre à proximité des consommateurs devrait connaître un essor et une promotion/subside notables.

L’autonomie alimentaire de base du Luxembourg n’est pas garantie. Bien que la production couvre une partie des besoins nationaux, le Luxembourg dépend des importations pour certaines céréales, notamment le maïs destiné à l'alimentation animale. Le pays est proche de l'autosuffisance en viande bovine et porcine. Cependant, pour la volaille, la production locale ne suffit pas à couvrir la demande, nécessitant des importations. Le Luxembourg est autosuffisant en produits laitiers, avec une production excédentaire permettant même des exportations. En ce qui concerne les protéines végétales, la culture de légumineuses, telles que le soja ou le lupin, est marginale, entraînant une dépendance aux importations pour l'alimentation animale. De toute façon se pose la question des bonnes proportions des aliments végétaux et animales pour disposer d’une nutrition saine, écologique et durable.

Cependant, le Luxembourg dépend majoritairement des importations pour assurer l'approvisionnement alimentaire de sa population. La production locale de fruits et légumes ne couvre qu'environ 5% de la consommation nationale. Cette situation souligne une faible autonomie alimentaire, rendant le pays vulnérable aux perturbations des chaînes d'approvisionnement internationales. Le Plan d'Action National "PAN-Bio 2025" vise à augmenter la part de l'agriculture biologique à 20% des surfaces agricoles au-delà de 2025. De plus, des efforts sont déployés pour promouvoir les circuits courts et encourager la consommation de produits locaux, afin de renforcer la souveraineté/autonomie alimentaire du pays.

J’ai fait des recherches concernant la production maraîchère au Luxembourg. Elle est plus diversifiée qu’on puisse s’imaginer à première vue. La liste ci-après n’a pas la prétention d’être exhaustive. Selon un certain nombre de sources le Luxembourg produit des légumes-feuilles (salades, épinards, blettes et autres), des légumes-fruits (tomates, courgettes, concombres, courges, citrouilles et autres), des légumes racines (carottes, pommes de terre, radis, navets et autres), des légumes à bulbe (oignons, ail, poireaux et autres), des légumes-fleurs (choux-fleurs, brocolis, artichauts et autres), des herbes aromatiques et autres.

Mais certains aliments habituels doivent être importés tels que le café, le thé (on ne parle pas de tisanes), le sel, le poivre et beaucoup d’autres épices. Les produits de la mer (poissons, crustacés, mollusques, algues comestibles et Autres)  sont tous importés. Il est vrai qu’il y a aussi des aliments issus de l’eau douce comprenant des poissons, crustacés, mollusques et certaines plantes aquatiques comestibles comme la salicorne, la laitue d’eau douce, le nénuphar comestible. Mais ces aliments aquatiques ne sont qu’accessoires quantitativement. Il est vrai qu’on pourrait aussi développer aussi l’aquaponie qui est un système de culture durable qui combine l’aquaculture (élevage de poissons) et l’hydroponie (culture de plantes sans sol). C’est un écosystème circulaire où les déchets des poissons servent d’engrais aux plantes, et les plantes purifient l’eau pour les poissons. Si la mer devient trop polluée, l’aquaponie pourrait devenir une solution essentielle pour produire des aliments aquatiques.

Supposons, pour des raisons géopolitiques avec des conséquences graves sur la logistique internationale avec des barrières commerciales et des guerres économiques que le flux des aliments s’épuise. Comment le Luxembourg va-t-il s’en sortir ? Il suffit de faire le tour des supermarchés pour se rendre compte que la satisfaction de nos habitudes alimentaires dépend essentiellement de produits fabriqués importés. Comment le Luxembourg va-t-il organiser son plan alimentaire pour la population en cas d’importations réduites sinon nulles car les pays voisins seront dans la même situation de pénurie. Quelle serait la cuisine qui en résulterait, si jamais on disposait encore d’aliments de base ? Supposons encore qu’il y ait en plus une crise d’énergie. Comment faire pour conserver les quelques aliments produits au Luxembourg : sans électricité, pas de frigos et de congélateurs. La population urbaine ne pourrait même pas essayer de produire suffisamment pour garantir une autosuffisance basée sur une cuisine végétarienne faute de terre disponible. Sans énergie fossile (essentiellement bois) il n’y aura pas de possibilités pour produire des conserves artisanales à l’échelle nationale. Il ne restera que la fermentation, nécessitant cependant souvent certaines quantités de sel qu’il faudrait aussi importer. Et comment acheminer les aliments produits dans la campagne vers les villes ? Je me demande s’il y a un gouvernement européen ait conçu un tel worst case.

Allons un peu plus loin. Quelle production d’aliments de base serait encore possible en cas de guerre, de rupture logistique à travers l’Europe, de blackouts, de catastrophes naturelles (tempêtes, inondations, sécheresse ? Notre agriculture est très automatisée et très technologique. En cas de blackouts, comment traire à la main 2 fois par jour 200 vaches laitières dans une exploitation agricole d’une certaine envergure ? Comment labourer et ensemencer les champs et récolter finalement les récoltes les céréales sans fuel pour les tracteurs ? Comme les moulins à l’eau et au vent n’existent pas au Luxembourg, comment moudre les céréales pour produire la farine nécessaire pour la population luxembourgeoise. En cas de champs inondés et de sols saturés d’eau, comment ensemencer ? En cas de sécheresse, comment apporter de l’eau aux champs. Et finalement, même si on peut produire les produits agricoles et maraîchers de base à l’ancienne, comment acheminer la nourriture vers la ville sans bête de trait. 

J’ai posé à ChatGPT la question suivante : Il faut combien de terrain permettant à une famille de 4 personnes de vivre d'une manière autarque . La réponse n’est pas encourageante et des réflexions dans ce sens sont illusoires. Voici la réponse :

Pour qu'une famille de 4 personnes puisse vivre en autarcie complète, la superficie du terrain dépend de plusieurs facteurs : alimentation, eau, énergie, climat et sol. Voici une estimation détaillée.


1. Superficie nécessaire (estimation)

  • Mode minimaliste : 2 à 3 hectares → Possible, mais demande une gestion très optimisée.
  • Mode autosuffisant raisonnable : 5 hectares → Plus confortable, avec plus de résilience.
  • Mode confortable et durable : 10 hectares ou plus → Sécurise toutes les ressources avec plus de biodiversité et de production.

2. Besoins principaux

Alimentation

🔹 Maraîchage :

  • 2 000 à 3 000 m² de potager bio diversifié.
  • Méthodes de permaculture pour limiter l’arrosage et maximiser les rendements.

🔹 Verger & petits fruits :

  • 50 à 100 arbres fruitiers variés (pommiers, poiriers, cerisiers, figuiers…).
  • 500 m² de baies et petits fruits (framboises, fraises, cassis, mûres…).

🔹 Céréales et légumineuses :

  • 1 à 2 hectares pour blé, maïs, pois chiches, lentilles, pommes de terre…
  • Possible d’éviter avec plus de permaculture, mais utile pour stockage longue durée.

🔹 Élevage (optionnel mais recommandé) :

  • Poules (viande et œufs) : 400 à 500 m².
  • Chèvres/moutons (lait, fromage, viande) : 1 à 2 hectares de pâturage.
  • Cochons (viande et engrais) : 500 à 1 000 m² avec rotation.
  • Ruches pour le miel et la pollinisation.
  • Étang de 500 m² minimum pour poissons (carpes, tilapias).

Eau

💧 Une autonomie en eau est cruciale :

  • Récupération des eaux de pluie : au moins 100 000 litres/an (grande citerne).
  • Forage ou puits si possible.
  • Étang + système de filtration et irrigation pour garantir l’approvisionnement.

Énergie

Autonomie énergétique avec :

  • Panneaux solaires (minimum 5 kW pour 4 personnes).
  • Éolienne (si région venteuse) en complément.
  • Bois de chauffage : au moins 1 hectare de forêt bien gérée (coupes raisonnées).

Habitat et autonomie domestique

🏡 Maison éco-conçue :

  • Matériaux naturels (bois, paille, terre).
  • Isolation performante pour limiter les besoins en chauffage.
  • Toilettes sèches et phytoépuration pour traiter l’eau usée.

🛠 Compétences essentielles :

  • Jardinage et conservation des aliments.
  • Gestion de l’eau et de l’énergie.
  • Construction et entretien des infrastructures.

3. Climat et type de sol

🌱 Un terrain en climat tempéré et fertile permet de s’en sortir avec 5 hectares bien gérés.
🌵 En climat aride, au moins 10 hectares sont nécessaires pour compenser le manque d’eau et la faible fertilité.


4. Conclusion

👉 Superficie recommandée pour 4 personnes :

  • Minimum : 3 à 5 hectares (très optimisé, demande beaucoup de travail).
  • Idéal : 5 à 10 hectares (meilleure sécurité alimentaire et autonomie durable).
  • Confort maximal : 10 hectares ou plus (avec forêts, étangs, biodiversité).

Avec une bonne gestion permaculturelle, on peut optimiser les rendements et réduire l’espace nécessaire. Mais plus de terrain permet une meilleure résilience face aux imprévus climatiques et économiques. 🌿💪

Faisons un petit calcul. Le Luxembourg a quelques 650 000 habitants, ce qui fait 162 000 familles. Attribuons encore 7.5 hectares à chaque famille. Il faudrait donc Pour 162 000 ménages : 162 000 * 7.5 hectares = 1 215 000 hectares pour garantir une autarcie à chaque famille ou 12 150 km2. La superficie du Luxembourg est de 2 586 km2. Le Luxembourg consacre actuellement 1 325 km2 à des fins agricoles. Si chaque famille produisait elle-même ses aliments, il faudrait 10 fois plus terre que celle consacré actuellement à l’agriculture. L’autarcie familiale est une chimère.

Avec une superficie agricole de 1 325 km² (soit 132 500 hectares) et une agriculture durable optimisée, le Luxembourg pourrait nourrir :

  • Environ 198 750 personnes avec un régime alimentaire comprenant encore une part de produits animaux (scénario modéré).
  • Jusqu’à 662 500 personnes avec un régime majoritairement végétarien ou végétal, mieux adapté à une production locale durable.

Une restructuration optimisée de la production alimentaire professionnelle sur le plan national pourrait permettre une autosuffisance de maximum 80 % avec une alimentation de base, avec cependant des moyens technologiques considérables. Il faudrait opérer une transition vers une agriculture bio-intensive (permaculture, serres, hydroponie, agroforesterie) permettant de couvrir une part bien plus importante des besoins alimentaires avec une intensification des cultures maraîchères et une réduction des monocultures céréalières. Il faudrait orienter une partie des cultures céréalières vers d’autres céréales comme le sarrasin, les pois chiches et lentilles, le soja et autres sortes. Ceci permettrait de réduire la dépendance aux importations. Une réduction de la consommation de viande et de produits laitiers au profit d’un modèle plus durable (élevage extensif et encore, plus de protéines végétales) améliorerait l’autonomie. Le développement de bassins d’aquaculture en circuit fermé et d’aquaponie permettrait de couvrir une part des besoins en poissons. Le Luxembourg a encore un bon accès à l’eau (précipitations suffisantes) avec certaines réserves, mais le changement climatique peut impacter cette disponibilité. Il y a donc un besoin d’une gestion optimale de l’eau avec stockage, irrigation raisonnée et agroécologie. Il faudrait calculer combien de résidents pourraient être nourris en auto-suffisance avec les terres agricoles disponibles en supposant une conversion adéquate et durable vers une agriculture adaptée.

Finalement, il y a aussi des contraintes structurelles comme la forte urbanisation (seulement 51 % du territoire est Agricole). La main-d'œuvre agricole est faible. La dépendance aux infrastructures énergétiques et industrielles externes est de 100 %.

Cela signifie que le pays pourrait approcher l’autosuffisance alimentaire pour sa population actuelle (environ 660 000 habitants), à condition de repenser fortement les modes de production et de consommation (éliminer complètement la viande). Est-ce que les résidents du Luxembourg accepteraient une telle conversion de leur mode d’alimentation et donc en partie de leur mode de vie? J’en doute fort. Il faudrait d’ailleurs que le gouvernement lance un projet de recherche pour élaborer un modèle théorique optimisé de la production alimentaire au Luxembourg pour une garantir en principe une auto-suffisance. Un tel modèle pourrait orienter les réflexions sur les conversions à opérer en étapes. En tout cas, une progression de la population actuelle pour garantir nos systèmes sociaux est impensable dans un tel scénario.

Eau potable (et le Luxembourg)

L’eau potable est un facteur indispensable à la survie. 4 à 5 jours sans eau pour un humain risquent de provoquer la mort. Par contre, en ce qui concerne la nourriture, on peut en général survivre entre 30 et 70 jours sans nourriture, tant que l'on continue à boire de l'eau. Le corps va d'abord brûler ses réserves de glucose, puis ses graisses et enfin ses muscles pour produire de l'énergie. Beaucoup dépend de l’état de santé initial, du poids et des conditions de repos ou de stress.

Si le Luxembourg semble privilégié dans le contexte en eau potable (on ouvre le robinet et l’eau coule tous les jours), il n’en reste pas moins qu’il risque de connaître de sérieux problèmes suite à son évolution démographique, surtout en relation avec le changement climatique. Le problème n’est nullement anodin. Précédemment on avait évoqué dans un autre contexte le problème de l’eau potable sur le plan mondial. Par rapport à ces faits, le petit Luxembourg baigne plutôt dans le luxe, mais il faut aussi rendre attentif à l’envergure de quelques problèmes potentiels suite à un certain nombre de mécanismes et de variables dans ce contexte qui risquent de perturber un équilibre de plus en plus fragile. Mais je ne pense pas que ce problème ait émergé vraiment à l’heure actuelle seulement dans la conscience des résidents du Luxembourg, du moins aussi longtemps que l’eau coule du robinet. De brefs moments de lucidité pourraient surgir s’il est interdit de laver la(les) voiture(s 😊), d’arroser le jardin ou de remplir la piscine. Il y a cependant le risque que ce moment de lucidité sera vite anéanti si l’eau coule de nouveau « normalement ».

Concernant l’eau potable, le Luxembourg commence à atteindre ses limites. Actuellement, le Luxembourg consomme environ 120 000 m³ d'eau potable par jour, répartis équitablement entre les eaux souterraines et les eaux de surface, principalement issues du lac de la Haute-Sûre. Cependant, avec une croissance annuelle moyenne de la population de 12 500 personnes, la demande en eau potable est en constante augmentation. Le Luxembourg compte actuellement presque 700.000 résidents qui consomment l’ eau de notre territoire (d’après certaines statistiques, un résident au Luxembourg consommerait quelque 160 litres par jour). Il faut ajouter aux consommateurs d’eau résidents environ 240.000 frontaliers qui consomment également de l’eau au Luxembourg. S’y ajoutent quelques 1.700.000 nuitées de touristes, sans parler de ceux qui ne visitent le Luxembourg qu’en journée. Cela fait du monde qui consomme de l’eau, sans parler des consommateurs économiques (industriels, artisanaux, agriculteurs et autres). La consommation annuelle total du Luxembourg s’élèverait à quelques 50 millions de mètres cubes.

Des projections indiquent que, sans mesures d'économie d'eau, la disponibilité des ressources actuelles pourrait devenir insuffisante pour répondre aux besoins de la population après 2026. De plus, les effets du changement climatique pourraient perturber l'approvisionnement en eau, notamment pendant les périodes de forte demande estivale et de sécheresse prolongée. Pour anticiper ces défis, le Luxembourg a entrepris des initiatives telles que l'agrandissement de la station de traitement d'Eschdorf, en augmentant sa capacité de traitement jusqu'à 150 000 m³ par jour. Encore faudrait-il que le lac du barrage fournisse la quantité d’eau nécessaire pour cette opération. Dans ce contexte, il semble essentiel de renforcer les efforts en matière de conservation de l'eau et d'explorer de nouvelles sources pour garantir un approvisionnement durable face à une croissance démographique soutenue.

Le lac d’Esch-sur-Sûre joue un rôle crucial dans l’approvisionnement en eau potable du Luxembourg. Il est principalement alimenté par la rivière Sûre qui prend sa source en Belgique et traverse le Luxembourg avant de se jeter dans la Moselle. La Sûre a sa source en en dehors du Luxembourg, près du village de Vaux-sur-Sûre dans la province du Luxembourg. Avant d'entrer au Luxembourg, elle parcourt environ 30 kilomètres en Belgique. Ensuite, elle traverse le Luxembourg sur environ 172 kilomètres, avant de rejoindre la Moselle à Wasserbillig. Il faut se rendre compte que la partie de la Sûre en Belgique est hors contrôle du Luxembourg et que des incidents pendant ces 30 kilomètres en amont de la frontière luxembourgeoise pourraient grandement mettre en cause l’alimentation en eau potable du Luxembourg. On peut se poser la question si une pollution de la Sûre en Belgique pourrait être arrêtée à la frontière avec le Luxembourg. Ainsi, il y avait une contamination par des pesticides en 2014 ainsi qu’une pollution d’hydrocarbures en janvier 2023, exemples pour montrer que les possibilités de pollution plus ou moins importantes existent réellement et qu’il ne s’agit pas d’un exercice purement théorique. Néanmoins, la même question se pose pour les contaminations éventuelles au niveau des affluents de la Sûre qui se déversent dans le Lac. Tous les incidents environnementaux et de pollution survenant dans le bassin versant de la Sûre alimentant le lac peuvent avoir des répercussions négatives sur la qualité de l’eau potable du lac : pollution accidentelle, défauts d’assainissement ou déversement d’eaux usées, pollution agricole, activités industrielles (et minières), inondations emportant boues, hydrocarbures, matières fécales et autres vers les cours d’eau, activités humaines non réglementées (décharges sauvages, dépôts illégaux de déchets), construction en zones sensibles sans protections, activités récréatives mal encadrées comme la navigation, la baignade, le camping sauvage et autres.

Au Luxembourg, l’alimentation du lac dépend aussi des précipitations dans son bassin versant, qui influencent directement le niveau de l’eau, ainsi que des affluents de la Sûre, qui contribuent à son débit, sans parler des infiltrations souterraines et des sources locales, qui apportent un complément d’eau. Les affluents en amont du barrage sont assez nombreux, mais il s’agit plutôt de ruisseaux, drainant cependant l’eau de 160 km2 (j’en étais étonné quand j’ai essayé d’en faire l’inventaire sur base de la carte hydrologique). Il s’agit des ruisseaux Fensterbaach, Dirbech, Betlerbaach, Nibgserbaach, Béiwenerbaach, Haemechterbaach, Braschterflass, Bauschelbaach, Schwarzerbaach, Bellerbaach, Haemecht, Syrbaach, Froumicht, Hommelsbaach, Walterbaach, Haareleerbaach, Sollerbaach (et autres, pour ne rien oublier). Des rivières, plus substantielles par leurs apports en eau, se situent en aval du barrage et ne contribuent donc pas directement à la réserve d’eau potable du lac. Il s’agit notamment de l’Our et de l’Alzette. Néanmoins beaucoup d’autres ruisseaux et petites rivières se déversent dans la Sûre en aval du barrage.

Dans ce sens, il est intéressant de connaître l’apport d’eau potable par les sources implantées au Luxembourg. Environ 50 % de l'eau potable proviennent de sources et de forages captant les eaux des aquifères du Grès de Luxembourg et du Grès bigarré.

Ouvrant une parenthèse concernant les sources de la Ville de Luxembourg qui ne fournissent qu’une partie de l’eau potable de la commune. La ville achète aussi de l’eau potable à la SEBES. Dans certains cas se pose la question de l’appartenance des sources et des nappes phréatiques. Selon certaines sources, la Ville de Luxembourg exploite un total de 72 captages d'eau potable, répartis en six secteurs hydrogéologiques distincts, tous situés à moins de 10 kilomètres de la commune . Ces captages puisent l'eau principalement de l'aquifère du Grès de Luxembourg. La répartition des captages par secteur est la suivante :

  • Kopstal : 33 sources (22 sur la rive droite et 11 sur la rive gauche de la Mamer)
  • Siweburen et Millebaach : 4 sources
  • Glaasburen et Dommeldange : 11 sources
  • Birelergronn : 13 sources
  • Polfermillen : 1 source
  • Tubishaff : Forage-captage

Il s’en suit que presque la moitié des sources ne se situent pas sur le territoire de la ville de Luxembourg, à savoir essentiellement les sources de Kopstal. Par ailleurs, le site de captage du Birelergronn, comportant 13 sources, ne se situe pas non plus sur le territoire de la Ville de Luxembourg. Il est situé sur les territoires des communes de Sandweiler, Niederanven et Schuttrange. Ces captages sont exploités par l'Administration communale de la Ville de Luxembourg pour la production d'eau destinée à la consommation humaine. Cependant, la situation est encore plus spéciale. Bien que le Birelergronn ne soit pas situé sur le territoire de la Ville de Luxembourg, il est inclus dans les forêts communales de la ville, notamment dans le secteur Sud qui comprend les forêts de Hamm, Cessange, Kockelscheuer, Tawioun et Birelergronn à Sandweiler.

Supposons le scénario suivant. Il y a plusieurs années consécutives de sécheresse et le niveau des sources diminue. Si la commune de Kopstal a des problèmes d’eau, ne va-t-elle pas contester le titre de propriété de la Ville de Luxembourg pour les sources sur son territoire? Par ailleurs, ne va-t-elle pas faire éventuellement des forages-captages sur son territoire dans les environs des sources de la Ville de Luxembourg pour constituer ses propres réserves d’eau potable ? Cela risque éventuellement de diminuer le débit des sources appartenant à la Ville de Luxembourg ?

