L'art de vivre dans le cycle de vie
Une des raisons pour commencer à réfléchir sur l’art de vivre sur ses (plus) vieux jours pourrait consister dans le fait que certains cadres fixes, en partie imposés par les contextes/contraintes de tous les jours pendant la vie « active », vont disparaître suite à la cessation de la vie active professionnelle et laissent une « liberté/distance » pour réfléchir à autre chose. Cela semble surtout être le cas si la vie professionnelle était la raison essentielle de vivre, qu’on croyait s’y réaliser et que la cessation de ces activités laisse un grand vide. C’est une des raisons pourquoi des séminaires « intra-entreprise » pour réaliser le pas de la vie professionnelle à la retraite ont eu beaucoup de succès dans une des organisations pour laquelle je travaillais. Mais l’art de vivre ne concerne pas uniquement le retraité. Du jeune à l’adulte, il peut y avoir des situations de désarroi qui peuvent inciter à réfléchir sur le sens d’une activité ou, plus généralement sur le sens de la vie : qu’est-ce que je fais là ? Est-ce que ma vie se résume à cela ? Ces gens là peuvent décider de délaisser leur vie actuelle pour tenter un nouveau départ, même s’ils ne disposent pas des latitudes temporelles du retraité. Un nouveau départ peut mener à reconfigurer l’art de vivre personnel, si jamais il y en a eu.
Dans ce sens, voyons d’abord l’art de vivre dans
le cadre du cycle de vie. Même si on est conçu malgré soi, une fois né et
donc jeté dans le monde, on l’est pour vivre et non pas pour mourir tout de
suite. Tout être vivant est constitué et conditionnée pour vivre sa vie selon
sa nature. Ceci vaut aussi bien pour la fourmi que pour l’homme. Et les plantes
n’échappent pas non plus à cette idée. C’est l’essence même de la vie.
Mais cette vie ne se passe pas naturellement dans un cadre harmonieux
car le monde des vivants est un monde de prédateurs et ne garantit pas toujours
la (sur)vie. Quelque part, un être vivant « bouffe » toujours un
autre pour survivre, soit pour se remplir l’estomac, soit pour se défendre soit
pour d’autres raisons. Dans notre société moderne, il suffit de penser aux rivalités
dans la famille, les entreprises et la politique. Si l’homme est spécialiste pour tuer pour
beaucoup d’autres raisons qu’un bon steak (pouvoir, argent, sadisme, dominance,
etc.), les animaux se battent aussi pour des raisons de dominance, de
nourriture, de défense de la famille, etc.
Si la mort est inéluctable (la vie est une maladie mortelle), un
questionnement bizarre parmi d’autres pourrait être le suivant : Est-ce qu’on
meurt trop tôt ou trop tard ou « à point ». Il y en a qui meurent
trop tôt parce qu’ils avaient plein de projets à réaliser encore au moment de
leur mort. Ils saisissaient la vie à pleines mains et la mort est une rupture
dans leur élan de vivre. Il y en a qui meurent trop tard parce que, par
exemple, on leur refuse l’euthanasie qu’ils revendiquent et qu’ils ont une vie
de chien, une vie insupportable (maladie incurable et/ou douloureuse, torture
ou d’autres raisons). Il y en a qui attendent la mort sans se rebeller parce
qu’ils sont fatigués de vivre ou parce qu’ils avaient une bonne vie et que
l’avenir ne peut leur offrir mieux. Peut-être aussi qu’ils s’ennuient car les
moyens qui leurs restent encore sont tellement réduits qu’ils ne peuvent plus
entreprendre des projets qui les comblent. Et il y en a qui ne savent pas quoi
faire de leur vie : en attendant Godot ?
Si on vit, on n’attend probablement pas la mort, même si on ne nie pas
son existence. Si on décide de vivre, il faut
s’arranger avec cette vie, en bien ou en mal ou dans l’indifférence sans
plus aucune autre attente. Mais pour certains, cela peut devenir difficile. Je
connais des personnes qui disent que leur vie est finie, qu’elles ne peuvent
plus vivre à leur guise suite à des obligations écrasantes auxquelles elles ne
peuvent déroger (pour des raisons morales ou autres) et qui ne leur
permettent plus de vivre une propre vie. Le burnout est préprogrammé et l’art
de vivre devient un mot vide. Et il y bien d’autres raisons qui peuvent mener
une personne à considérer sa vie comme finie, comme par exemple la mort d’un
être bien-aimé comme celle d’un enfant ou la mort du partenaire avec qui vivait
en quelque sorte en symbiose et harmonieusement. Il faut dire que cette
dernière situation n’est pas la règle si on considère les