Les causes de conflits liés à l’eau potable peuvent résulter d’une manière générale :

  • D’un stress hydrique, la demande en eau dépassant la quantité disponible.
  • Du partage des bassins transfrontaliers où les bassins fluviaux sont partagés par deux pays ou plus (voir la Sûre et la Moselle). Ainsi les décisions d’un pays en amont peuvent affecter gravement les pays en aval.
  • De la pollution de l’eau : des usines, l’agriculture intensive et le manque d'assainissement polluent les sources d’eau. Cela réduit la quantité d’eau potable disponible et crée des tensions locales.
  • D’inégalités d’accès dues à des disparités entre zones rurales et urbaines, le clivage entre populations riches et pauvres, ou entre entre groupes ethniques et même entre communes et régions nationales . Ainsi, en France, de nombreuses communes françaises ont eu des désaccords sur le choix du mode de gestion de l’eau : régie publique ou délégation à des entreprises privées (ex : Veolia, Suez). Toujours en France, dans certaines communautés de communes, des conflits ont surgi sur le financement et l’entretien des réseaux, ou la répartition de l’eau dans les périodes de sécheresse. En Sardaigne et en Sicile, des tensions existent entre communes rurales et villes pour l’accès équitable à l’eau en été. En Andalousie, Murcie et Valence, il y a des Conflits entre communes agricoles et urbaines autour de l’accès à l’eau potable versus (opposé) l’irrigation de l’agriculture.
  • De l’importance de la consommation d’eau par des industries, au détriment de la population locale (voir le problème à Schieren avec Google et d’autres situations).

Cela soulève la question de la propriété des eaux au Luxembourg. Au Luxembourg, la propriété et la gestion des ressources en eau (sources, ruisseaux, rivières, nappes phréatiques) sont encadrées par la loi, notamment la loi modifiée du 19 décembre 2008 relative à l'eau. Voici un aperçu :

Sources, ruisseaux et rivières

  • Cours d'eau non domaniaux (la majorité au Luxembourg) :

Appartiennent aux propriétaires riverains jusqu’à la moitié du lit du cours d’eau.

Leur usage est privé, mais sous condition du respect des règles environnementales et hydrauliques.

  • Cours d'eau domaniaux (très rares, ex. la Moselle en partie navigable) :

Appartiennent à l’État, leur usage est public.

L’État est responsable de leur entretien et aménagement.

  • Tous les cours d’eau sont protégés : Les travaux, prélèvements, ou rejets dans les cours d’eau nécessitent une autorisation du ministère de l’Environnement.

Sources d’eau potable

  • Les captages de sources (comme ceux de la Ville de Luxembourg) peuvent être des propriétés communales, syndicales ou étatiques, selon l'exploitant.
  • Même sur terrain privé, une source peut être exploitée par une autorité publique si elle alimente un réseau de distribution, souvent via expropriation ou servitude d’utilité publique.

Nappes phréatiques (eaux souterraines)

  • Les nappes phréatiques n’appartiennent à personne au sens de la propriété privée. Elles relèvent du domaine public de l’eau.
  • Leur utilisation (captage, forage) est strictement réglementée :

Toute exploitation d'une nappe phréatique nécessite une autorisation administrative (à partir d’un certain débit).

Des zones de protection peuvent être instaurées autour des captages.

Il y a des règlementations spécifiques pour le forage d’eau souterraine pour un usage privé (puits) et une utilisation ou dérivation d’un ruisseau aussi pour un usage privé (par exemple jardin, moulin, étang ou autres).

Est-ce qu’on peut s’imaginer qu’une guerre des eaux pourrait se déclarer potentiellement au Luxembourg en cas de de sécheresse prolongée ou de tension hydrique ? Les raisons pourraient être les suivantes :

·         Ressources partagées : plusieurs communes exploitent les mêmes nappes phréatiques ou captages en dehors de leur territoire, comme c’est le cas pour la Ville de Luxembourg avec Kopstal ou Birelergronn.

·         Hiérarchisation des usages : en période de sécheresse, certaines communes pourraient réduire ou bloquer les prélèvements d’eau destinés à d’autres.

·         Problèmes d’approvisionnement : si une commune dépend partiellement de captages sur une autre commune, elle peut se retrouver vulnérable en cas de restriction imposée localement.

  • Ressources partagées : plusieurs communes exploitent les mêmes nappes phréatiques ou captages en dehors de leur territoire, comme c’est le cas pour la Ville de Luxembourg avec Kopstal ou Birelergronn.
  • Hiérarchisation des usages : en période de sécheresse, certaines communes pourraient réduire ou bloquer les prélèvements d’eau destinés à d’autres.
  • Problèmes d’approvisionnement : si une commune dépend partiellement de captages sur une autre commune, elle peut se retrouver vulnérable en cas de restriction imposée localement.

Les manœuvres dans de telles situations pourraient être les suivantes :

  • revoir des conventions de coopération (par ex. avec la Ville de Luxembourg ou SEBES),
  • Limiter l’accès ou exiger une compensation pour les captages sur son sol,
  • Refuser de renouveler certaines autorisations si la commune estime son intérêt menacé.
  • Décider unilatéralement de restrictions comme imposer un moratoire sur les nouveaux forages, réduire les volumes alloués à un syndicat intercommunal.

Il y a le risque de conflits juridiques ou de recours devant les juridictions administratives. Ces situations sont cependant assez improbables car la loi sur l'eau (modifiée 2008) réglemente beaucoup de cesaspects.

Comme l’eau est un bien commun d’intérêt général, le gouvernement peut imposer des priorités d’usage, restreindre ou suspendre des captages, même autorisés. Par ailleurs, le ministère de l’Environnement peut intervenir comme arbitre en cas de tension, peut réviser les autorisations de captage ou peut classer certaines zones en zones prioritaires de protection. Finalement, les syndicats intercommunaux (ex. SEBES, SIDERO) diminuent les risques de conflit et peuvent mutualiser les ressources car leur gouvernance repose sur des statuts contractuels entre communes.

Il me semble peu probable que de tels conflits puissent se produire au Luxembourg.

Le gouvernement luxembourgeois a mis en place un Plan d'Intervention d'Urgence (PIU) en cas de rupture significative de l'approvisionnement en eau potable. Ce plan, élaboré sous la direction du Haut-Commissariat à la protection nationale (HCPN), a été arrêté par le Conseil de gouvernement le 8 septembre 2017 et adapté le 12 février 2024. Il définit les actions à entreprendre en cas d'événements portant préjudice aux besoins essentiels de la population, nécessitant des décisions urgentes et une coordination nationale. Le PIU prévoit la détermination des organes de gestion de crise, la diffusion d'alertes, l'information au public, ainsi que les mesures d'urgence à mettre en œuvre. Il distingue entre les problèmes d'ordre quantitatif et qualitatif et prévoit des plans spécifiques en cas de cyberattaque, de rupture d'approvisionnement en énergie ou d'attaque terroriste. En parallèle, le Luxembourg élabore des plans de gestion de l'eau à long terme, conformément à la directive-cadre sur l'eau de l'Union européenne. Le troisième plan de gestion (2015-2021) identifie les défis liés à la qualité des eaux de surface et souterraines, notamment en raison de la pollution agricole et de l'urbanisation. Des zones de protection autour des captages d'eau ont été mises en place pour préserver la qualité et la disponibilité des eaux souterraines. De plus, la stratégie nationale d'adaptation au changement climatique souligne le risque accru de pénuries d'eau en raison de l'augmentation des périodes de sécheresse et de la demande en eau. Elle prévoit des mesures pour sécuriser l'approvisionnement en eau potable, protéger les citoyens contre les effets du changement climatique et préserver la biodiversité.

Les aspects du plan d intervention d’Urgence (PIU) du Luxembourg présente plusieurs aspects (https://infocrise.public.lu/fr/eau-potable/plan-gouvernemental/plan-intervention-urgence-en-cas-de-rupture-en-eau-potable.html ):

  1. Détermination des organes de gestion de crise : Le plan établit les structures de coordination nécessaires pour gérer efficacement la crise, en impliquant tous les ministères, administrations et services de l'État, ainsi que les opérateurs et propriétaires d'infrastructures de traitement et de distribution d'eau potable.
  2. Diffusion d'alertes et information au public : Le PIU prévoit un système de diffusion d'alertes par les autorités et d'information au public pour assurer une communication claire et rapide en cas de crise.
  3. Mesures d'urgence et actions relatives : Le plan définit les mesures d'urgence à mettre en œuvre, les actions associées, ainsi que les responsables et acteurs respectifs. Il distingue entre les problèmes d'ordre quantitatif (manque d'eau) et qualitatif (pollution de l'eau).
  4. Coordination avec d'autres plans d'urgence : En cas de rupture d'approvisionnement en eau potable due à des causes spécifiques, le PIU prévoit l'application de plans d'urgence complémentaires :

    • Plan Vigilnat : en cas d'origine présumée terroriste.i
    • PIU Blackout : en cas de problèmes d'approvisionnement en énergie affectant les installations de traitement et de distribution d'eau.
    • PIU Cyber : en cas de cyberattaque ou de faille technique des systèmes d'information.

L'exécution du PIU relève du Premier ministre et du ministre ayant l'eau dans ses compétences. Tous les ministères, administrations et services de l'État, ainsi que les opérateurs et propriétaires d'infrastructures de traitement des eaux, sont tenus de coopérer par tous les moyens disponibles à la réalisation des objectifs fixés par le plan.

En dehors du PIU, l’Administration de la gestion de l'eau (AGE) a introduit le Luxembourg Water Safety Plan (LuxWSP), un outil informatique basé sur les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce plan permet aux fournisseurs d'eau de : 

  • Identifier les dangers potentiels tout au long du réseau, du captage jusqu'au consommateur final.
  • Évaluer les risques associés à ces dangers.
  • Mettre en œuvre des mesures préventives et correctives pour maîtriser ces risques. 

Cette approche systématique est complétée par un audit de l'AGE pour s'assurer de la conformité et de l'efficacité des mesures mises en place. Pour valoriser les efforts des communes et syndicats dans la gestion des risques liés à l'eau potable, un label nommé « Drëpsi » a été instauré. Ce label, attribué en plusieurs niveaux (bronze, argent, or, platine), reflète le degré de maîtrise des risques par le fournisseur d'eau. Par exemple, la commune de Pétange a obtenu le label Drëpsi Or, témoignant de son engagement exemplaire dans ce domaine.

Conformément au règlement grand-ducal modifié du 7 octobre 2002 relatif à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine, les communes sont tenues de : 

  • Surveiller la qualité de l'eau distribuée à leurs habitants.
  • Élaborer un dossier technique de leurs infrastructures d'approvisionnement, incluant une analyse des points critiques du réseau.
  • Définir des mesures pour maîtriser les risques identifiés.
  • Informer annuellement les consommateurs sur la qualité de l'eau distribuée.

On ne peut nier que le Luxembourg ait entrepris des efforts considérables en ce qui concerne l’approvisionnement correct en eau potable. Mais il y a des facteurs externes, hors contrôle, qui échappent à une action proactive des autorités luxembourgeoises (à tous les niveaux) en ce qui concerne la quantité et la qualité de l’eau potable.

En ce qui concerne les quantités d’eau disponible, il faut constater qu’au Luxembourg, les niveaux des nappes phréatiques ont connu des fluctuations ces dernières années, principalement en raison des variations climatiques. Après plusieurs années de précipitations insuffisantes entre 2014 et 2017, une diminution généralisée des débits des sources a été observée. Cependant, les précipitations abondantes de l'année hydrologique 2023/2024, notamment entre octobre 2023 et avril 2024, ont favorisé une recharge significative des nappes phréatiques, ramenant les niveaux à la normale. Actuellement, les réserves d'eau souterraine sont jugées suffisantes pour la production d'eau potable à l'échelle nationale. Il est important de noter que la recharge des nappes dépend de plusieurs facteurs, tels que la saturation préalable des sols et la répartition saisonnière des précipitations. Par exemple, des précipitations intenses sur une courte période peuvent entraîner un ruissellement accru, limitant l'infiltration efficace de l'eau dans les nappes. Les précipitations abondantes enregistrées au Luxembourg entre octobre 2023 et avril 2024 ont significativement contribué à la recharge des nappes phréatiques, ramenant les niveaux à la normale. Cependant, ces apports n'ont pas entièrement compensé les déficits accumulés au cours des années précédentes marquées par des sécheresses. Les réserves épuisées nécessitent plusieurs périodes de recharge pour être pleinement reconstituées. Ainsi, bien que la situation actuelle soit satisfaisante, une vigilance continue est essentielle pour assurer la durabilité des ressources en eau souterraine.

La situation concernant l’eau potable au Luxembourg doit quand même être plus préoccupante qu’on ne le croit à première vue si on considère le lancement du projet en cours de développement, visant à capter l'eau de la Moselle pour la transformer en eau potable pour le Luxembourg. Cette initiative serait motivée par la nécessité d'assurer une sécurité d'approvisionnement en eau potable à long terme, notamment face aux défis posés par le changement climatique. Des études de faisabilité ont conclu que l'utilisation de l'eau de la Moselle est envisageable, à condition de mettre en place un traitement approprié. Le traitement proposé est de type "multibarrière", capable d'éliminer une large gamme de substances pour répondre aux normes strictes de qualité de l'eau potable. Ce type de traitement est déjà utilisé avec succès dans d'autres pays pour des rivières de qualité similaire. Par exemple, des installations en région parisienne traitent l'eau de la Seine en combinant des techniques avancées telles que l'ultrafiltration, l'ozonation et l'utilisation de charbon actif. De même, des usines en Allemagne utilisent des procédés comparables pour traiter l'eau du Rhin.

L'eau de la Moselle présenterait encore, selon certains, l'avantage (il n’est pas certain que la situation ne risque pas de se dégrader à l’avenir) d'être moins sujette aux fluctuations climatiques en raison de son grand bassin d'alimentation, ce qui en fait une source potentielle fiable pour l'approvisionnement en eau potable. Le projet luxembourgeois prévoit l'installation d'une station de traitement des eaux de la Moselle, destinée à desservir le sud-est du pays et à s'intégrer au réseau du SEBES (Syndicat des Eaux du Barrage d'Esch-sur-Sûre). La concrétisation de ce projet est envisagée à l'horizon 2035-2040, en fonction de l'augmentation des besoins en eau potable. Les prochaines étapes incluent l'identification d'un fournisseur d'eau et la mise en œuvre des démarches administratives, financières et techniques nécessaires. Il est important de noter que des préoccupations existent quant à la qualité actuelle de l'eau de la Moselle, classée comme "médiocre". Des stations d'épuration modernes seront donc essentielles pour assurer un traitement efficace de l'eau, éliminant les polluants et garantissant sa potabilité. En conclusion, le projet de potabilisation de l'eau de la Moselle au Luxembourg est une réponse proactive aux défis futurs liés à l'approvisionnement en eau potable, intégrant des technologies éprouvées et une planification à long terme pour assurer une ressource fiable et de qualité pour les décennies à venir.

Une parenthèse, économique liée à la quantité de l’eau de la Moselle : Le débit de la Moselle a une influence sur la navigation sur la Moselle qui a été entravée à plusieurs reprises en raison de niveaux d'eau trop bas, principalement durant les périodes estivales de sécheresse. Donc sur le plan de l’eau potable, cela signifie qu’il peut y avoir des baisses du volume d’eau par une baisse importante des débits qui n’entravent pas seulement la navigation, mais peuvent aussi impacter l’approvisionnement en eau potable en provenance de la Moselle. Mais comme notre premier ministre actuel est très orienté « économie », on se paie le luxe de voir d’un peu plus près le contexte du port de Mertert, en dehors de la problématique de l’eau potable.

Les conséquences pour le port de Mertert de la restriction du trafic fluvial peuvent être importantes. Cela peut entraîner une baisse de la rentabilité du transport fluvial si les bateaux peuvent seulement être chargés à moitié. Cela réduit aussi la compétitivité du transport fluvial face au transport routier ou ferroviaire. Le port de Mertert peut enregistrer une baisse importante du trafic, parfois jusqu’à -30 à -50 % en périodes de sécheresse prolongée. Cela impacte aussi les activités des entreprises implantées sur le site (logistique, agroalimentaire, matériaux de construction, carburants...). Les clients pourraient se tourner vers d'autres ports mieux desservis ou vers d'autres modes de transport, de manière temporaire ou durable. S’il y a un report modal vers le transport routier ou ferroviaire, cela peut saturer les infrastructures y relatives, augmenter les délais et générer ainsi des coûts additionnels. Il y aurait moins de souplesse et plus de ruptures de charge (changement de mode en cours de route). Mertert est un point d’entrée stratégique pour le carburant, les matériaux, les céréales et autres marchandises. Une Moselle non navigable affecte directement à ce stade la sécurité logistique du pays. Les principales catégories de marchandises traitées au port de Mertert sont les produits sidérurgiques et métalliques, les produits pétroliers, les matériaux de construction, les engrais et produits agricoles, les marchandises diverses transportées en conteneurs et des marchandises lourdes et spécialisées. En 2023, le trafic fluvial du port de Mertert a représenté près de 790 000 tonnes, dont 69 % étaient constituées de produits importés. En dehors de ces aspects économiques, le transport fluvial peut aussi avoir des impacts écologiques négatifs. Les vieux moteurs diesel peuvent rejeter des hydrocarbures, métaux lourds ou résidus chimiques dans les rivières. Les péniches mal entretenues peuvent causer des fuites accidentelles. L’entretien (dragage) peut déranger la faune et la flore. Le trafic fluvial régulier modifie les berges, perturbe les habitats naturels (poissons, oiseaux, plantes). Les péniches peuvent générer des ondes de choc dans les zones naturelles protégées. Cela affecte les zones de nidification d’oiseaux aquatiques ou les frayères.

On peut se demander si le transport fluvial et le prélèvement d’eau potentiellement potable peuvent faire bon ménage, car comportant des risques accrus. En effet, qu’est-ce qui se passe si une péniche a une avarie et perd des hydrocarbures en amont du point de prélèvement potentiel d’eau pour la conditionner en eau potable ? Il semble qu’on ne puisse pas "neutraliser" complètement les hydrocarbures de manière simple et immédiate dans un cours d’eau contaminé, surtout en amont d’un captage d’eau potable. Les raisons en sont les suivantes : Les hydrocarbures sont hydrophobes : ils flottent à la surface et ne se mélangent pas bien avec l’eau, ce qui rend leur traitement in situ complexe. Une "neutralisation chimique" directe risquerait d’introduire d’autres substances indésirables. Certains hydrocarbures légers s’évaporent, mais d'autres (lourds, aromatiques) persistent. On peut bien prendre certaines mesures techniques, mais il n’y a aucune certitude qu’on puisse éliminer tous les hydrocarbures libérés par l’avarie. Ainsi cette source d’eau potable risque d’être tarie pendant un certain temps et quelles en seraient les conséquences.

Rappelons par ailleurs que l’eau de la Moselle est aussi utilisée pour le refroidissement de la centrale nucléaire de Cattenom. Les textes réglementaires imposent que la température de l'eau rejetée dans la Moselle ne dépasse pas de plus de 3 °C celle de l'eau en amont du site. De plus, la température absolue de l'eau rejetée ne doit pas excéder 28 °C, quelle que soit la température de l'eau en amont. Cet aspect n’est pas anodin. Du point de vue de la température de l’eau, le fonctionnement de la centrale de Cattenom n’est donc pas neutre sur le plan écologique.

Comment cela fonctionne-t-il concrètement en ce qui concerne Cattenom :

  • L’eau prélevée dans la Moselle est utilisée pour condenser la vapeur produite par la turbine.
  • Après utilisation, elle passe dans les tours de refroidissement pour perdre une partie de sa chaleur par évaporation dans l'air.
  • L'eau qui reste, une fois refroidie partiellement, est rejetée dans la Moselle, mais elle reste en moyenne 1 à 2 degrés C plus chaude que l'eau d'origine.

En période de fortes chaleurs (été, canicule), la centrale peut :

  • Réduire temporairement sa puissance pour limiter les rejets thermiques.
  • Ou bénéficier de dérogations temporaires si le besoin de production d'électricité est prioritaire (ce qui reste rare et très encadré).

Il n'y a pas de stockage en bassins prolongé pour attendre un refroidissement passif. En dehors de l’élévation de la température de l’eau de la Moselle, l’atmosphère autour de Cattenom est donc aussi systématique chauffée par les vapeurs qui échappent des tours de refroidissement. Mais l’impact de cette chaleur semble cependant être faible. Cattenom fonctionne avec des tours de refroidissements comme d’ailleurs la plupart des centrales nucléaires en Europe. Ces tours évacuent la chaleur en faisant évaporer une partie de l’eau dans l’air.  Ce système est utilisé lorsque la centrale ne peut pas rejeter directement de grandes quantités de chaleur dans un plan d’eau important (fleuve, lac, mer). L’augmentation locale de la température de l’air peut aller jusqu’à 1 degré. Son impact mesuré est faible, mais pas inexistant. Le réchauffement atmosphérique généré par des villes (effet d’îlot de chaleur urbain) est bien plus significatif que celui causé par des tours de refroidissement.

Il est intéressant de connaître un peu mieux le système de refroidissement de Cattenom qui est en fait un système mixte. Le système de refroidissement de Cattenom fonctionne principalement en circuit fermé. L'eau est prélevée dans la Moselle pour refroidir les condenseurs des turbines. Un condenseur de turbine sert à refroidir et condenser la vapeur qui sort de la turbine pour la transformer de nouveau en eau liquide.

Explication pour une meilleure compréhension de l’enjeu : Après avoir tourné la turbine (et donc produit de l’électricité via un alternateur), la vapeur d’eau a perdu une grande partie de son énergie. Elle doit maintenant être reconvertie en eau liquide pour boucler le cycle thermodynamique (cycle de Rankine). La vapeur entre dans une grande enceinte (le condenseur) où elle entre en contact indirect avec un réseau de tubes dans lesquels circule de l’eau froide (généralement prélevée dans un fleuve, une mer ou une tour de refroidissement). En touchant les surfaces froides des tubes, la vapeur condense : elle libère sa chaleur latente et se transforme en eau. Cette eau (appelée condensat) est recueillie au fond du condenseur. Ce condensat est pompé vers les systèmes de traitement ou directement renvoyé dans le générateur de vapeur (ou la chaudière), où il sera à nouveau chauffé pour redevenir vapeur. L’eau qui a refroidi la vapeur (sans se mélanger à elle) est elle-même renvoyée soit ers un échangeur avec l’environnement (fleuve, mer), soit vers une tour de refroidissement, où elle est refroidie par évaporation partielle avant de repartir dans le condenseur. 

Après avoir absorbé la chaleur, cette eau est dirigée vers les tours de refroidissement, où une partie s'évapore dans l'atmosphère, formant les panaches de vapeur visibles. Le reste de l'eau qui s’est refroidi dans la tour et qui ne s’est pas évaporé est réutilisé dans le circuit.

Le but d’une centrale nucléaire est de produire de la vapeur par la fission nucléaire qui consiste à casser les noyaux lourds comme ceux de l’uranium 235 ou du plutonium 239 qui, en se divisant en deux atomes plus petits,  libèrent de l’énergie et des neutrons. Il s’agit de produire de la chaleur qui augmente in fine l’entropie de l’atmosphère. Il semble que dans l’ensemble, la chaleur libérée par les centrales nucléaires a un effet négligeable sur le changement climatique à l’échelle planétaire. Le principal impact thermique est local, sur les milieux aquatiques proches.


Selon les données d’EDF et les études environnementales, la température d’entrée de l’eau dans les tours est d’environ de 35–38 °C. La température de sortie (refroidie) est d’environ de 22–25 °C. Pour situer ces valeurs, j’ai regardé les températures de la Moselle au niveau de Thionville, à 10 KM en aval de Cattenom car il n’existe pas de données au niveau de Cattenom.



On constate que la température de l’eau sortie des tours de refroidissement est nettement plus élevée que l’eau de la Moselle.

Une fraction de cette eau est également restituée dans la Moselle via la retenue de Mirgenbach, un lac artificiel créé spécifiquement pour ce processus . En 2023, la centrale a prélevé environ 243,5 millions de m³ d'eau dans la Moselle pour ses besoins en refroidissement . Le rejet d'eau réchauffée dans la Moselle est strictement encadré pour limiter l'impact thermique sur le cours d'eau. Par exemple, lors de la canicule de 2003, des dérogations ont été accordées pour permettre un échauffement maximal de 1,5 °C de la Moselle, bien que des dépassements ponctuels aient été observés .

Mais Cattenom a aussi un effet sur la quantité de l’eau de la Moselle dont elle diminue la quantité d’environ un quart, notamment aussi si le débit est réduit par les étiages. Ceci peut avoir un effet sur l’équilibre écologique de la Moselle. Sur cette quantité d’eau prélevée à la Moselle (243,5 millions de m³ d'eau), environ 160,7 millions de mètres cubes ont été restitués à la Moselle, soit un taux de restitution d'environ 71,2 %. La différence, soit environ 64,6 millions de mètres cubes, correspond principalement à l'eau évaporée dans les tours aéroréfrigérantes. En 2023, les prélèvements d'eau ont été de 231,5 millions de mètres cubes, avec une restitution de 175,6 millions de mètres cubes, soit un taux de restitution de 75,8 %. La consommation finale d'eau, principalement due à l'évaporation, s'est élevée à 58,9 millions de mètres cubes. En fonctionnement normal, la centrale prélève environ 9 m³/s d'eau de la Moselle, dont environ 3 m³/s s'évaporent dans les aéroréfrigérants. Pour compenser les prélèvements en période de faible débit de la Moselle (inférieur à 26 m³/s), la centrale utilise des lâchers d'eau depuis la retenue du Vieux Pré. La retenue du Vieux-Pré est un aménagement hydroélectrique situé dans les Vosges, en Meurthe-et-Moselle, conçu pour soutenir le débit de la Moselle, notamment en période d'étiage, afin de garantir le bon fonctionnement de la centrale nucléaire de Cattenom. En 2023, ces lâchers ont totalisé environ 16,13 millions de mètres cubes. Comme déjà dit, la centrale est également équipée d'une retenue d'eau artificielle, le lac du Mirgenbach, qui sert de tampon thermique et de source de refroidissement en cas de besoin.

Signalons cependant aussi qu’il peut y avoir des conséquences écologiques si l'eau servant à générer la vapeur dans une centrale nucléaire est contaminée dans le cas où la cuve du réacteur ou les générateurs de vapeur présentent des problèmes d'étanchéité. En effet, si le générateur de vapeur ou la cuve présente une fuite interne, alors l’eau radioactive du circuit primaire (l’eau de la cuve) peut contaminer le circuit secondaire (l’eau servant à produire la vapeur). La vapeur produite peut alors transporter des éléments radioactifs. Cela peut mener à une contamination de l’environnement ou exposer le personnel et les équipements à la radioactivité. En plus, dans certains cas d’incident, l’eau du condenseur contaminée radioactivement peut être rejetée dans le fleuve et pourrait entraîner une contamination de l’environnement aquatique. C’est évidemment un problème, surtout si le problème n’est pas détecté à temps. En plus, lors de certains incidents ou arrêts d’urgence, de l’eau contaminée peut être évacuée volontairement dans l’environnement pour éviter une pression excessive ou une surcharge du système. Ces rejets sont filtrés autant que possible, mais ne sont pas toujours exempts de radioactivité. Il s’y ajoute que, même en fonctionnement normal, les centrales peuvent rejeter de petites quantités de tritium ou autres isotopes (dans les limites autorisées). Et les habitants du Sud de notre pays risquent de boire alors de l’eau contaminée radioactivement. Pour contourner ce problème, le Luxembourg devrait demander l’autorisation à la France de prélever l’eau de la Moselle en amont de la centrale nucléaire de Cattenom. Cela m’étonnerait que la France se donne à ce jeu.

Dans la suite de nos réflexions générales, il faut rendre attentif au fait que le débit de la Moselle sera aussi influencé par l’eau prélevée par le Luxembourg pour augmenter ses réserves d’eau potable. Le projet prévoit de prélever 50.000 mètres cubes par jour, ce qui fait par an un ordre de grandeur de 18,25 millions de mètres cube par an. Cette quantité correspond à peu près à 28 % de l’eau non restituée à la Moselle par le fonctionnement de Cattenom. Mais cette quantité est plus ou moins la quantité des lâchers du Vieux-Pré en 2023 pour soutenir les besoins d’eau de Cattenom, le débit de la Moselle ayant été insuffisant.

Donc, la centrale nucléaire de Cattenom a quand même un effet sur la quantité et la qualité de l’eau de la Moselle en son aval, surtout si le niveau d’eau de la Moselle baisse considérablement en cas d’étiages. Signalons qu’en juillet 2019, une température de 26,4 °C a été mesurée à Palzem, un village situé à la frontière entre l'Allemagne et le Luxembourg. Cette température est très proche de la valeur-clé de 28°. Si la température d’un fleuve monte jusqu’à 28°, les conséquences sont les suivantes. Il y a une diminution de l’oxygène dissousc ce dernier étant cependant vital pour la respiration des poissons et des invertébrés aquatiques. Il y a un risque accru de mortalité chez les juvéniles et les œufs. Les poissons d’eau froide (truites, ombles) ne survivent pas au-delà de 22–24 °C. Les matières organiques (feuilles, polluants, boues) se décomposent plus vite, ce qui consomme davantage d’oxygène et peut libérer des substances toxiques comme l’ammoniaque. Les eaux plus chaudes favorisent le développement d’algues, notamment de cyanobactéries (algues bleues), potentiellement toxiques pour les poissons, les animaux domestiques et même les humains. Il y a aussi une croissance accélérée des organismes, mais aussi une désynchronisation des cycles de reproduction, migration et alimentation. Les chaînes alimentaires sont détruites, faisant que certaines espèces disparaissent tandis que d'autres prolifèrent.

Les espèces exotiques envahissantes, souvent plus tolérantes à la chaleur (ex. : silure glane, écrevisse de Louisiane), peuvent prendre le dessus sur les espèces locales. Par ailleurs, les débits réduits dans les rivières et fleuves ont des conséquences directes et graves sur la pollution de l’eau, car le pouvoir d’autoépuration du cours d’eau diminue fortement. Moins d’eau veut dire aussi moins de dilution des polluants (pesticides, nitrates, métaux lourds, médicaments, etc.). Les concentrations de polluants deviennent plus élevées, même si les rejets restent constants. L’eau devient plus toxique pour la faune et la flore. Par ailleurs, les eaux stagnantes ou à faible vitesse favorisent la prolifération bactérienne et virale. Rappelons aussi qu’une eau à faible débit en fait augmenter la température, avec toutes les conséquences que cela peut apporter. Il y a des risques accrus de présence d’E. coli, de coliformes fécaux, ou d'agents pathogènes. Un débit faible entraîne un brassage plus faible de l’eau ce qui a pour conséquences une moindre oxygénation. Or, de nombreux polluants sont plus toxiques en milieu pauvre en oxygène. La décomposition des matières organiques consomme de l’oxygène ce qui peut créer des zones mortes possibles. En 2022, le débit d’eau de la Moselle à Grevenmacher était seulement de 20 mètres cubes par seconde alors que la moyenne annuelle est normalement de 160 mètres cubes par seconde. On peut faire une extrapolation de ces débits sur l’année : un débit de 20 m/s donnerait un débit annuel de 630,72 millions de mètres cube et un débit 160 m/s donne un débit annuel de 5.045, 76 millions de mètres cube, à mettre en relation avec l’eau perdue définitivement à cause de Cattenom et le futur prélèvement d’eau de la Moselle pour l’eau potable du Luxembourg, soit quelques 80 millions de mètres cube.

Signalons que la source de la Moselle s’est tarie à plusieurs reprises ces dernières années, sachant cependant que ce sont les affluents qui apportent principalement l’eau à la Moselle. Or, si la source de la Moselle se dessèche, il y a aussi le risque/probabilité que les affluents de la Moselle se dessèchent aussi, faisant diminuer les débits de la Moselle sur toute sa longueur.

Si on considère tous ces aspects concernant la Moselle, qu’en faut-il penser de l’idée de constituer  une réserve d’eau potable. Et l’eau de la Moselle charriée en amont du Luxembourg est soumis à beaucoup de risques de dégradation de la qualité, incontrôlables par le Luxembourg.

Signalons encore qu’au cours des dernières décennies, le débit de la Moselle a montré une tendance générale à la baisse, en particulier pendant les périodes estivales. Cette diminution est attribuée à plusieurs facteurs, notamment les changements climatiques, l'augmentation de l'évapotranspiration due à des températures plus élevées et des précipitations moins abondantes. Des études ont mis en évidence une réduction progressive des débits annuels de la Moselle depuis les années 1990. Cette tendance est particulièrement marquée en été, avec des épisodes de basses eaux plus fréquents et plus sévères, comme observé lors des étés de 1976, 2003 et 2018. Les régimes hydrologiques de la Moselle ont également évolué. On observe une augmentation des précipitations hivernales, tandis que les précipitations estivales diminuent. Cette redistribution saisonnière des précipitations contribue à des crues hivernales plus fréquentes et à des étiages estivaux plus prononcés. Les projections climatiques suggèrent que ces tendances pourraient se poursuivre, voire s'accentuer, dans les décennies à venir. Les modèles prévoient une diminution supplémentaire des débits estivaux, ce qui pourrait avoir des implications significatives pour la gestion de l'eau, la navigation, l'agriculture et la biodiversité dans le bassin de la Moselle.

Le projet de la Moselle, pour garantir une bonne qualité de l’eau potable, me semble être une entreprise difficile entachée de beaucoup d’aléas et d’embûches. À mon avis, plein d’incidents, non encore prévus à ce moment, peuvent faire capoter le projet en cours de route. Mais ce projet rend attentif à un autre fait important : Le Luxembourg, à ce stade, est arrivé à un point où il ne peut plus assurer l’autonomie en eau potable par les eaux disponibles sur son territoire. Il est arrivé à ses limites dans ce domaine. Et les changements climatiques vont aggraver les problèmes et la probabilité d’incidents négatifs majeurs.

J’ai posé la question suivante (qui m’a préoccupé depuis longtemps) à ChatGPT : Est-ce qu'on peut concevoir de capter l'eau des inondations pour constituer des réserves d'eau potable au Luxembourg. La réponse a été la suivante :

« Oui, il est théoriquement possible de capter l'eau des inondations pour constituer des réserves d'eau potable au Luxembourg. Ce type de gestion des ressources en eau est déjà étudié et mis en œuvre dans plusieurs pays pour répondre aux défis liés au changement climatique et à la raréfaction de l'eau douce. Voici les principaux éléments à considérer :

1. Avantages de la capture de l'eau des inondations :

  • Réduction des risques d'inondation : La rétention de l'eau excédentaire pendant des crues peut limiter les dommages causés en aval.
  • Rechargement des nappes phréatiques : L'eau collectée peut être redirigée vers des bassins d'infiltration pour alimenter les réserves souterraines.
  • Constitution de réserves stratégiques : En périodes de sécheresse, ces réserves d'eau pourraient être utilisées pour l'eau potable ou l'irrigation.
  • Valorisation d’une ressource autrement perdue : Plutôt que de laisser l’eau de crue s’évacuer rapidement vers les rivières et fleuves, elle pourrait être stockée et traitée.

2. Défis et contraintes techniques :

  • Qualité de l'eau : L'eau de crue est souvent contaminée par des polluants (hydrocarbures, pesticides, bactéries, matières en suspension). Il faudrait donc un traitement avancé (filtration, désinfection, décantation).
  • Infrastructure nécessaire : La mise en place de bassins de rétention, de stations de pompage et de traitement de l'eau représente un coût important.
  • Espace et réglementation : Le Luxembourg, étant un pays à densité de population élevée, doit identifier des zones adaptées pour la collecte et le stockage de l’eau sans impacter les écosystèmes locaux.
  • Gestion des flux d’eau : Il faudrait assurer une régulation efficace pour éviter que les bassins de rétention ne soient surchargés en cas de crues extrêmes.

3. Exemples et inspirations :

  • Singapour : Le pays capte l'eau de pluie et les eaux de crue pour les stocker dans des réservoirs avant traitement.
  • Pays-Bas : Utilisation de bassins d’infiltration pour capter l’eau des crues et recharger les nappes phréatiques.
  • Allemagne et France : Certains projets pilotes testent la gestion des eaux pluviales pour en faire une source d’eau potable.

4. Faisabilité au Luxembourg :

  • Le pays pourrait envisager une approche combinée : captation de l’eau des crues + infiltration contrôlée + stations de traitement adaptées.
  • Les infrastructures hydrauliques existantes devraient être adaptées ou renforcées.
  • Un cadre réglementaire et environnemental clair serait nécessaire pour garantir une gestion durable et sécurisée.

Conclusion :

Bien que complexe, la captation des eaux de crues pour constituer des réserves d’eau potable est une piste intéressante au Luxembourg. Elle pourrait être intégrée dans une stratégie globale de gestion des ressources en eau pour mieux faire face aux sécheresses et au changement climatique. »

Alors, on peut toujours envisager d’utiliser les eaux de pluies pour toutes sortes d’usages. Il y a cependant plusieurs hics.

Même l’eau de pluie tombant du ciel avant de toucher le sol n’est pas naturellement propre car elle peut capter des substances présentes dans l’atmosphère. Elle peut ainsi contenir les polluant suivants :

  • Gaz atmosphériques naturels : dioxyde de carbone (CO₂), qui peut rendre l’eau de pluie légèrement acide.
  • Polluants industriels et urbains : dioxyde de soufre (SO₂), oxydes d’azote (NOx), qui contribuent aux pluies acides.
  • Particules fines : suie, poussières, métaux lourds, selon la qualité de l’air.
  • Pesticides ou pollens : dans les zones agricoles.

Selon ses origines, l’eau de pluie n’est donc pas directement potable car elle peut contenir aussi des bactéries, des virus, des spores ou des produits chimiques, surtout après avoir ruisselé sur des surfaces (toits, gouttières). L’eau de pluie est la moins polluée en zone rurale, loin des industries et des grandes villes. Par ailleurs, après plusieurs minutes de pluie, elle devient moins contaminée car les premières gouttes nettoient l’atmosphère. Donc, par déduction, les petites pluies courtes contaminent plus les sols car l’atmosphère n’a pas été nettoyée. En tout cas, l’eau de pluie doit être traitée pour devenir potable. Cependant, les premières eaux de pluie vont polluer plus les nappes phréatiques par infiltration car le sol n’est pas encore saturé.

A fortiori, l’eau de ruissellement des routes est encore plus polluée car elle peut contenir :

1. Hydrocarbures et huiles : provenant des fuites de carburant ou d'huile des véhicules.

2. Métaux lourds : comme le plomb, le zinc, le cuivre ou le cadmium, libérés par l'usure des freins, des pneus et de la chaussée.

3. Microplastiques : issus de l'abrasion des pneus et des revêtements routiers.

4. Produits chimiques de voirie : comme les sels de déneigement, les désherbants, ou encore des résidus de peinture routière.

5. Bactéries et matières organiques : notamment dans les zones urbaines denses où les animaux (chiens, oiseaux) laissent des excréments qui sont emportés par la pluie.

6. Résidus de goudron et autres produits de construction des routes

Voici un tableau résumant la situation :


Conséquence : cette eau polluée peut contaminer les nappes phréatiques, les rivières et les lacs si elle n'est pas traitée, ce qui pose des problèmes pour la biodiversité et la santé humaine.

Ces valeurs varient selon les conditions locales (pluie, route, trafic). Les pics de pollution sont souvent observés en début d’épisode pluvieux ("effet premier rinçage"). Il faudrait encore mentionner certains problèmes plus spécifiques : Ces polluants peuvent s’accumuler dans les sols, les sédiments et atteindre les nappes phréatiques si l’infiltration n’est pas maîtrisée. lls affectent la qualité de l’eau, la biodiversité aquatique et parfois la santé humaine (via l’eau potable ou les cultures irriguées). En période sèche, les polluants s’accumulent sur la chaussée puis sont soudainement entraînés par la pluie.

Il faudrait donc éviter que ces eaux de ruissellement ne quittent le système routier et ne se déverse dans l’environnement des routes. Il y a actuellement la possibilité de quelques aménagements techniques comme des caniveaux et des fossés imperméables pour collecter l’eau de ruissellement des routes et les drainer vers des unités de traitement. Mais il suffit de faire un peu attention en roulant en voiture pour constater que ces aménagements techniques ne sont que rarement installés, surtout sur les petites routes. Un tel réseau de collecte pour toutes les routes serait probablement un projet d’investissement presqu’impossible.

Et même si on collecte l’eau de ruissellement à certains endroits (comme les autoroutes où on le fait déjà actuellement), peut-on nettoyer cette eau de ruissellement des routes au point de pouvoir devenir inoffensive pour la nature.

Il existe actuellement des installations de nettoyage pour un traitement très complet mais nécessitant des installations sophistiquées et générant donc des coûts élevés. Voici les étapes principales d’un tel système :

  • Préfiltration pour enlever les débris.
  • Décantation/séparation des graisses et hydrocarbures.
  • Filtration fine (sable, charbon actif, membranes…).
  • Traitements chimiques pour neutraliser les métaux lourds.
  • Désinfection (UV, chloration, ozonation) pour tuer les bactéries/virus.
  • Autres ?

Les pneus classiques (en caoutchouc synthétique) libèrent microplastiques, particules fines et composés chimiques lorsqu’ils s'usent. On estime que les pneus sont une des premières sources de pollution microplastique terrestre. Ce serait peut-être plus judicieux de développer des moyens de transport qui ne nécessitent pas des pneus en caoutchouc. Le problème n’est pas négligeable car, selon l’ADAC, l’abrasion d’une voiture sur 1000 kilomètres est de 120 grammes. Selon certaines études, l’abrasion des pneus produirait dans l’UE 500.000 tonnes de matériaux d’abrasion par an. Il y a des études en cours pour utiliser des pneus en matériaux biosourcés et recyclables qui utilisent du caoutchouc naturel, des fibres végétales ou des résines biodégradables. Il y aurait une réduction de l’impact environnemental à la source. Ces pneus ne suppriment donc pas l’abrasion, mais rendent ses particules moins nocives. Il y a des développements en cours chez Michelin, Continental et Goodyear. Une solution viable ne semble donc pas être en vue prochainement.

Il faudrait aussi utiliser d’autres systèmes de freinage qui ne dégagent pas des copeaux et poussière de métaux (lourds). De tels freins existent comme les freins en céramique/carbone. Ils ont des avantages par rapport aux freins classiques mais ils sont plus chers. Voici un tableau de comparaison entre les freins céramique-carbone et les freins classiques.


Ces problèmes sont connus, mais il ne semble pas qu’on en parle beaucoup, ni qu’on prenne des initiatives plus systématiques pour promouvoir les changements nécessaires

On n’est pas mieux parti avec l’eau de pluie récoltée des toits : voir précédemment les facteurs énumérés concernant la pollution de la pluie par l’atmosphère.

Je n’ai pas trouvé de statistiques des surfaces des toits du Luxembourg permettant de calculer la quantité d’eau de pluie qui pourrait être récupérée potentiellement.

L’État propose cependant une aide financière pour l'installation d'un système de collecte des eaux de pluie destiné à un usage domestique non potable (comme les toilettes, le nettoyage ou l'arrosage). Le montant de l'aide est 25 % du coût d’investissement, avec un plafond de 1 000 € par logement. Il y a cependant des conditions techniques qui doivent être remplies :

  • Toiture raccordée d’au moins 40 m².
  • Filtre sur le collecteur d’eau.
  • Réservoir étanche d’au moins 3 000 litres par logement.
  • Pompe de surpression intégrée.
  • Système de régulation automatique du niveau d’eau.
  • Alimentation de secours en eau potable pour les périodes sèches.
  • Réseau de distribution séparé de l’eau potable, clairement identifié comme "eau de pluie" ou "eau non potable".
  • Signalisation visible près du compteur d’eau potable

Un tel subside est plus facilement applicable à des maisons unifamiliales qu’à des immeubles d’appartements avec des copropriétaires. On peut se demander cependant si la récupération de l’eau de pluie collectée des immeubles d’appartements ne pourrait pas être utilisée pour remplir des citernes aménagées sur le toit pour combattre les incendies (voir les gratte-ciels à Manhattan). La portée maximale verticale habituelle avec les lances d’incendie est en général de 25 à 30 mètres, soit environ 8 à 10 étages en conditions optimales. Avec des équipements très puissants (ex : camions-pompes de grande capacité), on peut parfois atteindre jusqu’à 35–40 m (11 à 13 étages), mais c’est l’exception. La pression disponible doit être cependant élevée. Le Luxembourg a quelques immeubles où il ne fera pas bon de se trouver dans les derniers étages lors d’un incendie, pour n’en citer que quels que uns :

  • Tour 3 de la Cour de justice de l'UE : 118 mètres, 29 étages
  • Tour Infinity : 104 mètres, 25 étages
  • Tours 1 et 2 de la Cour de justice de l'UE : 103 mètres, 27 étages chacune
  • Tour Jean Monnet 2 : 93 mètres, 23 étages
  • Tour Alcide de Gasperi : 78 mètres, 23 étages
  • Parlement Européen Tours A et B : environ 70 mètres, 20 étages, achevées en 2004.
  • Tour Konrad Adenauer (KAD) : 65 mètres, 18 étages, achevée en 2018
  • Siège social d'ArcelorMittal : 79 mètres, 16 étages, prévu pour 2026

Au Luxembourg, 83,5 % des habitations sont des maisons unifamiliales et 12,5 % sont des immeubles collectifs, comprenant des immeubles entièrement destinés à l'habitation et des immeubles à usage mixte.

Je n’ai pas trouvé de statistiques renseignant sur les quantités d’eau (souvent potable) consommées au Luxembourg par les pompiers.

On pourrait s’imaginer que l’eau de ruissellement des routes pourrait être utilisée pour combattre les incendies. Mais ce n’est malheureusement pas possible car les éléments polluants ne sont pas neutralisés / anéantis par les flammes. Le contraire est le cas. Voici un tableau qui résume la situation :


Par ailleurs, l’eau de ruissellement des routes peut provoquer la corrosion et l’encrassement du matériel : L’eau polluée peut endommager les pompes, les tuyaux, ou les réservoirs si elle n’est pas filtrée. En plus, certains polluants présents dans l’eau peuvent produire des fumées encore plus toxiques lorsqu’ils sont chauffés ou brûlés.

Il n’y a pas d’échappatoire autre que le traitement de l’eau de ruissellement des routes.

Le problème de l’eau d’incendie au Luxembourg n’est pas réglementé comme dans d’autres pays. Il n'existe pas de législation nationale imposant systématiquement l'installation de bassins d'eau comme réserve pour la lutte contre l'incendie. Lorsque le réseau d'eau public ou privé ne peut fournir un débit et une pression suffisants pour la lutte contre l'incendie, l'installation de réservoirs d'eau, naturels ou artificiels, devient obligatoire. Cette exigence est stipulée dans les prescriptions de l'Inspection du Travail et des Mines (ITM). Certaines communes luxembourgeoises, telles que Roeser, Flaxweiler, Ettelbruck et Lintgen, imposent des règles spécifiques concernant l'alimentation des installations de lutte contre l'incendie.

En Allemagne, il n'existe pas de législation nationale unique imposant l'installation de bassins d'eau pour la lutte contre l'incendie. La réglementation en matière de protection incendie relève principalement des Länder (États fédérés), qui attribuent aux communes la responsabilité de gérer les services de sapeurs-pompiers et d'assurer l'approvisionnement en eau d'extinction. Chaque Land dispose de sa propre législation et de ses règlements de construction en matière de protection contre les incendies. Dans treize des seize États fédérés, la législation énonce explicitement l'obligation pour les municipalités d'assurer l'approvisionnement en eau pour la lutte contre l'incendie. Bien qu'il n'existe pas de loi fédérale imposant l'installation de bassins d'eau pour la lutte contre l'incendie, des normes techniques et des recommandations précisent les exigences en la matière. Par exemple, selon la directive DVGW W 405, les bassins d'eau d'extinction doivent avoir une profondeur minimale de deux mètres et une capacité d'au moins 1 000 m³, avec un puits d'aspiration ou une conduite d'aspiration installée en permanence.

On revient à la question essentielle : S’il y a quelques années de sécheresses consécutives et si les nappes phréatiques deviennent déficientes, est-ce que le Luxembourg dispose de l’eau nécessaire pour lutter contre les incendies, notamment contre les incendies des forêts ? Il me semble que les pompiers se servent actuellement d’eau potable pour la lutte contre l’incendie, ce qui semble en soi une hérésie. Alors, on peut se demander pourquoi on n’utiliserait pas l’eau impropre à la consommation humaine (par exemple l’eau grise traitée) pour constituer des réserves d’eau pour lutter contre les incendies avec des bassins de rétention spécifiques pour cet usage. La question se pose dans quelle mesure on peut gérer l’eau des bassins de rétention et/ou d’orage pour constituer une réserve d’eau pour la lutte contre les incendies ? Signalons que la ville de Luxembourg dispose d’un volume de 23.000 m3 pour la rétention des eaux pluviales et environs 17.5000 m3 pour les bassins d’orage.

On voit donc que l’eau potable n’est pas le seul problème, mais aussi que ses réserves sont utilisées à des fins non propres à la consommation humaine, diminuant ainsi indument les réserves d’eau disponibles dont aussi les réserves d’eau potable.

Tous ces aspects nous rendent attentifs qu’il ne suffit pas d’augmenter les sources d’eau potables, mais qu’il faut chercher d’autres moyens. Une première mesure consisterait à n’utiliser l’eau potable que pour la consommation humaine et chercher d’autres sources d’eau pour d’autres usages.

Et puis, il existe un certain nombre de comportements qui permettent d’économiser de l’eau (potable). Il existe des moyens dans l’installations du sanitaire qui peuvent apporter des économies comme par ailleurs des électroménager éco-performants, la réparation des fuites, et autres améliorations techniques. Des études européennes précisent que 24 % de l’eau potable sont perdus à cause des fuites. Il y a aussi des comportements plus adéquats comme prendre des douches plus courtes, ne pas laisser couler inutilement l’eau, collecter l’eau de pluie pour l’arrosage, réutiliser l’eau (e.g. l’eau de cuisson refroidie pour les plantes), pratiquer un arrosage raisonné (tôt le matin ou tard le soir, goutte-à-goutte ou tuyaux poreux), faire un paillage pour réduire l’évaporation, utiliser des aménagements perméables et autres. Au niveau industriel, on peut procéder au recyclage des eaux usées pour les processus industriels, utiliser des boucles fermées pour limiter les prélèvements, utiliser l’eau non potable quand c’est possible. Une autre possibilité est le recyclage de l’eau grise qui est une méthode durable consistant à récupérer et à traiter les eaux usées domestiques légèrement sales, (autres que les eaux noires provenant des toilettes) : douche, lavabo, lave-linge et lave-vaisselle. Cette eau peut être utilisée par exemple pour les chasses d’eau des toilettes, le nettoyage des sols et autres. Un tel système nécessite évidemment un entretien régulier du système et doit respecter les normes locales.

Encore faut-il analyser la consommation d’eau en fonction des utilisateurs (toujours au Luxembourg) pour savoir à quel niveau on doit intervenir prioritairement:

  • Ménages et autres populations (travailleurs, touristes, etc.) : 60%
  • Industrie et secteur des services : 23%
  • Agriculture : 8%
  • Pertes (fuites, etc.) : ?%
  • Autres

Il faut savoir que le Luxembourg se situe dans une zone relativement privilégiée en ce qui concerne les précipitations et les ressources en eau potable, mais les épisodes de sécheresse et l’augmentation de la demande constituent des défis majeurs. Le pays reçoit en moyenne 850 à 1 200 mm de précipitations par an, avec des variations régionales (plus élevées dans le nord, dans les Ardennes luxembourgeoises, et plus faibles dans le sud). Les précipitations contribuent à l’alimentation des nappes, mais leur recharge dépend de la nature des sols et des périodes de sécheresse ou d'excès d’eau. Le Luxembourg ne souffre pas d'un stress hydrique extrême, mais des périodes de sécheresse récurrentes ont été observées ces dernières années. Si l’eau potable luxembourgeoise est de bonne qualité, la pollution des nappes phréatiques (nitrates, pesticides) nécessite une surveillance accrue. En cas de sécheresse prolongée, le Luxembourg pourrait faire face à des problèmes d’approvisionnement, notamment dans le sud du pays, plus densément peuplé. La saisonnalité des précipitations peut aussi jouer un rôle. Plus de précipitations hivernales, mais des étés plus secs, compliquent le stockage et la recharge des nappes. Il s’ensuit une plus grande variabilité des précipitations et un risque accru d’épisodes extrêmes (sécheresses et inondations).

Par ailleurs, si des étiages prolongés se produisent avec des périodes de sécheresse prolongées, l’agriculture luxembourgeoise risque d’en souffrir, mettant même en péril l’alimentation humaine au Luxembourg qui est de toute façon largement déficiente en matière d’autoalimentation (voir le chapitre « alimentation »).

Il y a un autre aspect concernant les habitudes de consommation. Par exemple, d’après certaines études, un litre d’eau embouteillé revient à consommer 4 à 8 litres d’eau. Dans ce sens, il est préférable de boire l’eau du robinet si la qualité est correcte.

La provenance de l’eau potable vendue au Luxembourg (on ne parle pas de l’eau du robinet) montre bien encore une attitude un peu ambigüe des résidents car ils ne font pas toujours entièrement confiance à la qualité de l’eau du robinet. Le Luxembourg ne dispose que de quelques marques d’eau potable disponibles dans le commerce : sources Rosport, Lodyss, l’eau de Beckerich, commercialisé aussi sous le nom de Cristaline (et peut-être d’autres encore). À cela s’opposent les marques étrangères plus nombreuses (citations de mémoire) vendues au Luxembourg avec des chemins de transport assez longs et un poids de transport considérable, ne faisant qu’augmenter la production de CO » des semi-remorques concernées : Vittel, Badoit, Hepar, Saint-Yorre, Vichy, Spa-Reine, Gerolsteiner, Fachingen, San Pelligrino, Valvert, Appolinaris et autres. Quel est l’impact écologique si on importe au Luxembourg de l’eau en bouteilles.

Ainsi une petite parenthèse : Plus un camion est lourd, plus il consomme de carburant. Une semi-remorque standard consomme entre 30 et 40 L/100 km à vide et peut atteindre 40 à 50 L/100 km en charge maximale. 1 litre de diesel brûlé produit environ 2,64 kg de CO₂. En moyenne, chaque tonne supplémentaire augmente la consommation de 0,3 à 0,5 L/100 km. Le cas standard d’une semi-remorque transportant 40 tonnes sur 100 km :

  • À vide (16 tonnes poids propre) → Conso ≈ 30 L/100 km → 30 × 2,64 = 79,2 kg de CO₂/100 km
  • Charge maximale (40 tonnes charge + 16 tonnes camion = 56 t) → Conso ≈ 40 L/100 km
  • → 40 × 2,64 = 105,6 kg de CO₂/100 km
  • La production de CO₂ pour un camion chargé augmente donc de 33 %.

La distance entre le Luxembourg et San Pelligrino Termes est environ 700 km. Le transport d’une semi-remorque entièrement chargé d’eau de San Pelligrino serait donc de 105.6 * 7 centaines de km = 740 kilos de Co2. Et ce camion va retourner en Italie pour sa prochaine cargaison de San Pelligrino, en espérant qu’il ne retourne pas à vide. Ce cas illustre bien le problème de pollution du transport des aliments à travers l’Europe et le monde. Autant boire nos eaux minérales luxembourgeoises.

Un autre problème dans le contexte de l’eau potable n’est pas anodin non plus. Sans électricité, les stations de traitement des eaux des sources du territoire ne pourront pas fonctionner, sans parler du réseau d’eau potable qui ne peut renoncer à des pompes tels que les réseaux actuels sont conçus. Je me demande par ailleurs combien de communes au Luxembourg ont prévu un plan de secours au cas où elles manqueraient d’eau ou que l’eau des réseaux serait imbuvable ou qu’il y a un blackout de plusieurs jours empêchant une distribution normale de l’eau.

Concernant le problème de la qualité de l’eau, signalons qu’il existe une directive cadre eau (DCE)sur le plan européen. Elle établit des règles pour mettre fin à la détérioration de l’état des masses d’eau de l’Union européenne (UE) et parvenir au «bon état» des rivières, lacs et eaux souterraines en Europe.

Il s’agit notamment:

  • de protéger toutes les formes d’eau (de surface, souterraines, intérieures et de transition);
  • de restaurer les écosystèmes à l’intérieur et autour de ces masses d’eau ;
  • de réduire la pollution dans les masses d’eau ;
  • de garantir une utilisation durable de l’eau par les particuliers et les entreprises.

POINTS CLÉS

Cette législation confère aux autorités nationales des responsabilités claires. Elle doit:

  • recenser les bassins hydrographiques qui se trouvent sur leur territoire national, à savoir les zones environnantes qui drainent certains réseaux hydrographiques;
  • désigner les autorités pour gérer ces bassins conformément aux règles de l’UE ;
  • analyser les caractéristiques de chaque bassin hydrographique et fixer des conditions de référence pour chaque type de masse d’eau afin de qualifier leur état;
  • analyser l’impact de l’activité humaine et une analyse économique de l’utilisation de l’eau et produire une analyse économique de l’utilisation de l’eau;
  • surveiller l’état des eaux dans chaque bassin ;,
  • établir un registre des zones protégées, comme celles utilisées pour l’eau potable, qui nécessitent une attention particulière ;
  • élaborer et mettre en œuvre des «plans de gestion des bassins hydrographiques» afin d’empêcher la détérioration des eaux de surface, de protéger et d’améliorer les eaux souterraines et de préserver les zones protégées ;
  • garantir la récupération des coûts des services liés à l’utilisation de l’eau pour une utilisation efficace des ressources et conformément au principe du pollueur-payeur ;
  • veiller à l’information et à la consultation du public sur les plans de gestion des bassins hydrographiques.

Les nature d’eau suivantes sont concernées :

  • Eaux de surface: toutes les eaux intérieures sauf les eaux souterraines, les eaux de transition ou les eaux côtières.
  • Eaux souterraines: toutes les eaux se trouvant sous la surface du sol.
  • Eaux intérieures: toutes les eaux stagnantes et les eaux courantes à la surface du sol.
  • Eaux de transition: des eaux à proximité des embouchures de rivières, qui sont partiellement salines, mais qui sont fondamentalement influencées par des courants d’eau douce.

La DCE a été transposée en droit luxembourgeois par la loi modifiée du 19 décembre 2008 relative à l’eau. Depuis sa création en 2004, l’Administration de la gestion de l'eau (AGE), placée sous la tutelle du ministère de l'Environnement, du Climat et de la Biodiversité , a pour mission d'assurer une gestion durable et intégrée des ressources en eau au Luxembourg. Le travail de l’AGE, en collaboration avec un grand nombre de partenaires, comprend notamment la supervision de l'approvisionnement en eau potable, la surveillance et la protection des eaux de surface ainsi que des eaux souterraines et la gestion intégrée des risques d’inondation. L’AGE coordonne également la planification du traitement des eaux usées, s’occupe du volet des pollutions accidentelles des eaux, de la prévision des crues ainsi que des autorisations liées à l'eau.

L’état qualitatif des eaux du Luxembourg est une autre préoccupation. Ainsi, l’état qualitatif des masses d’eau souterraine , évalué en 2021 à partir du réseau DCE, montre que toutes les masses d’eau souterraine définies pour le Grand-Duché ont connu des dépassements des normes de qualité. Ces dépassements sont dus en grande partie à trois produits de dégradation de produits phytopharmaceutiques (métabolites) ou à la minéralisation des fertilisants utilisés principalement dans l’agriculture :

  • les métazachlore-ESA et OXA, dont la substance mère était utilisée jusqu’en 2015 comme herbicide sur les cultures de colza,
  • le métolachlore-ESA, dont la substance mère était utilisée jusqu’en 2015 comme herbicide sur les cultures de maïs,
  • le chlorothalonil-M-R471811, dont la substance mère était utilisée jusqu’en 2020 comme fongicide, notamment dans les cultures de céréales,
  • et les nitrates.

D’une manière générale, selon un rapport de la commission européenne, 0% des lacs et des rivières du Luxembourg sont dans un bon état écologique. Ce constat marque une dégradation par rapport aux années précédentes: lors du premier rapport, en 2009, 7% des eaux de surface du pays étaient dans un bon état écologique (qui prend en compte la température, le bilan d’oxygène, la salinité, les nutriments ou encore la flore aquatique), avant de baisser à 3% en 2015, puis d’atteindre finalement 0% en 2021. Dans le détail, en 2021, 41% des eaux de surface sont dans un état écologique modéré, 20% dans un état écologique médiocre et 39% dans un état écologique mauvais, selon le rapport. «Au total, cela signifie malheureusement que 100% des masses d’eau sont dans un état (ou un potentiel) écologique inférieur au bon état», en déduisent les auteurs du rapport. Quelles sont les causes d’une telle situation? De manière générale en Europe, la pollution causée par les dépôts atmosphériques est citée parmi les principales causes, suivie des changements hydromorphologiques (drainage, irrigation dans l’agriculture, hydroélectricité, protection contre les inondations, navigation, approvisionnement en eau potable) et de la pollution provenant de l’agriculture. À cela s’ajoutent les rejets d’eaux résiduaires urbaines, le captage à des fins multiples, la pollution causée par le ruissellement urbain, les surcharges dues aux pluies d’orage ou encore les rejets provenant des installations industrielles. Plus spécifiquement pour le Luxembourg, «les principales pressions sont les nutriments et les pesticides d’origine agricole, ainsi que les pressions hydromorphologiques», soit l’altération du lit de la rivière ou des rives par des canaux ou des barrages. Le rapport pointe aussi du doigt des sources ponctuelles de pollution, comme les rejets industriels ou les stations d’épuration urbaines.

Par ailleurs, il faut aussi réfléchir sur la gestion de l’eau dans une optique d’économie circulaire. En effet, nous ne consommons pas d'eau, nous utilisons et polluons l'eau. Le vrai problème n'est dès lors pas notre consommation d'eau, mais la charge polluante que nous laissons derrière nous.  La plupart des usages pour lesquels nous avons besoin d'eau, comme l'hydratation de notre corps, la chasse d'eau ou le refroidissement des serveurs, utilisent bien plus d'eau qu'ils n'en consomment. Même lorsque nous buvons de l'eau, la plus grande partie quitte à nouveau notre corps, mais elle est alors polluée. Actuellement, l’économie linéaire consiste à mettre à disposition la même qualité d'eau pour tous les usages. Par exemple, est-il nécessaire de tirer la chasse d'eau avec la même eau que celle que nous buvons ? La réutilisation de l'eau des douches dans les toilettes après reconditionnement devrait devenir la nouvelle norme. De manière générale, des cycles de réutilisation plus intelligents pour optimiser l'utilisation de l'eau sont nécessaires à l'avenir, même si cela entraînera des coûts plus élevés au début.  On peut s’imaginer un modèle en « cascade », selon lequel la qualité de l'eau, qui diminue à chaque utilisation, est adaptée à l'usage qui en est fait. Cela permet de réduire considérablement la quantité d'eau utilisée.

Cependant, lors de l'utilisation "en cascade", l'eau ne doit pas être contaminée par des substances dangereuses impossibles à retirer.

Toutes ces considérations montrent les limites de la prise en charge des eaux-usées liées à la satisfaction d’un besoin physiologique. Mais il faudrait ajouter le « no go » de la pollution de nos nappes phréatiques et de nos eaux de surface. Ainsi, les nappes phréatiques peuvent être contaminées par un accident nucléaire entraînant des retombées radioactives sur le sol. Lors d'un accident nucléaire, des matières radioactives sont projetées dans l’atmosphère sous forme de poussières et d’aérosols. Ces particules retombent ensuite sur le sol sous l’effet de la gravité ou des précipitations. Les pluies et la neige peuvent alors entraîner les substances radioactives présentes en surface vers le sol qui vont s’infiltrer progressivement dans le sous-sol et atteindre les nappes phréatiques. Il peut y avoir aussi des infiltrations de l’eau contaminée si un accident nucléaire survient dans une centrale proche d’un cours d’eau ou d’une zone d’alimentation d’une nappe. On peut s’imaginer encore plein d’autres exemples. Les mêmes scénarios sont valables pour toutes les industries produisant des toxines lors de leur production.

La situation au Luxembourg est telle que la directive cadre sur l’eau, qui veut que toutes les masses d’eau de surface soient dans un bon état d’ici à 2027, ne pourra être satisfaite selon l’objectif de la commission européenne. 

Revenons à notre plus grande réserve d’eau potable du Luxembourg : le lac d’Esch-sur-Sûre.

La dernière vidange complète du lac de la Haute-Sûre, situé à Esch-sur-Sûre, a eu lieu en 1991. Cette opération visait à effectuer d'importants travaux de réparation sur le barrage, notamment pour résoudre des problèmes d'étanchéité et installer un bras d'aspiration réglable à 140 mètres de la digue

Avant cela, le lac avait été vidé une première fois en 1965-1966 pour permettre l'installation d'une conduite fixe d'aspiration d'eau brute

Une nouvelle vidange complète était initialement prévue pour 2023, dans le cadre de l'inspection décennale obligatoire du barrage . Cependant, selon les informations disponibles, cette opération n'a pas encore été réalisée à ce jour

Le Luxembourg dispose de mesures pour assurer l'approvisionnement en eau potable même en cas de vidange complète du lac de la Haute-Sûre, bien que cela représente un défi logistique important.

En prévision de situations exceptionnelles comme une vidange, le SEBES (Syndicat des Eaux du Barrage d’Esch-sur-Sûre) a développé des solutions alternatives :​

  • Forages d'eau souterraine : Un réseau de 19 forages répartis sur 4 sites, avec une capacité de production d'environ 40 000 m³ par jour, a été mis en place pour servir de solution de rechange.
  • Nouvelle station de traitement : Inaugurée en juin 2023 à Eschdorf, cette station moderne dispose d'une capacité de traitement de 110 000 m³ par jour, répartie en deux filières indépendantes de 55 000 m³ chacune. Elle est conçue pour fonctionner même en cas de vidange du lac, grâce à une prise d'eau directement dans la Sûre .

Mais est ce que le lac d’Esch-sur-Sûre pourra fournir la quantité d’eau nécessaire de 110000 m³ et plus par jour si notre population augmente fortement et si nos activités économiques nécessitent aussi plus d’eau, surtout en cas sécheresse de plusieurs années ? Je n’ai trouvé nulle part un calcul de ce genre.

Il faut aussi considérer l’évolution de la démographie au Luxembourg en ce qui concerne la problématique de l’eau. À entendre nos politiciens, le Luxembourg ne peut pas renoncer à la croissance, ne serait-ce qu’à cause de notre système social. Ceci a, entre autres, un impact sur la population qui ne cesse d’augmenter au Luxembourg. Où sont les limites de notre population en ce qui concerne les besoins d’eau. Assez régulièrement, le Luxembourg crée en moyenne tous les ans 10.000 emplois supplémentaires, occupés par des résidents étrangers et luxembourgeois (avec des familles plus ou moins grandes) et par des frontaliers. La population du Luxembourg était de 681.973 unités au 1er janvier 2025. En Mars 2025, l’emploi interne était de 522.559 unités. Les emplois constituent 76.6 % de la population résidente où les luxembourgeois totalisent 361.247 unités, donc 53 %. Il y a 230.962 frontaliers travaillant au Luxembourg. Les salariés résidents comptabilisent 274.519 unités. Ces proportions sont anormales. Selon les estimations normalement appliquées, 65 % d’une population sont en âge de travailler, ce qui ferait environ 442000 personnes pour le Luxembourg. Parmi ces personnes en âge de travailler, environ 70 % sont normalement effectivement en emploi, ce qui correspond à environ 309 400 personnes. Ceci explique la nécessité de recourir massivement à des frontaliers. Si on considérait que le Luxembourg ne serait occupé que par ses 361.000 Luxembourgeois (donc sans ses résidents étrangers) dont 65 % serait en âge de travailler, on aurait 201.000 salariés potentiels luxembourgeois. Comme, selon les statistiques internationales, seulement 70 % de la population en âge de travailler travaillent réellement, seulement 141.000 Luxembourgeois travailleraient alors effectivement au Luxembourg. Donc, ce sont essentiellement les étrangers qui créent la richesse du Luxembourg. Tous ces chiffres donnent l’impression que le Luxembourg, avec son territoire exigu, vit au-dessus de ses moyens à cause de toutes les personnes qui grouillent sur son terroir. Malgré tous les investissements dans nos infrastructures, le rythme est insuffisant pour satisfaire les besoins, surtout en heures de pointe, sans parler de effets écologiques néfastes à court, moyen et long terme. D’un autre côté, en dehors des heures de travail, on a l’impression que le pays semble être mort. Les grandes infrastructures ne sont utilisées que pour un tiers.

Le Luxembourg a donc une structure démographique complétement farfelue. Même si les nouveaux emplois étaient complètement occupés par des frontaliers (sachant que la Grande Région est vide), on sait que ceci est impossible. Il ne faut pas oublier qu’il faudrait renforcer tout le temps nos infrastructures si on continue la logique actuelle. Rappelons que nos frontaliers consomment aussi de l’eau pendant leur travail, même si c’est dans une moindre mesure que les résidents. Parler croissance démographique est tabou dans la politique luxembourgeoise. Tous les partis luxembourgeois, à l’exception de l’ADR (ce qui ne m’arrange pas), ne s’opposent pas à une croissance. Les emplois engendrent des promesses de pension à moyen et long terme. Le Luxembourg est incapable, par son système de pension généreux, de tenir ses promesses de paiement de pension à long terme. Préserver le financement du système de santé ou de celui des pensions apparaît déjà compliqué avec sa dynamique à l’heure actuelle. Il faudrait découpler à moyen et long terme la sécurité sociale et le système des pensions des croissances économique et démographique de ce pays. Mais est-ce possible ? Signalons en passant, en dehors de la problématique de l’eau potable, que la situation de l’emploi au Luxembourg avec ses conséquences pour les pensions est telle que sur les 220 137 pensions versées en 2023, 111 960 (donc plus de la moitié) l'ont été à des personnes vivant hors du Luxembourg. Ces pensions ont été distribuées dans 116 pays. En 2023, environ 2,02 milliards d’euros de pensions ont été transférés à l’étranger par le système luxembourgeois, principalement vers les pays voisins, en raison de la forte proportion de travailleurs frontaliers et de carrières internationales. Les 108 117 pensions versées à des résidents luxembourgeois (comprenant les résidents étrangers) ont totalisé 4,37 milliards d’euros, soit environ 68,3 % des dépenses totales de pension. Cela indique que, bien que plus de la moitié des bénéficiaires vivent à l’étranger, les montants versés aux résidents sont en moyenne plus élevés.

Il n’en reste pas moins qu’il faudrait calculer un plafond de résidents en fonction des disponibilités de l’eau (et de l’autosuffisance alimentaire : voir précédemment). Et si ce plafond est atteint se pose la question suivante : comment faire pour maintenir ce plafond en tenant compte des naissances et décès, des besoins en compétences sur le plan national (tenant compte de l’évolution des compétences en fonction des changements économiques) et des profils d’immigrés potentiels nécessaires, des immigrations nécessaires en fonction du taux de natalité et autres aspects. Rien que la libre circulation en Europe pourrait constituer un obstacle, sans oublier les aspects moraux d’une telle politique. Par ailleurs, en supposant qu’on puisse mettre sur pied une telle politique du maintien d’un plafond de la population « judicieussement calculé », comment faire pour contrer les effets du renversement de la pyramide d’âge lorsque les actifs deviennent de moins en moins nombreux et ne suffisent plus à subvenir aux besoins de toutes sortes, individuels et collectifs.

On voit donc que beaucoup de considérations, facteurs et paramètres caractérisent la situation de l’eau potable au Luxembourg et que sa distribution suivant les modalités actuelles n’est pas garantie à moyen et long terme. D’ailleurs Robert Goebbels s’est aussi penché sur la question  -> link vers l’article :. https://www.wort.lu/politik/luxemburg-unterschaetzt-das-problem-der-wasserversorgung/36530126.html

Élimination 

Si le corps humain ingurgite de l’eau et des aliments, il doit aussi se débarrasser des déchets métaboliques (excréments et urine, résidus médicamenteux et autres), qui en résultent. La culture des toilettes à travers les âges pourrait être très instructive dans ce sens. On sait que l’hygiène dans les villes d’antan était désastreuse alors qu’à cette époque l’urbanisation et la population était moins élevée. Donc, on doit aussi parler de l’élimination des déchets humains dans le cadre de la gestion des eaux usées.

Le problème se pose sur deux niveaux. En effet, d’un côté, il peut y avoir pleines de raisons d’ordre corporel pour lesquelles des personnes peuvent avoir des difficultés déféquer. Ces raisons vont dans les deux sens. Il peut y avoir des raisons pathologiques rendant la défécation difficile sinon impossible. D’un autre côté, il peut y avoir des habitudes et comportements qui peuvent mener à des problèmes de défécation et par la suite à des maladies. Il n’est pas inutile de s’attarder sur cet aspect qui peut sembler un peu scabreux, mais des difficultés à ce niveau peuvent diminuer la qualité de vie et donc aussi entraver les activités liées à l’art de vivre. À côté de ces problèmes corporels, il y a évidemment le problème de conditions hygiéniques et sanitaires désastreuses diminuant aussi la qualité de vie. Ainsi les problèmes d’élimination des excréments ou au contraire la constipation, peuvent avoir plusieurs causes physiologiques

Revenons aux problèmes corporels. La vie trépignante de nos jours peut nous amener à adopter des comportements qui ne sont pas nécessairement bénéfiques à une bonne santé. . Ainsi, l’alimentation peut ne pas comprendre assez d fibres alimentaires. L’hydratation peut être insuffisante. Il y a peut-être un manque d’exercice physique, ce dernier stimulant le transit intestinal. On peut avoir de mauvaises habitudes pour aller aux toilettes comme par exemple ignorer l’envie d’y aller parce que ni l’endroit et/ou le moment ne sont pas propices. Ceci peut perturber le réflexe de la défécation. On peut aussi adopter de mauvaises postures qui peuvent engendrer une mauvaise ouverture de l’angle anorectal ou rendre la pression intra-abdominale inefficace. Le stress et l’anxiété peuvent perturber le fonctionnement du système digestif comme par exemple ralentir le transit intestinal. Les changements de routine comme par exemple modifier les horaires des repas peut perturber le transit intestinal et entraîner une difficulté passagère à aller à la selle. La consommation trop importante de certains aliments comme les produits transformés, les produits laitiers, l’alcool et le café peuvent aussi perturber la défécation. Finalement, il peut y avoir des effets secondaires de certains médicaments comme les suppléments de fer ou de calcium, les antihistaminiques, certains antidépresseurs, des antiacides contenant de l’aluminium ou du calcium (hypercalcémie), des opioïdes, des antihypertenseurs et autres.

D’un autre côté, un certain nombre de pathologies peuvent aussi être à l’origine de problèmes d’élimination des excréments, ne rendant certainement pas la vie plus agréable sinon handicapante même jusqu’à créer des situations dangereuses. Des pathologies / gênes entravantes sur le plan intestinal et digestif peuvent même avoir un impact considérable sur la vie sociale car les personnes concernées ont peur de sortir ou de rencontrer d’autres personnes. Cela peut se manifester par la peur de ne pas avoir accès à des toilettes. Certains troubles digestifs provoquent des ballonnements excessifs, des flatulences incontrôlables ou des borborygmes (bruits intestinaux), accompagnées par la peur que ces symptômes ne se manifestent en public pouvant ainsi décourager les interactions sociales, générer un sentiment de honte et même provoquer de l’anxiété. Les personnes souffrant de troubles digestifs et devant suivre des régimes stricts peuvent avoir des difficultés à manger au restaurant. Après avoir mangé, certains ressentent des crampes, des envies urgentes d’aller aux toilettes ou des reflux gastriques, ce qui peut rendre un dîner entre amis stressant au lieu d’être agréable. Les pathologies intestinales chroniques (comme la maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, SII) peuvent provoquer une fatigue intense. L’inconfort abdominal permanent peut aussi affecter la concentration et l’envie de participer à des activités sociales. L’anticipation négative des symptômes peut déclencher un cercle vicieux entre stress et troubles digestifs. Beaucoup développent ainsi une phobie sociale, évitant les lieux publics et limitant leurs interactions avec les autres. Certaines personnes peuvent même souffrir de dépression à force d’être limitées dans leur quotidien.

Les pathologies digestives et intestinales peuvent se manifester de diverses manières. Il y a ci-après une énumération non exhaustive permettant d’illustrer l’envergure possible du problèmes.

1. Facteurs digestifs et intestinaux

  • Transit intestinal ralenti : Un ralentissement du péristaltisme (mouvements de l’intestin) peut entraîner une stagnation des selles.
  • Dysfonctionnement du côlon : Un côlon paresseux ou un mégacôlon peut réduire l’efficacité de l’élimination.
  • Syndrome de l’intestin irritable (SII) : Certaines formes du SII provoquent une constipation chronique.
  • Occlusion intestinale partielle : Une obstruction due à une tumeur, une sténose intestinale ou une adhérence peut ralentir l’élimination.

2. Facteurs neurologiques

  • Maladies neurologiques : Parkinson, sclérose en plaques, AVC ou lésions de la moelle épinière peuvent altérer les signaux nerveux contrôlant le côlon.
  • Neuropathie autonome : Présente chez certains diabétiques, elle affecte le contrôle nerveux du transit intestinal.

3. Facteurs musculaires et mécaniques

  • Dysfonction du plancher pelvien : Une mauvaise coordination des muscles du rectum et du sphincter anal peuvent empêcher l’évacuation des selles (dyssynergie anale).
  • Hémorroïdes ou fissures anales : La douleur liée à ces pathologies peut entraîner une rétention volontaire des selles, aggravant la constipation.
  • Rectocèle (hernie du rectum vers le vagin) : Peut empêcher l’élimination correcte des selles chez certaines femmes.

4. Facteurs hormonaux et métaboliques

  • Hypothyroïdie : Un métabolisme ralenti diminue la motilité intestinale.
  • Hypercalcémie : Un excès de calcium dans le sang peut provoquer une constipation.
  • Diabète : Peut affecter le système nerveux autonome et ralentir le transit.
  • Grossesse : Les hormones (progestérone) et la pression de l’utérus sur l’intestin peuvent ralentir l’élimination.

Selon certaines statistiques de 2020, les maladies de l'appareil digestif seraient responsables de 4,9 % de l'ensemble des décès au Luxembourg (Luxembourg Profil de santé par pays 2023). Par ailleurs, les maladies digestives affectent plus de 300 millions de personnes en Europe, avec une morbidité qui augmente avec le vieillissement de la population.

En ce qui concerne l’élimination physique des déchets organiques des habitants, c’est un sujet nullement anodin et qui qui peut poser un problème dans notre société si certaines conditions ne sont plus satisfaites. Actuellement on tire au Luxembourg la chasse d’eau de la toilette et on ne se pose pas de questions sur ce qui se passe par après. Mais il y a beaucoup d’endroits dans le monde où on ne peut pas tirer tout simplement la chasse d’eau de la toilette parce qu’il n’y a pas de toilettes et que l’eau n’est pas disponible pour alimenter les chasses d’eau.

Le pire des cas pour le citoyen pourrait consister dans le problème que les toilettes ne fonctionnent plus pendant plusieurs jours ou mêmes semaines à cause de problèmes dus à un certain nombre de facteurs : blackout, incidents techniques, canalisation saturée, station d’épuration non-fonctionnels, inondations et autres dont les effets durent plusieurs jours sinon semaines. Il suffit de s’imaginer un blackout d’une semaine avec une coupure de l’eau courante : On voit le pensionné de 70 ans trimbaler ses seaux d’eau au 10ième étage pour rincer sa toilette après l’avoir remplie par l’eau fournie par un camion-citerne.

 S’il y a par exemple un blackout sur plusieurs semaines, les grandes villes risquent de ne plus pouvoir éliminer les eaux usées qui contiennent aussi les excréments humains, sans parler de la pollution des eaux et des risques sanitaires.

Des inondations importantes peuvent aussi rendre les stations d’épuration inopérables.

Pour la petite anecdote : « 0,9 kilogrammes, c’est le poids moyen des excréments d’un être humain au quotidien. Et que trouve-t-on à l’intérieur de ces excréments ? Dans cette masse, on recense normalement 75 % d’eau, 8 % de fibres indigestes, 8 % de bactéries mortes, 4 % de sel, 4 % de graisses et 1 % de protéines. » (Internet). Mais les excréments risquent aussi de charrier des éléments pathogènes, en cas de pandémie par exemple : virus, bactéries, protozoaires et parasites

Voyons d’abord l’enjeu quantitatif.

La population luxembourgeoise compte 660.000 résidents et plus de 210.000 frontaliers, donc au total : 856.000 personnes vivant en partie journée mais aussi pendant la nuit au Luxembourg. Calculons la quantité de matières fécales produite par an (ordre de grandeur) : 0.9 * 856.000 * 365 = 281.196 tonnes de matières fécales à gérer par an en essayant de limiter au maximum la pollution de nos eaux de surface puisque les eaux traitées (mais jamais complètement purifiées) sont versées dans les eaux de surface. À cela s’ajouteront 390.000 m3 d’urine par an (la quantité considérée comme normale est entre 1 et 1,5 litres par jour).

D’autres calculs font état 35.3 millions de mètres cubes d’eaus usée au Luxembourg.

Et ces déchets humains, malgré les progrès de la médecine, sont chargés de plein d’agents pathogènes et de médicaments (métabolisés ou non) qui se retrouvent pour beaucoup dans nos cours d’eau et qui risques de poser des problèmes de santé, une diminution de la diversité des espèces (indispensable à la survie de l’homme). Et si on va plus loin, ces polluants vont être charriés à la fin du compte dans les mers et seront bouffés par les poissons qu’on va retrouver dans nos assiettes. Des études montrent que la pollution des rivières et fleuves est considérables car agressant ou tuant la faune aquatique. Or, les stations d'épuration n'éliminent pas complètement les médicaments et les agents pathogènes. Leur efficacité est variable selon les procédés de traitement mis en œuvre et elle reste assez faible pour certaines substances. Il y a des études qui ont montré que l’ozonisation de l’eau peut éliminer beaucoup de médicaments. Mais il faut alors faire subir à l’eau ce processus pendant 20 minutes. Je vois mal des installations aussi puissantes pour traiter toutes les eaux des stations d’épuration, surtout s’il y a un afflux extraordinaire dû à des inondations.

Le livre de Gary White et Matt Damon (Der Wert des Wassers :  Unser gemeinsamer Kampf gegen das drängendste Entwicklungsproblem der Welt) dit à ce sujet :

Donc, satisfaire les besoins physiologiques peut causer maints problèmes, aussi pour un petit pays riche vivant de toute façon au-dessus de ses moyens. Quid si nos nappes phréatiques sont trop polluées pour fournir l’eau potable nécessaire ou si elles descendent dangereusement en niveau à cause de plusieurs années de sécheresse. Et la concentration de la pollution va encore augmenter si on se retrouve confronté pendant plusieurs années à des sécheresses car les substances nuisibles sont moins diluées dans des volumes d’eau réduits. Et le Luxembourg va venir prochainement à ses limites avec les constellations géopolitiques et les problèmes de climat. Le problème de la pollution de l’eau est analogue à celui du CO2 : on augmente par exemple sa concentration en substances nuisibles si on continue à prendre de plus en plus de médicaments et si la population augmente dans des proportions considérables faisant que la concentration des substances nuisible va encore augmenter dans les eaux de surface et les nappes phréatiques. Et les pays sous-développés ou en développement ou en guerre sur le plan de la santé ou frappés par des catastrophes naturelles ou déclenchés par les agissements humains auront un problème de pollution qui va devenir de plus en plus grave. Ces pays ont déjà et auront toujours plus de problèmes pour satisfaire les besoins physiologues d’une manière décente.

Suite à ces réflexions, on voit que les stations d’épuration jouent un rôle crucial dans la gestion des eaux usées.

Une petite déviation : Si les quantités des eaux usées sont importantes, cela veut dire aussi qu’on a enlevé au moins la même quantité d’eau potable à la nature pour des usages non naturels. Le prélèvement d'eau potable à partir des circuits naturels (nappes phréatiques, rivières, lacs) peut modifier l'équilibre hydrologique et, par conséquent, avoir plusieurs répercussions sur l'environnement. Une extraction excessive peut :

  • Diminuer les débits naturels : en réduisant la quantité d'eau qui alimente les cours d'eau, cela peut entraîner la raréfaction des habitats aquatiques essentiels pour de nombreuses espèces.
  • Assécher des zones humides : ces écosystèmes, qui dépendent d’un apport régulier en eau, risquent de disparaître ou de se dégrader, affectant la biodiversité et les services écosystémiques qu'ils offrent.
  • Modifier la qualité de l'eau : la baisse des niveaux d'eau peut concentrer des polluants et impacter négativement la qualité de l'eau, affectant aussi bien la faune que la flore.
  • Provoquer une intrusions salines : dans les zones côtières, une surextraction des aquifères peut entraîner une intrusion d'eau salée, altérant la composition de l'eau et menaçant les écosystèmes d’eau douce.

Parlons aussi du stress hydrologique : Le stress hydrologique désigne une situation dans laquelle la demande en eau (pour l'agriculture, l'industrie, la consommation humaine, etc.) dépasse la quantité d'eau disponible dans une région, ou lorsque l'approvisionnement en eau est insuffisant pour satisfaire ces besoins sans compromettre les écosystèmes naturels. Autrement dit, il s'agit d'une pression exercée sur les ressources hydriques due à une surextraction ou à une faible disponibilité d'eau, ce qui peut conduire à des impacts négatifs sur l'environnement, la biodiversité et les activités humaines.

Les pays les plus exposés au stress hydrologique dans l’Union européenne sont principalement ceux de la région méditerranéenne. En effet, en raison de leur climat caractérisé par des étés chauds et secs, une pluviométrie irrégulière ainsi qu’une forte demande en eau (notamment pour l’agriculture et le tourisme), plusieurs États membres subissent une pression importante sur leurs ressources hydriques. Parmi ceux‑ci, on peut citer :

  • L’Espagne : qui connaît des épisodes récurrents de sécheresse et une forte demande en eau.
  • L’Italie : en particulier dans le sud et les zones méditerranéennes où les ressources en eau sont limitées.
  • La Grèce : confrontée à des conditions climatiques difficiles et à une gestion complexe de l’eau.
  • Le Portugal : où les périodes de sécheresse accentuent la pression sur les nappes phréatiques.
  • Chypre et Malte : deux petits États insulaires dont les ressources en eau sont naturellement restreintes.

Il est à noter que certaines régions d’autres pays européens, comme le sud de la France, peuvent également présenter un stress hydrologique à l’échelle locale. Il faut cependant aussi rendre attentif que le changement climatique a provoqué ces dernières années beaucoup d’inondations importantes causant des dégâts considérables, dont aussi sur le plan de la pollution.

Revenons aux stations d’épuration et prenant comme exemple les aspects concernant le Luxembourg, pays considéré encore comme préservé des sécheresses à cause de sa situation géographique avec des précipitations raisonnables.

Les études indiquent que les ressources en eau renouvelable utilisées pour l’approvisionnement en eau potable au Luxembourg, principalement issues des nappes phréatiques (dont le Grès de Luxembourg joue un rôle majeur), se situeraient dans l’ordre de 2 000 à 2 500 millions de m³ par an (soit environ 2 km³). Ces chiffres, qui varient légèrement selon les méthodes de calcul et les sources, traduisent la richesse relative du pays en eau, tout en soulignant l’importance d’une gestion durable pour préserver l’équilibre des écosystèmes aquatiques. A cela s’oppose une consommation annuelle totale d’eau potable de 35 millions de m3 par an. Les réserves seraient donc suffisantes sous la condition qu’elles ne seraient pas polluées et qu’elles pourraient être régulièrement renouvelées.

Il se pose une autre question : A partir de quel volume de prélèvement d'eau potable des réserves d'eau du Luxembourg les cycles naturels de la nature sont préservés ? Les experts en gestion durable de l’eau estiment généralement qu’il faut limiter le prélèvement à une faible proportion de la ressource renouvelable afin de préserver les débits naturels et les fonctions écosystémiques. Dans de nombreux contextes, un seuil de l’ordre de 2 % de la ressource annuelle renouvelable est souvent retenu comme indicateur permettant de maintenir l’équilibre des cycles hydrologiques. Pour le Luxembourg, où les ressources renouvelables en eau se situeraient entre 2 000 et 2 500 millions de m³ par an, ce seuil correspond à environ 40 à 50 millions de m³ annuels. À titre indicatif, la consommation annuelle d’eau potable au Luxembourg est d’environ 35 millions de m³, ce qui signifie que les prélèvements actuels restent en dessous de cette limite et contribuent ainsi à préserver les cycles naturels. Il convient toutefois de noter que ces estimations dépendent de nombreux facteurs locaux (comme les caractéristiques des aquifères, la variabilité climatique et les exigences écologiques locales) et qu’une gestion adaptative reste nécessaire pour garantir la durabilité des ressources en eau.

Concernant le Luxembourg, 99% de la population du Luxembourg est raccordée à un réseau d’égouttage. On distingue deux types de réseau d’égouttage, à savoir :

  • un réseau de canalisation séparatif
  • un réseau de canalisation mixte

La majeure partie de la population est raccordée à un réseau de canalisation d’eaux mixtes.

En ce qui concerne le taux de raccordement à une station d’épuration biologique, on estime qu’au Luxembourg 98% des personnes sont accordées à une station d’épuration communale. Le Luxembourg comporte stations d’épuration biologiques avec une capacité total de 1 129 950 équivalents-habitants.

Cela ne semble pas a priori pas si mal. Cependant, il faudrait encore connaître la qualité d’épuration des eaux usées. Ces stations d’épuration fonctionnent suivants différents procédés d’épuration en fonction de leur grandeur et de la charge polluante raccordée. Les stations d´épuration biologiques utilisent des micro-organismes naturels, généralement des bactéries ou des plantes, qui dépolluent les eaux en se nourrissant des déchets y présents. Le rendement de ces installations dépasse nettement les 90%. Ceci veut cependant dire que 10 % de saleté échappent à l’épuration.

Néanmoins pas toutes les stations d’épuration ne sont pas de ce modèle. En 2016, le nombre de stations d'épuration mécaniques publiques s'élève à 125. La plupart de ces stations ont une capacité comprise entre 100 et 200 équivalents-habitants et ont été construites il y a plus de 30 ans. Aujourd’hui elles ne sont plus que de l’ordre de 40 stations. Malgré le nombre élevé de stations d’épurations mécaniques, dont le rendement épuratoire ne s’élève qu’à seulement 30% (ou moins), la charge polluante totale raccordée à ces ne représente que 5 % de la population. Les stations d'épuration mécaniques sont généralement constituées de bassins de décantation, où les déchets lourds des eaux usées se déposent sous forme de boues épuratoires. Elles s'y décomposent biochimiquement (digestion / minéralisation). Les déchets légers (huiles/graisses) sont captés en surface par parois plongeantes. Ces ouvrages appartiennent essentiellement au passé, et ils sont en voie d'être entièrement remplacés par des stations d'épuration biologiques, tel qu’il est prévu par le programme des mesures du plan de gestion.

Il faut encore relever que les eaux usées non décontaminées rejetées dans la mer peuvent, en partie, retourner sur la terre ferme par le cycle de l’eau. Elles peuvent contenir des contaminants chimiques (pesticides, métaux lourds, hydrocarbures), des polluants biologiques (bactéries, virus, parasites) et des microparticules et plastiques (nanoplastiques, microplastiques. Ces éléments se dispersent dans l'eau selon plusieurs mécanismes comme la dissolution dans l’eau, la sédimentation (accumulation au fond de l’océan) et la dispersion par les courants et les vagues. L’eau de mer s’évapore sous l’effet du soleil, formant des nuages. Cependant, les sels, les métaux lourds et la majorité des particules polluantes ne s'évaporent pas directement avec l'eau et restent donc dans les mers (la faune aquatique les ingurgitant aussi). Les polluants gazeux (comme certains composés organiques volatils, ou des produits chimiques comme le mercure sous forme gazeuse) peuvent cependant être entraînés dans l’atmosphère.  Certains polluants atmosphériques issus de la mer peuvent être captés par l’humidité de l’air et redescendre sous forme de pluie.  Ainsi, le mercure rejeté dans l’océan peut s’évaporer sous forme de méthylmercure et être transporté par les nuages avant de retomber sur terre avec les précipitations. Les embruns marins contenant des particules fines polluées (microplastiques, substances chimiques) peuvent être transportés par le vent et retomber sur la terre. Des études ont montré que des agents pathogènes présents dans les eaux marines peuvent être projetés dans l’air sous forme de microgouttelettes et se déplacer avec les vents marins.  Les conséquences environnementales sont des dépôts toxiques sur les sols et cultures agricoles (les pluies contaminées peuvent polluer les sols et les nappes phréatiques).Il peut y avoir ddes effets sanitaires car certaines particules toxiques présentes dans les précipitations peuvent provoquer des maladies respiratoires ou cutanées. Un autre effet peut être l’acidification des pluies : bien que souvent associée aux émissions industrielles, l’eau de mer polluée peut contenir des gaz qui influencent la composition des pluies.

Donc, des épurations des eaux usées, ne décontaminant pas à 100 % (ce qui semble être la règle puisqu’aucune station d’épuration ne peut sembler atteindre 100 % d’efficacité), contribuent à un cumul de polluants dans la mer et dans les pluies.

Les produits d'hygiène corporelle (comme les savons, shampoings, dentifrices, déodorants) et les produits de nettoyage (détergents, désinfectants, nettoyants ménagers) se retrouvent très couramment dans les eaux usées, principalement via les rinçages et les usages quotidiens. Certains estiment que ces composants peuvent représenter entre 10 et 20 % de la charge. Mais il n’existe pas de chiffres précis. Ces polluants contiennent divers composés chimiques tels que des tensioactifs, des conservateurs, des antimicrobiens (par exemple le triclosan ou le triclocarban), des parfums, des colorants, voire des microplastiques issus de certains exfoliants. Certains de ces composés résistent aux procédés conventionnels et biologiques d’épuration, ce qui peut les faire apparaître dans les effluents traités ou s’accumuler dans les boues d’épuration. Mais ils peuvent avoir des effets sur l’environnement et la santé de plusieurs manières. Les tensioactifs et autres produits chimiques peuvent altérer la composition et la fonction des communautés microbiennes dans les milieux aquatiques.  À certaines concentrations, ces substances peuvent être toxiques pour la faune aquatique, affectant la reproduction, le développement ou la survie de certaines espèces. Des composés œstrogéniques présents dans certains produits (comme l’éthinylestradiol provenant de contraceptifs) peuvent perturber les systèmes hormonaux des organismes aquatiques. La présence d’antimicrobiens, même à faibles doses, favorise la sélection de bactéries résistantes, ce qui représente un enjeu de santé publique. En somme, même si la concentration de ces produits dans les eaux usées peut paraître faible, leur persistance et leurs effets cumulatifs posent des défis importants en matière de préservation de la qualité de l’eau et de la biodiversité aquatique.

Un autre problème concerne les boues restantes des stations d’épuration. Les boues d’épuration sont les résidus solides issus du traitement des eaux usées dans les stations d’épuration. Elles contiennent :

  • Des matières organiques (éléments fertilisants comme l'azote et le phosphore).
  • Des minéraux bénéfiques pour les sols (potassium, calcium, magnésium).
  • Des contaminants potentiels, tels que des métaux lourds, des résidus de médicaments et des polluants organiques.

La gestion des boues d'épuration reste un défi. Actuellement, environ 9 100 tonnes de boues sont produites annuellement au Luxembourg, avec une projection atteignant 15 000 tonnes d'ici 2040. La majorité de ces boues est exportée vers les pays voisins pour être incinérée, faute de solutions nationales adéquates. Des études sont en cours pour développer des installations locales de traitement, incluant la récupération de phosphore à partir des cendres résultantes.

Il y a 50 ans, on les répandait sans souci sur les champs et on ne se rendait pas compte qu’elles polluaient aussi, malgré leur apport en engrais. Actuellement, les choses sont devenues plus compliquées car les risques environnementaux (micropolluants ,plastiques, perturbateurs endocriniens, métaux lourds et autres) imposent un contrôle strict. Dans l’Union européenne, la directive 86/278/CEE encadre l'utilisation des boues en agriculture pour protéger les sols et la santé humaine.

Au Luxembourg, l’épandage agricole des boues d’épuration a été progressivement réduit, notamment en raison de préoccupations liées aux contaminants et à l’impact environnemental. Aujourd’hui :

  • La majorité des boues est envoyée pour incinération à l’étranger, principalement en Allemagne et en Belgique.
  • Une partie des boues est transformée en compost ou utilisée en valorisation énergétique (production de biogaz).
  • Le gouvernement envisage de nouvelles solutions pour traiter et recycler les boues de manière plus durable, notamment la récupération du phosphore à partir des cendres d’incinération.

Le Luxembourg va donc plutôt dans la direction d’incinération (avec la récupération de phosphore) et de valorisation énergétique en envoyant les boues à l’étranger ou de la méthanisation en biogaz ou encore de la transformation en biochar. Ce dernier procédé est intéressant car on obtient un charbon par pyrolyse de la biomasse pouvant servir à l’amendement du sol, la séquestration du carbone (en intégrant durablement le carbone dans le sol), la restauration de sols dégradés, le traitement de l’eau et des effluents (grâce à ses propriétés absorbantes, le biochar est parfois utilisé pour capter certains polluants (métaux lourds, résidus de pesticides, etc.) dans les eaux usées ou les effluents, contribuant ainsi à leur dépollution). Le biochar est une piste intéressante et cela vaut la peine d’approfondir un peut les aspects y relatifs. Le biochar est un matériau riche en carbone, semblable au charbon, et obtenu par la pyrolyse de biomasse, c’est-à-dire la chauffe de matières organiques (comme les résidus agricoles, du bois ou du fumier) à haute température en absence ou quasi-absence d’oxygène. Le biochar se décompose très lentement, ce qui le rend utile pour le stockage du carbone. Comme il a une porosité élevée, il retient l’eau et les nutriments. Comme il présente une grande surface spécifique, il peut héberger des microorganismes bénéfiques. En agriculture, il peut améliorer la structure du sol, accroître la rétention d’eau et de nutriments, réduire les besoins en engrais et favoriser le vie microbienne du sol. Concernant le climat, il peut servir de puits de carbone car le carbone stocké dans la biomasse est stocké à long terme dans le sol et contribue ainsi à la lutte contre le changement climatique. Il peut encore être utilisée comme filtre pour absorber les polluants (métaux lourds, produits chimiques). Le biochar peut aussi contribuer à la réduction des volumes des boues et diminuer ainsi les coûts liés à l’enfouissement ou l’incinération. Mais comme les boues peuvent contenir des métaux lourds, des composés organiques toxiques et des résidus pharmaceutiques, le biochar doit donc être soigneusement caractérisé avant d’être utilisé.

On peut entrevoir aussi que le dysfonctionnement des stations d’épuration peut causer des problèmes écologiques substantiels. Les incidents peuvent avoir maintes raisons .

  • Surcharge d’eaux usées : Une inondation ou un déversement exceptionnel (par exemple, après de fortes pluies ou une crue) peut dépasser la capacité de traitement, saturant ainsi les bassins et perturbant les processus biologiques.
  • Défaillance technique ou pannes mécaniques : Des problèmes avec les pompes, moteurs, systèmes de contrôle ou équipements de mélange peuvent interrompre le fonctionnement de l’installation.
  • Incidents chimiques : L’arrivée de substances toxiques ou d’agents chimiques inhibiteurs (comme certains produits industriels, pesticides, ou médicaments) peut perturber l’activité microbienne essentielle au traitement biologique.
  • Problèmes d’alimentation en énergie : Des coupures de courant prolongées ou des dysfonctionnements dans les systèmes électriques peuvent stopper les opérations de la station.
  • Obstructions et accumulation de boues ou de débris : L’accumulation excessive de boues ou d’objets dans les canalisations peut entraîner des blocages, perturbant l’acheminement des eaux usées dans l’installation.
  • Erreurs humaines et défaillance de la maintenance : Une mauvaise gestion, des erreurs d’exploitation ou un entretien insuffisant peuvent compromettre le bon déroulement des traitements.
  • Catastrophes naturelles : Les tremblements de terre, inondations ou autres événements extrêmes peuvent endommager les infrastructures et rendre la station inopérante.

Le cas de l’inondation semble devenir un aspect assez pertinent parce que la fréquence des inondations augmente et parce que les inondations deviennent puissantes, parfois avec du jamais vu dans certaines régions.

Il faut considérer un autre problème,  à savoir les conséquences de fortes inondations. L'eau qui déborde peut emporter une grande quantité de polluants. Les crues mobilisent des sédiments et de l'eau contaminée provenant de zones urbaines, industrielles ou agricoles. Ces eaux inondées peuvent contenir des hydrocarbures, des métaux lourds, des pesticides, ainsi que divers produits chimiques domestiques et industriels. Lorsque l'eau se retire, ces polluants se déposent sur les sols et peuvent entraîner une contamination qui persiste dans le temps, affectant la qualité du sol et potentiellement les nappes phréatiques. La gravité de cette contamination dépend de plusieurs facteurs, notamment la durée de l'inondation, la quantité et le type de polluants présents, ainsi que les caractéristiques du sol (capacité d'adsorption, drainage, etc.). Dans certains cas, des mesures de remédiation peuvent être nécessaires pour restaurer la qualité des sols et prévenir des impacts sur la santé humaine et l'environnement.

Concernant directement les stations d’épuration et les réseaux de canalisations, en cas d’inondation, ces installations peuvent être rendues inopérables pour diverses raisons. Une station d’épuration submergée peut voir ses équipements électriques et mécaniques endommagés. Le débit excessif d’eau pluviale peut diluer les eaux usées, réduisant l’efficacité du traitement. Certaines stations peuvent être conçues pour déborder en cas de crue, rejetant ainsi des eaux partiellement traitées. Par ailleurs, en cas de fortes inondations , les égouts unitaires (qui collectent à la fois eaux usées et eaux pluviales) peuvent être surchargés. Si le réseau ne peut plus évacuer l’eau vers les stations d’épuration, les conduites deviennent pleines, empêchant l’évacuation normale des eaux usées. Selon la nature de l’inondation et si le niveau d’inondation est plus haut que le réseau d’égouts, l’eau exerce une pression hydrostatique sur les conduites. Cette pression empêche l’écoulement des eaux usées, qui peuvent alors remonter dans les habitations par les sanitaires (toilettes, éviers, douches).

On voit donc que la gestion des eaux usées est d’une importance primordiale, d’autant plus sollicitée en cas d’inondations et d’autres incidents comme des blackouts par exemple. Je ne pense pas que la population est réellement consciente de la gravité de ces problèmes parce que tout fonctionne la plupart de temps normalement.

Mais il faudrait aussi parler brièvement des problèmes liés à l’urine. La population luxembourgeoise compte 660.000 résidents et plus de 230.000 frontaliers, donc au total : quelques 900 000 personnes vivant en journée au Luxembourg. Ces personnes produisent 500 000 m3 d’urine par an (la quantité considérée comme normale est entre 1 et 1,5 litres par jour). Or l’urine a un impact négatif sur l’environnement, et cela de plusieurs manières. Les stations d’épuration peuvent en éliminer une partie. Mais cette considération ne concerne que les humains. L’urine produite par les animaux de l’agriculture est beaucoup 


On voit donc qu’en gros les animaux de l’agriculture produisent 3 fois plus d’urine que les hommes, avec la différence que cette urine passe quelque part dans la nature sous une forme ou une autre.

L'urine est principalement composée d'eau, d'urée, de sels minéraux (sodium, potassium, chlorures), et de composés azotés et phosphorés. Une station d’épuration biologique traite les substances de l’urine de la façon suivante :

L'urée (CH₄N₂O) est rapidement hydrolysée en ammoniac (NH₃) et ammonium (NH₄⁺). Dans la phase biologique de la station, les bactéries nitrifiantes transforment l’ammonium en nitrites (NO₂⁻) puis en nitrates (NO₃⁻) (nitrification). Ensuite, les bactéries dénitrifiantes convertissent ces nitrates en azote gazeux (N₂), qui est libéré dans l'atmosphère (dénitrification). Le phosphore contenu dans l’urine est éliminé par précipitation chimique (avec du fer ou de l'aluminium) ou par assimilation biologique dans les boues activées. Certaines stations utilisent des bactéries polyphosphatantes, qui absorbent le phosphore sous forme de polyphosphates stockés dans leur biomasse. L’urine contient souvent des résidus médicamenteux (antibiotiques, contraceptifs, antidépresseurs). Les processus biologiques classiques ne sont pas toujours efficaces pour éliminer ces micropolluants. Certaines stations intègrent des traitements avancés comme l’ozonation, les filtres à charbon actif ou l’oxydation avancée pour améliorer leur élimination.

Les stations ont cependant des limites pour ces traitements. Les hormones et les résidus pharmaceutiques ne sont pas totalement dégradés. Si la dénitrification est incomplète, des nitrates peuvent être rejetés dans les rivières. les bactéries qui traitent l’urine génèrent des boues qui doivent être traitées séparément.

Ainsi, si les stations d’épuration biologiques éliminent efficacement l’azote, le phosphore et les matières organiques contenues dans l’urine, elles sont moins performantes pour les micropolluants.

Si les urines ne sont pas traitées efficacement (ce qui semble être probablement la règle à travers le monde), elles peuvent avoir des impacts négatifs sur l’environnement.

Les urines peuvent ainsi provoquer une eutrophisation des milieux aquatiques car ils sont riches riche en azote (urée) et en phosphore, deux nutriments qui, lorsqu’ils sont rejetés en grande quantité dans les eaux naturelles (rivières, lacs, océans), peuvent provoquer la prolifération excessive d’algues (bloom algal). Ce phénomène entraîne un déséquilibre écologique, réduisant la quantité d’oxygène disponible pour les poissons et autres organismes aquatiques, causant des zones mortes.

Dans certaines régions où les systèmes d’assainissement sont défectueux, l’azote de l’urine peut s’infiltrer dans les nappes phréatiques sous forme de nitrates, contaminant l’eau potable. Une forte concentration de nitrates dans l’eau peut être toxique pour la santé humaine, notamment pour les nourrissons (syndrome du bébé bleu).

Environ 30% de l’eau potable consommée dans les foyers est utilisée pour la chasse d’eau des toilettes. Cela représente un gaspillage considérable d’eau potable, surtout dans les régions où l’eau est rare.

Le traitement des eaux usées contenant de l’urine dans les stations d’épuration consomme de l’énergie et peut générer des gaz à effet de serre, notamment du protoxyde d’azote (N₂O), un gaz 300 fois plus puissant que le CO₂ en termes de réchauffement climatique

Alors, pour la galerie, mentionnons encore les « uritrottoirs » qu’on pourrait aussi installer dans les maisons.



Mais ce système peut comprendre un cercle vicieux. En effet, une telle installation peut poser des problèmes. Il est certain que les substances nuisibles dans les déchets humains ne rentrent pas directement dans les rivières, fleuves et autres avec une telle infrastructure. Mais, à la fin du compostage, sont-ils (entièrement) détruits ? Si tel n’est pas le cas, peut-on utiliser ce compost comme fertilisant dans le jardin de légumes ? Ou les substances nuisible contenus dans le composte risquent-t-ils de remonter dans les légumes qu’on cultive et qu’on bouffe à la fin du compte une partie de son propre urine ? Si on a des doutes, on peut alors utiliser ce compost pour tout ce qui est jardin d’agrément dont on ne bouffe pas les « produits ». Mais si ces plantes arrachées ou coupées aboutissent de nouveau sur le compost comprenant aussi le compost de l’uritrottoir et si les déchets résiduels nuisibles subsistent en partie, on ne peut pas, en toute logique, utiliser ce compost pour le jardin de légumes. Alors on doit disposer déjà de 2 tas de compost : un pour le jardin de légumes sans le compost du « uritrottoir » et un autre pour la partie agrément. Et dans le deuxième tas s’additionnent les substances nuisibles résiduels à chaque cycle. Cela devient compliqué.

On voit donc que la satisfaction du besoin physiologique de l’élimination dans des conditions sanitaires et hygiéniques correctes, tout en semblant évidente et allant de soi, induit finalement des problèmes de toutes sortes. Les résidents au Luxembourg entrevoient peut-être le problème s’il y a une coupure d’eau potable pendant 1 jour pour des raisons techniques. Si la durée de coupure dépasse 1 jour, la commodité habituelle bat de l’ail et les communes sont sollicitées pour trouver des solutions provisoires. Le confort habituel mis en déroute peut nous rendre attentif à la réflexion que nos pratiques d’élimination sont un grand luxe nullement évident dans une très grande partie du monde.

« Selon les estimations les plus récentes de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), en 2022, 57 % de la population mondiale, soit 4,6 milliards de personnes, avaient accès à des services d’assainissement gérés de manière sûre. Cela signifie que 43 % de la population mondiale, soit environ 3,5 milliards de personnes, ne disposent pas d'un accès à des installations sanitaires adéquates.

Parmi ceux qui n'ont pas accès à des services d'assainissement de base, plus de 1,5 milliard de personnes ne disposent toujours pas de services d’assainissement de base, tels que des toilettes privées ou des latrines. Parmi elles, 419 millions de personnes pratiquent encore la défécation à l’air libre, ce qui pose de graves risques pour la santé publique et la dignité humaine.

L'absence d'installations sanitaires adéquates est liée à la transmission de maladies diarrhéiques telles que le choléra et la dysenterie, ainsi qu'à la typhoïde, aux infections par les vers intestinaux et à la poliomyélite. Elle exacerbe également le retard de croissance chez les enfants et contribue à la propagation de la résistance aux antimicrobiens. 

Pour la petite anecdote : Rappelons le rush sur le papier WC lors de la crise du Covid. Le papier WC est entièrement importé. Un manque de papier WC changerait grandement une partie des habitudes hygiéniques.


La qualité de l’air et la respiration

Quelques mots clés pour mettre de l’ambiance : asthme, Covid, tuberculose et autres maladies respiratoires, pollution, ozones etc.

Un autre besoin physiologique fondamental est une respiration correcte, chose qui n’est plus garantie automatiquement de nos jours, aussi bien pour des raisons physiologiques personnelles que pour des problèmes de qualité de l’air. On peut se représenter aisément qu’une personne avec des problèmes respiratoires luttant contre une suffocation ne va pas se préoccuper d’un art de vivre élaboré. Si la respiration est un processus normal et automatique, tout change s’il y a des problèmes à ce niveau. Et les causes d’une respiration défaillante peuvent être multiples.

D’une certaine manière, on peut établir une hiérarchie dans le temps des divers besoins physiologiques considérés à ce stade (air, eau, alimentation, élimination ) pour montrer leur impact de dysfonctionnement dans le temps.

Sans respiration, la mort suit dans peu de temps :  La perte de conscience suit environ 30 secondes à 2 minutes après l'arrêt complet de l'apport en oxygène. Entre 3 et 5 minutes sans oxygène, le cerveau commence à subir des lésions graves et souvent irréversibles. Généralement entre 5 et 10 minutes suit la mort clinique (réanimation encore possible). Après 10 à 15 minutes, la plupart des fonctions vitales cessent définitivement, et la réanimation devient pratiquement impossible : mort biologique.

Si on ne peut plus boire, la mort suit entre 3 et 5 jours. Sans eau, les reins ne peuvent plus filtrer les toxines, le sang s'épaissit et les organes commencent à défaillir.

Sans alimentation, l’homme peut survivre entre 30 et 60 jours s’il est bien hydraté. Lorsqu'une personne est privée à la fois d'eau et de nourriture, la mort s’en suit après 3 à 5 jours.

Dans les cas extrêmes d'obstruction intestinale totale, la mort peut survenir en 1 à 2 semaines, voire plus rapidement si des complications graves apparaissent

Revenons à la respiration. Les problèmes de respiration peuvent avoir leur origine dans des raisons corporelles / physiologiques, mais aussi trouver leur cause dans des facteurs environnementaux qui ont un impact sur le système respiratoire.

Les problèmes respiratoires peuvent se manifester de multiples manières et affecter le bien-être et les activités courantes : difficultés de respirer, toux persistante, oppression thoracique, respiration sifflante ou bruyante, fatigue et manque d’énergie, difficulté de dormir, coloration anormale de la peau ou des lèvres (cyanose ou pâleur excessive) pouvant déclencher de l’anxiété ou de la panique. Tous ces symptômes n’invitent pas à une vie paisible et peuvent grandement diminuer les capacités d’action. Il semble que les personnes subissant ces malheurs ont certainement des problèmes pour se préoccuper d’un art de vivre car trop absorbées par les efforts pour mener une vie tant soit peu normale. Ces efforts risquent de leur pomper beaucoup d’énergie, leur en laissant très peu pour des projets « transcendants ». Qui ne connaît pas des personnes luttant contre leur asthme, leur enlevant une partie de leur qualité de vie. Le covid a aussi son lot de détresse sur le plan respiratoire avec des symptômes plus ou moins graves, sans parler du long covid avec ses problèmes respiratoires persistants.

Et il ne faut pas oublier le tabagisme, fléau avec ses conséquences de toutes les couleurs. Le tabagisme est l’une des principales causes de problèmes respiratoires, affectant à la fois les fumeurs actifs et passifs. Il peut entraîner des maladies pulmonaires chroniques et augmenter la vulnérabilité aux infections respiratoires.

Le tabac a des effets immédiats sur la respiration par l’irritation des voies respiratoires, la réduction de la capacité pulmonaire et l’inflammation et le rétrécissement des bronches.

Le tabac est à l’origine d’un certain nombre de maladies comme la bronchopneumopathie (irréversible), le cancer, l’asthme aggravé, des infections respiratoires fréquentes et autres.

Les problèmes de respiration peuvent avoir pour cause des problèmes physiologiques comme un certain nombre de maladies pulmonaires, des problèmes cardiaques (le cœur joue un rôle clé dans l’oxygénation du sang), des causes neurologiques et musculaires (sclérose latérale amyotrophique ou myasthénie), mais aussi par exemple un AVC qui peut affecter les centres respiratoires. L’apnée du sommeil et l’anémie sont d’autres causes possibles. Ceci n’est qu’une énumération limitative pour illustrer les problèmes.

Mais en dehors du contexte physiologique, il y a de plus en plus des causes environnementales et toxiques liées à la constellation de notre économie avec ses industries qui ne cessent de grandir à travers le globe pour satisfaire toujours à la fin de la chaîne de production (avec éventuellement beaucoup de produits intermédiaires) un consommateur pour un produit final donné, souvent superflu car non-nécessaire à la vie. Il suffit de rappeler tous les gadgets éphémères à la mode, la plupart du temps peu utilisés.

Illustrons le problème par un cas concret comme la fabrication d’un vêtement synthétique pour montrer l’impact environnemental et la logique de production générale actuelle de tous les produits fabriqués de nos jours. Cet exemple est d’autant plus parlant pour les pays riches si on considère le caractère éphémère de la mode, l’achat de vêtements sans nécessité pour être à la mode, le gaspillage des nouveaux vêtements non vendus, les coûts de recyclage des vêtements non vendus au meilleur des cas, mais souvent une simple destruction de l’invendu et autres phénomènes, tous signes d’une hyperconsommation d’une société pourrie jusqu’à l’os, du moins pour les pays considérés comme riche.

Examinons d’abord en détail, à titre exemplaire, la chaîne de production de produits intermédiaires pour réaliser un vêtement synthétique. Ce schéma peut être transposé sans problèmes à d’autres productions industrielles.

La première opération est l’extraction des matières premières. Les vêtements synthétiques sont généralement fabriqués à partir de fibres issues de la pétrochimie. Il y a d’abord l’extraction du pétrole brut ou du gaz naturel qui est raffiné pour obtenir des monomères chimiques. Un monomère est une molécule simple qui peut s’assembler avec d’autres molécules identiques ou compatibles pour former un polymère par un processus appelé polymérisation, qui est le deuxième processus dans notre exemple. Cette polymérisation produit le polyester (PET), le nylon, l’acrylique ou l’élasthanne.

 

La prochaine étape est la production de fibres synthétiques. Le premier processus est le filage chimique dans lequel les polymères sont fondus ou dissous pour être extrudés sous forme de fils. Ces fils sont solidifiés par refroidissement (polyester, nylon) ou évaporation de solvants (acrylique). Finalement a lieu la texturation qui est une modification des fibres pour améliorer leur élasticité, douceur ou aspect (torsion, frisage, etc.).

La prochaine étape est la fabrication du tissu. Les fils sont transformés en textile brute par tissage ou tricotage. Par la suite, les tissus sont traités, comprenant le blanchiment la teinture, l’impression de motifs et les apprêts (hydrofuges, anti-rides, ignifuges, etc.).

On procède ensuite à la coupe et l’assemblage du vêtement (couture, collage, thermocollage) et l’ajout de composants (fermeture éclair, boutons, étiquettes, etc.)

On procède par après à la finition (repassage, pliage, emballage)et au contrôle de qualité (vérifications des couleurs, des coutures, des finitions et de la résistance du tissu).

La dernière étape est la distribution et la commercialisation : expédition vers des entrepôts, magasins ou plateformes de vente en ligne et distribution aux consommateurs.

Concernant les effets nuisibles de ces différentes étapes, il y a d’abord les déchets chimiques issus de la production des fibres.

Les fibres synthétiques comme le polyester, le nylon et l’acrylique sont fabriquées à partir de produits pétrochimiques qui produisent des émissions de gaz toxiques comme le dioxyde de soufre (SO₂), oxydes d’azote (NOₓ), composés organiques volatils (COV). Leur production a aussi pour cause des rejets de solvants toxiques comme par exemple le diméthylformamide pour le polyuréthane. Par ailleurs, les fibres synthétiques libèrent des microplastiques dans l’environnement, notamment lors du lavage des vêtements.

Les procédés de teinture, d’impression et de finissage utilisent des substances toxiques. Ainsi certains colorants contiennent des amines aromatiques cancérigènes. Parfois des métaux lourds comme le chrome, plomb, cadmium et mercure sont utilisés dans les colorants et finitions.

Le Formaldéhyde est employé pour éviter le froissement des tissus. Il est irritant et potentiellement cancérigène.

Les PFC (perfluorocarbures) sont Utilisés pour rendre les vêtements imperméables. Ils sont polluants et persistants dans l’environnement.

Les Phtalates sont Présents dans certains revêtements plastiques et encres d’impression. Ils sont des perturbateurs endocriniens.

Des produits alcalins et acides sont utilisés dans le blanchiment et le traitement des tissus et modifient le pH des eaux rejetées.

Les détergents et agents de blanchiment contiennent du chlore ou du peroxyde d’hydrogène qui peuvent être toxiques pour les écosystèmes aquatiques

Si les eaux usées de ces usines sont chargées en colorants et produits chimiques et rejetés dans les fleuves, elles contaminent les des rivières et nappes phréatiques.

La production textile produit aussi des déchets solides dangereux comme les chutes de tissus imprégnés de produits chimiques et les emballages plastiques et résidus de colles.

La production textile provoque également des émissions atmosphériques polluantes comme certains gaz à effet de serre (méthane et Co2). Les COV (Composés Organiques Volatils), Issus des colles et solvants utilisés dans les finitions textiles, sont aussi souvent rejetés dans l’air. Par ailleurs, dans des usines textiles mal ventilées et sans filtres, des particules fines et fibres sont en suspension et sont à un moment donné rejetées dans l’atmosphère.

Cela en fait des étapes, chacune avec leur lot de matière première, d’énergie et autres inputs.  Et beaucoup de ces étapes ont donc des impacts environnementaux non-négligeables.

Mais la pollution ne s’arrêts pas là. Il faut aussi considérer les déchets textiles post-consommation. Ainsi, beaucoup de vêtements synthétiques ne sont pas biodégradables. En plus, lors des lavages des microplastiques sont libérés. Les tissus des vêtements, lorsqu’ils sont incinérés et enfouis, peuvent contaminer les sols et les eaux par les teintures et les additifs toxiques persistants.

Il n’y a rien à faire : nos élans pour une mode, trop souvent renouvelée pour des raisons exhibitionnistes produisent une pollution des eaux, du sol et de l’air.  Il y a ainsi un impact désastreux sur la faune aquatique par une bioaccumulation des toxines et des effets désastreux sur la santé humaine par les cancers, troubles respiratoires, perturbations hormonales.

Il y a des solutions pour y remédier, la propension apparemment incompressible pour renouveler (trop) souvent sa garde-robe pour être à la mode, exige des prix modérés pour une vente en masse et donc des processus industriels optimisés à grand renfort chimique. Aussi longtemps qu’il n’y aura pas un changement d’attitude dans ce domaine, les problèmes environnementaux de l’industrie textile vont persister. Il y a cependant des solutions pour réduire ces déchets toxiques :

  • Utilisation de teintures naturelles ou de procédés sans eau.
  • Adoption de procédés moins polluants (ex : impression digitale, enzymatique).
  • Développement du recyclage textile et des fibres biodégradables.
  • Renforcement des réglementations environnementales (ex : normes REACH en Europe).

L’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde, mais des innovations existent cependant pour limiter ces impacts.

Mais la mauvaise qualité de l’air ne résulte pas seulement des activités industrielles.

Il y a en premier lieu le trafic routier qui émettent évidemment aussi du CO2, mais aussi massivement des particules fines comme les oxydes d'azote et d'autres polluants issus de la combustion des carburants fossiles. Et il ne faut pas se faire des illusions sur les voitures électriques. Aussi longtemps qu’il n’y a pas d’électricité à 100 % verte qui sort de nos prises, les voitures électriques restent polluantes dans certaines proportions selon le mix de l’électricité. Selon certaines statistiques, le transport en général émettrait environ 25 % des émissions mondiales de GES, et le transport routier en est responsable à hauteur de 75 %. Environ 18 % des émissions mondiales de CO₂ proviennent uniquement des véhicules routiers (voitures, camions, bus, motos). Au Luxembourg, Le secteur des transports est le principal contributeur aux émissions de gaz à effet de serre (GES), représentant plus de 60 % des émissions totales du pays. Il est important de noter que ces chiffres incluent les émissions dues au trafic routier national, mais aussi celles résultant du transit international et des ventes de carburant aux non-résidents. Cette distinction est cruciale, car une part significative des émissions est attribuable aux véhicules étrangers profitant des prix avantageux du carburant au Luxembourg. Mais en dehors des gaz à effet de serre, il faut aussi considérer l’émission de particules fines.

Les PM10 (diamètre ≤ 10 µm) sont les particules inhalables qui peuvent pénétrer dans les voies respiratoires supérieures. Elles proviennent principalement de l’usure des pneus, des freins et de la chaussée, ainsi que des émissions des moteurs.

Les PM2.5 (diamètre ≤ 2,5 µm) sont des particules plus fines qui peuvent atteindre les alvéoles pulmonairse et sont issues principalement de la combustion du carburant (essence et diesel) et du diesel sans filtre à particules.

Les PM0.1 (particules ultrafines, ≤ 0,1 µm) peuvent passer directement dans la circulation sanguine via les poumons et sont générées par la combustion incomplète des carburants et présentes en grande quantité dans les gaz d’échappement.

Il faut néanmoins signaler que la circulation des véhicules soulève des particules déjà déposées sur la chaussée.  Dans ce sens, il faut dire que l’eau de pluie des routes n’est pas directement réutilisable sans traitement car elle peut se charger de métaux lourds (plomb, zinc, cuivre, cadmium, nickel issus de l’usure des freins, pneus et de la chaussée), d’hydrocarbures (huiles, carburants, goudron provenant des fuites de véhicules et des résidus de combustion), de microplastiques et particules fines libérées par l’usure des pneus et des revêtements routiers. Il s’en suit logiquement que l’eau de ruissellement des routes non collectée et traitée, peut provoquer des dégâts écologiques à plusieurs degrés en raison de la pollution qu’elle imprime à son environnement. Sans réservoirs ni systèmes de filtration, l’eau de pluie des routes finit souvent dans les rivières, lacs et nappes phréatiques et provoque la pollution des milieux aquatiques. Si l’eau de pluie des routes s’infiltre dans les sols sans traitement, ce qui est normalement le cas en dehors des agglomérations, elle peut polluer les nappes phréatiques, contaminer les sols avec des hydrocarbures et des métaux lourds, rendant certaines terres impropres à l’agriculture et tuer la végétation en modifiant la qualité des sols et en introduisant des substances nuisibles aux plantes. Pour toutes ces raisons, l’eau de pluie des routes a aussi des effets néfastes sur la biodiversité. Les stations d’épuration peuvent neutraliser seulement une partie des eaux de ruissellement des routes pour autant qu’elles y sont déversées par le système de canalisation.

Conduire sa voiture n’est donc pas exempt de risques écologiques de toutes sortes.

Si le trafic international au Luxembourg remplit bien les caisses de l’état, il contribue aussi pour beaucoup à la mauvaise qualité de l’air au Luxembourg.

En 2023, le secteur de l'aviation a émis dans sa totalité près de 950 millions de tonnes de CO₂, représentant environ 2,5 % des émissions mondiales de CO₂ liées à l'énergie. Les émissions directes du tourisme s'élevaient à 1,8 Gt d'équivalent CO₂, dont 52 % provenaient de l'aviation.

Le transport maritime est responsable d'environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Il semble avéré que le tourisme maritime représente une fraction des émissions globales de CO2 mais que son impact est disproportionné par rapport au nombre de passagers transportés.

Si l’homme est responsable pour beaucoup dans la pollution de l’air, il ne faut pas oublier les catastrophes naturelles qui peuvent contribuer largement à la mauvaise qualité de l’air en libérant de grandes quantités de particules et de gaz nocifs.

Ainsi, les incendies de forêt libèrent des particules fines (PM2.5, PM10), monoxyde de carbone (CO), dioxyde de carbone (CO₂), oxydes d’azote (NOₓ), composés organiques volatils (COV) qui peuvent augmenter les maladies respiratoires (asthme, bronchites, insuffisance pulmonaire) et créant des pollutions transfrontalières pouvant voyager sur des milliers de kilomètres. Par exemple, les incendies de forêt rejettent chaque année environ 2 000 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO₂), soit 1,45 fois les émissions annuelles des États-Unis

Les éruptions volcaniques libèrent du dioxyde de soufre (SO₂), des cendres volcaniques (silice, oxydes métalliques), du dioxyde de carbone (CO₂) et des fluorures contribuant à l’acidification de l’air et des pluies (formation d’acide sulfurique) et qui peuvent avoir des effets à long terme sur le climat provoquant un refroidissement temporaire dû aux particules bloquant la lumière solaire. Par exemple, l’éruption du volcan Eyjafjallajökull (Islande, 2010) a perturbé le trafic aérien en Europe et rejeté des millions de tonnes de cendres dans l’atmosphère.

Les tempêtes de sable et de poussières libèrent des particules fines (PM10, PM2.5) comme des minéraux, bactéries et polluants chimiques transportés par le vent et ayant un impact sur la santé respiratoire (pneumopathies, irritation des yeux et de la peau). Les dépôts de poussière sur les glaciers et la neige peuvent accélérer leur fonte. Ainsi les tempêtes de sable du Sahara affectent régulièrement l’Europe et les Caraïbes, réduisant la qualité de l’air.

Les ouragans et typhons libèrent des polluants comme des substances toxiques par les industries endommagées (hydrocarbures, solvants et autres ), des moisissures et des particules fines des débris et provoquent ainsi une contamination de l’air par les fuites de produits chimiques et d’eaux usées et créent ainsi une pollution secondaire due aux inondations et aux débris.

Les tremblements de terre et tsunamis frappant les infrastructures libèrent de l’amiante, des poussières de béton, des fumées toxiques d’incendies industriels, des émissions de gaz souterrain et le cas échéant des substances radioactives.

La fonte du permafrost  libère du méthane (CH₄, gaz à effet de serre puissant), du dioxyde de carbone (CO₂) et du mercure accélérant ainsi le changement climatique et libérant des . polluants biologiques piégés dans la glace (virus, bactéries anciennes). Ainsi, le permafrost sibérien libère chaque année des quantités croissantes de méthane, amplifiant l’effet de serre.

Il faut encore mentionner l’ozone (O3) qui est un polluant atmosphérique majeur qui se forme par des réactions chimiques entre des polluants primaires (oxydes d’azote et composés organiques volatils) sous l’effet du soleil. Il ne provient donc pas directement d’une source de pollution, mais se forme à partir de réactions chimiques entre plusieurs polluants sous l’effet du soleil. À des niveaux élevés, il a des effets néfastes sur la santé et la vie quotidienne. L’ozone est un irritant puissant qui affecte principalement les voies respiratoires (mais pas seulement) et peut causer des troubles graves, notamment chez les populations vulnérables. Les causes principales des pics de pollution à l’ozone sont un fort ensoleillement et des températures élevées, des émissions de NOₓ et de COV par l’activité humaine, la stagnation de l’air et l’inversion thermique, le transport des polluants sur de longues distance et les émissions naturelles de COV. Les incendies de forêt génèrent de grandes quantités de COV et de NOₓ.

Il existe un autre phénomène moins connu, à savoir l’inversion thermique qui un phénomène météorologique qui inverse le gradient normal de température dans l’atmosphère. En temps normal, la température diminue avec l’altitude. Lors d'une inversion thermique, une couche d’air chaud se forme au-dessus d’une couche d’air froid, emprisonnant ainsi l’air plus frais en dessous. Ce phénomène empêche la dispersion des polluants et modifie les conditions climatiques locales. Actuellement, il n'existe pas de données concluantes indiquant une augmentation de la fréquence des inversions thermiques en lien avec le changement climatique.

Il est difficile d’échapper à la pollution atmosphérique mondiale et même dans les régions éloignées, des polluants comme les particules fines et les gaz à effet de serre voyagent à travers l’atmosphère. Ainsi, la présence de microplastiques a été détectée sur les pics de l’Himalaya et dans l’Arctique. La pollution est omniprésente, même à des concentrations infimes et il n’existe aucun endroit absolument vierge de toute trace humaine ou industrielle. Les régions les plus touchées par la pollution atmosphérique se trouvent en Asie du Sud et de l'Est (Inde, Chine, Pakistan, Bangladesh), au Moyen Orient (Iran, Arabie Saoudite, Irak), en Afrique du Nord et du sud.

Les régions les plus touchées par les industries toxiques sont la Chine et l’Inde, la Russie (Sibérie, Norilsk), Tchernobyl en Ukraine et les États-Unis (Louisiane, Texas, Californie).

L’Europe, malgré ses efforts et des réglementations environnementales strictes, n’échappe pas à la pollution. Certaines régions et pays restent quand même plus touchées par la pollution.

Le sommeil

Pourquoi mêler le sommeil à la discussion de l’art de vivre ? Pour moi, après toutes les recherches sur le sommeil, il semble évident qu’un mauvais sommeil chronique enlève plein de moyens à la personne pour toutes sortes de ses activités, dont aussi la réflexion, l’élaboration et la réalisation d’un art de vivre. Il y a le risque qu’un zombie ne va probablement pas s’évertuer à chercher le bonheur et se concocter un art de vivre, sinon il ne serait pas un zombie.

Le sommeil est considéré comme besoin physiologique fondamental, au même titre que la nourriture et l’eau.  Qui ne connaît pas des personnes se plaignant d’être fatiguées et qu’elles ne se sentent pas en forme parce qu’elles ont passé une mauvaise nuit. Selon les circonstances, on invoque parfois le cycle lunaire comme cause d’insomnie alors que le problème peut être tout à fait ailleurs. Les personnes souffrant d’insomnie chronique peuvent être aussi examinées à leur demande ou sur le conseil d’un médecin dans des laboratoires de sommeil, parfois cependant avec des temps d’attente d’un an et plus. On trouve aussi plein de conseils pour un bon sommeil dans les magazines, de vulgarisation, mais aussi scientifiques. Cela veut dire qu’il y a une certaine quantité de gens qui se sentent concernés par ce problème. La publicité à la TV rend attentif à des produits qui devraient faciliter le sommeil en prônant par exemple la prise de mélatonine ou d’autres conseils de grand-mère, dont des tisanes par exemple.

Mais on a aussi l’impression qu’on accepte de nos jours plus facilementle mauvais sommeil en pensant qu’il faut y passer parce qu’on est impuissant face à problème : « On vit avec ». On ne s’interroge pas trop (ou on a arrêté de s’interroger) sur les causes parce qu’on pense souvent qu’on est impuissant pour changer les circonstances néfastes à l’origine de la fatigue. Il est vrai que beaucoup d’horaires dans notre société sont imposés et qu’ils vont aussi souvent à l’encontre de notre horloge biologique. Mais il faut aussi dire que l’homme s’impose lui-même aussi de nos jours pleins de contraintes par des choix personnels. Il suffit de penser aux voyages organisés qui ne sont pas toujours de tout repos parce qu’on en veut pour son argent. La fatigue chronique est devenue une marque de notre société contemporaine, où le rythme effréné, la pression sociale et l’hyperconnexion épuisent nos ressources physiques et mentales. Loin d’être un simple état passager, la fatigue est devenue un phénomène de masse, touchant toutes les classes sociales et tranches d’âge.

Ce qui est encore plus grave est le fait que les conséquences d’un mauvais sommeil sont largement sous-estimées. Mais une fois qu’on s’est renseigné sur l’importance du sommeil avec ses effets non seulement bénéfiques mais aussi indispensables pour la réparation du corps et de l’esprit, on devrait être normalement motivé pour entreprendre les changements nécessaires pour se ménager un sommeil réparateur sous maints points de vue. Mais il est fort possible qu’on risque de se retrouver devant des contraintes négatives incontournables, mais aussi qu’on retombe dans les mauvaises habitudes par commodité ou par goût, à cause de pressions sociales ou simplement en ne voulant pas renoncer à certaines choses auxquelles on est devenu accro tout en acceptant alors de subir les conséquences négatives d’un mauvais sommeil.

Il me semble important, d’apporter un soin particulier à ce chapitre.

Je dois dire que j’ai moi-même jusqu’à récemment sous-estimé l’importance du sommeil car connaissant les récits sur les habitudes de sommeil de Leonardo da Vinci, grand créateur et ayant atteint un âge assez avancé pour son époque (67 ans). Cela a faussé à une certaine époque mes idées sur le sommeil en pensant gagner du temps actif en dormant moins.

Leonardo da Vinci aurait suivi un cycle de sommeil polyphasique, connu sous le nom de sommeil d’Uberman. Ce mode de sommeil consiste à dormir en plusieurs courtes périodes tout au long de la journée, plutôt qu’un long sommeil nocturne. Da Vinci aurait ainsi dormi environ 20 minutes toutes les 4 heures, soit environ 2 heures de sommeil par jour. Ce rythme lui permettait apparemment de rester éveillé 22 heures sur 24, maximisant ainsi son temps de travail et de créativité. Il aurait adopté cette méthode pour augmenter son productivité et son état de vigilance. Cette approche est mathématiquement intéressante. Cela lui ferait gagner 6 heures d’éveil par jour. Sur 50 ans, cela représenterait 6 heures * 365 jours * 50 ans = 109 500 heures. Pour une personne normalement éveillée pendant 16 heures, ce surplus représenterait 109500/ 16 = 6843 jours d’éveil en plus, équivalent à 18.75 années, toutes choses égales par ailleurs. Donc, Da Vinci n’aurait pas seulement travaillé 50 ans Il aurait commencé à travailler à 17 ans), mais 50 + 18.75 années. C’est comme s’il avait vécu jusqu’à l’âge de 67 + 18.75 = 85.75 ans. Je dois avouer que l’idée est plutôt tordue. Encore faudrait-il savoir, avec les connaissances d’aujourd’hui sur le sommeil, si la qualité de son travail n’aurait pas (un peu ?) souffert à cause du manque d’un sommeil réparateur. Si tel n’est pas le cas, il a dû avoir une bonne tête et c’était certainement un sacré personnage.

Mais il y a des bémols à ce narratif. Les récits concernant les habitudes de dormir de Da Vinci sont basés sur des anecdotes et non sur des documents historiques fiables. Par ailleurs, nous allons voir par la suite que le sommeil polyphasique extrême (2 heures par jour) est insoutenable sur le long terme pour la majorité des humains. Le sommeil est crucial pour la mémoire, la consolidation des apprentissages et la récupération physique. Les expériences modernes sur des cycles comme l’Uberman Sleep Schedule montrent que très peu de personnes peuvent y résister sans conséquences négatives sur la santé et les performances cognitives. Même en admettant que Da Vinci ait dormi si peu, cela ne signifie pas que chaque heure éveillée était aussi productive qu’une heure normale de travail. La fatigue chronique due au manque de sommeil réduit la concentration, la créativité et les capacités cognitives. L’efficacité d’un individu ne se mesure pas uniquement au nombre d’heures d’éveil, mais aussi à la qualité de ces heures.

Signalons une autre curiosité. Léonard de Vinci était connu pour ne pas terminer bon nombre de ses travaux. Son génie et sa curiosité sans limites l’amenaient souvent à commencer des projets ambitieux, mais il se lassait rapidement ou se laissait distraire par de nouvelles idées et expériences. Il semble qu’il y avait raisons de ne pas terminer. On disait de Léonard qu’il était un perfectionniste obsessionnel. Il cherchait constamment des moyens d’améliorer ses œuvres, ce qui retardait leur achèvement. Il pouvait passer des années sur une peinture ou un projet, insatisfait du moindre détail. Par ailleurs, il ne se limitait pas à la peinture : il explorait l’anatomie, l’ingénierie, l’architecture, la musique, l’astronomie et bien d’autres disciplines. Son esprit hyperactif le poussait à se disperser et à abandonner certains projets au profit de nouvelles découvertes. Tout ceci pour l’anecdote. Mais Da Vinci a dû avoir une tête bien remplie pour la massacrer par un manque de sommeil tout en réalisant des merveilles.

À la fin de sa vie, Léonard de Vinci était moins productif qu'à son apogée, mais il restait actif intellectuellement et artistiquement. Après avoir quitté l’Italie pour la France en 1516, il s’installa au château du Clos Lucé sous la protection de François Ier. À cette époque, il souffrait probablement de paralysie partielle du bras droit, ce qui limitait sa capacité à peindre, mais il continuait à travailler sur des projets d’ingénierie, d’anatomie et d’urbanisme. Certains pensent qu’il aurait eu un AVC. On va voir dans la suite que le manque de sommeil peut être une cause d’un AVC. Cela corroborerait le narratif que Da Vinci n’aurait pas dormi tout son soûl, sans peut-être tomber dans l’excès de veille qu’on lui attribue.

En tout cas, je suis revenu de ma marotte de gagner du temps en dormant moins, surtout après avoir lu, entre autres, le livre de Mathew Walker : « Das grosse Buch  vom Schlaf ». Je me suis rendu compte que j’avais peut-être affligé des dégâts, possiblement irréversibles à long terme, à mon corps par mes mauvaises habitudes de sommeil.  C’est pour ces raisons que je propose d’examiner les différents aspects plus en détail.

On peut supposer que la fatigue chronique est devenue une marque de notre société contemporaine. Loin d’être un simple état passager, la fatigue est devenue un phénomène de masse, touchant toutes les classes sociales et tranches d’âge. Mais un sommeil de mauvaise qualité n’est pas la seule cause de la fatigue chronique. Ainsi, au Luxembourg, selon un rapport du gouvernement,  20 à 30% de la population souffrent d’une forme d’insomnie. Et d’après les prescriptions, la quantité des somnifères consommés augmente avec l’âge : 10.3% des 50/54 ans, 17.5% des 65/69 ans, 26.6% des plus de 85 ans.

Une étude prétend que la Belgique est le pays où on dort le mieux. Cependant d’autres études estiment que seulement 10% des Belges (sondés) estiment dormir suffisamment, trois quarts disent souffrir d’insomnie. Quant au pire pays européen pour dormir, la palme est décernée au Luxembourg, avec en plus le pire score de pollution lumineuse. Il est difficile de trouver des statistiques fiables sur l’insomnie. En France, une enquête de Santé Publique France (2022) révèle que 70 % des adultes déclarent ressentir une fatigue chronique, contre 50 % dans les années 90. Aux États-Unis, une étude de la National Sleep Foundation montre qu’une personne sur trois dort moins de 6 heures par nuit, bien en dessous du minimum recommandé.

Comment le mode de vie moderne peut-il perturber le sommeil. Une première cause est évidemment l’organisation des heures de travail :

Travail de nuit et horaires décalés, horaires de bureau rigides, obligation de travailler tard pour répondre aux exigences professionnelles, travail à domicile (télétravail) brouillant la frontière entre vie pro et vie privée et autres formes.

Une charge de travail excessive est un autre facteur possible. Il y a de nos jours la pression professionnelle entraînant du stress et de l’anxiété (emails en dehors des heures de travail, attentes de disponibilité constante, sans parler de la charge mentale et le stress en résultant -> Notion de "travail 24/7" : mails et notifications en dehors des horaires de bureau.

Selon la nature du travail il y a le problème de la lumière bleue liée à l’exposition à des écrans (téléphones, ordinateurs et télévisions) réduisant la production de mélatonine et retardent l’endormissement. On se trouve aussi en présence d’une hyperconnexion aux réseaux sociaux et aux actualités anxiogènes. Les réseaux sociaux continuent de jouer un rôle central dans la vie quotidienne, avec une utilisation en constante augmentation. La planète compte 8,20 milliards d'habitants, dont 5,78 milliards sont des utilisateurs de téléphones mobiles (70,5 %) et 5,56 milliards sont des internautes (67,9 %). Parmi eux, 5,24 milliards sont des utilisateurs actifs des réseaux sociaux, représentant 63,9 % de la population mondiale. Entre janvier 2024 et janvier 2025, le nombre d'utilisateurs des réseaux sociaux a augmenté de 200 millions, soit une croissance de 4,1 %. Ainsi, à titre d’exemple, 78,2 % des Français possèdent un compte sur les réseaux sociaux (50,7 millions de personnes) et le temps moyen passé sur les réseaux sociaux en France est de 1h48 en un an. Cela fait pas mal de quantités de lumière bleue frappant les français, sans parler le temps passé devant la télévision. En 2022, les Français ont consacré en moyenne 3 heures et 26 minutes par jour à la télévision, en incluant le visionnage à domicile, hors domicile et en replay, mais hors service du streaming par abonnement comme Netflix.

D’autres facteurs pouvant contribuer aux insomnies peuvent être la pollution sonore et la pollution lumineuse, perturbant le cycle circadien (horloge biologique). Les gens se couchent en général plus tard (les français en semaine en moyenne à 23 :15) et se lèvent en moyenne à 6 :48 et ceci en partie à cause de l’omniprésence des écrans et du numérique. D’autre part, le temps passé en famille ou entre amis en fin de journée a tendance à s’allonger. En plus, les sorties tardives, les restaurants et les plateformes de divertissement encouragent les couchers plus tardifs. Il ne faut pas oublier que les divertissements ont connu une explosion : streaming et vidéos à la demande, jeux vidéo, réseaux sociaux et contenus courts, podcasts et livres audio et autres formes. Les smartphones y contribuent car grâce à eux, nous avons désormais accès en permanence à du contenu divertissant : vidéos, musique, jeux, actualités, réseaux sociaux. On assiste aussi à une explosion de la culture et des événements en ligne. Ainsi, beaucoup repoussent l’heure du coucher pour profiter de loisirs après une journée chargée.

Concernant les jeunes, un autre phénomène est connu depuis longtemps mais aucun gouvernement s’y attaque. On sait en effet que les horaires scolaires ne sont pas adaptés à l’horloge biologique des enfants et adolescents à cause des paramètres de développement du cerveau. On sait que les enfants et les adolescents ont naturellement une tendance à se réveiller plus tard et à sa coucher aussi plus tard. Or, les horaires scolaires sont calqués sur l’organisation du monde adulte et de leur vie active. Ainsi les adolescents (13-18 ans) ont une tendance naturelle à se coucher plus tard (22h30 – minuit) et à se réveiller aussi plus tard (7h30 – 9h). Si les adolescents sont obligés de se réveiller plus tôt, ils risquent d’accumuler une dette de sommeil avec tout ce que cela implique. En résumé, cela veut dire que le sommeil des enfants suit un rythme biologique évolutif, avec un besoin de sommeil important en bas âge et un décalage naturel vers des couchers plus tardifs à l’adolescence.

En dehors des circonstances liées à la physiologie humaines, il y a évidemment aussi des facteurs environnements qui influencent le sommeil.

Ainsi, un horaire de coucher irrégulier et des siestes trop longues peuvent perturber le sommeil.

On a déjà mentionné l’exposition à la lumière bleue qui inhibe la mélatonine et empêche l’endormissement.

Un endroit trop chaud ou trop froid perturbe aussi le sommeil.

On a déjà mentionné la pollution sonore et lumineuse.

Les matelas et oreiller ainsi le ressort peuvent aussi être inadaptés pour un bon sommeil.

Une alimentation trop lourde ou trop épicée comme un dîner tardif et copieux peut être une autre cause d’un mauvais sommeil.

Il est évident que les stimulants comme la caféine/théine et la nicotine retardent l’endormissement. Si l’alcool favorise l’endormissement, il est connu qu’il perturbe le sommeil paradoxal, important pour la récupération mentale.

La sédentarité semble provoquer un sommeil léger et fragmenté tandis qu’un sport intense en soirée excite et exhorte la hausse du cortisol. Une baisse du cortisol le soir est cruciale pour permettre au corps de se détendre et d'initier le sommeil réparateur.

Il y a évidemment aussi des facteurs psychologiques qui troublent le sommeil. Il y a les troubles courant du sommeil comme l’insomnie chronique, le syndrome des jambes sans repos et les parasomnies comme les cauchemars, les terreurs nocturnes, le somnambulisme et les éveils confusionnels. Les parasomnies du Sommeil Paradoxal (REM, sommeil des rêves) comportent :

Trouble du comportement en sommeil paradoxal où la personne agit physiquement ses rêves (mouvements brusques, coups de poing, cris). Il est fréquent chez les personnes âgées et peut être un signe précurseur de maladies neurologiques comme Parkinson.

Il y a aussi la paralysie du sommeil qui se produit à l'endormissement ou au réveil. La personne est consciente mais incapable de bouger, souvent accompagnée d’hallucinations effrayantes. Elle est associée au stress et à la privation de sommeil.

Il faut aussi mentionner certains médicaments comme les antidépresseurs, les corticoïdes, les antihypertenseurs, les diurétiques. Les Benzodiazépines et somnifères aident à s’endormir mais perturbent la structure du sommeil à long terme.

On a fait le tour des besoins fondamentaux physiologiques dont la satisfaction décente est certainement un facteur important pour que l’individu dispose des facultés nécessaires pour élaborer son art de vivre en étant en possession des moyens physiques et psychiques nécessaires. Mais la satisfaction des besoins fondamentaux ne veut pas dire qu’on se trouve en bonne santé. Une personne peut manger à sa faim, disposer d’une eau potable de qualité, avoir une digestion normale et pouvant éliminer ses déchets corporels dans des conditions hygiéniques, respirer un air encore tant soit peu convenable et n’être pourtant pas en bonne santé. Les hommes peuvent être sujets à des maladies, aussi bien endogènes qu’exogènes, malgré la satisfaction des besoins physiologiques fondamentaux. Ainsi, les maladies endogènes ont une origine interne à l’organisme (facteurs génétiques, métaboliques, dégénératifs, auto-immuns, etc.) tandis que les maladies exogènes sont dues à des causes extérieures comme des infections, des traumatismes, des toxines, des causes environnementales et autres. Il y a cependant de nombreuses maladies qui ont une étiologie multifactorielle, mêlant facteurs internes et externes. Par exemple, le diabète de type 2 peut avoir comme cause une interaction entre prédispositions génétiques (endogène) et mode de vie (exogène). Certains cancers sont dus à mutations génétiques (endogènes) influencées par l’exposition à des carcinogènes (exogènes).

Un autre article sera consacré à l’art de vivre en relation avec la santé.













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L’art de vivre et les religions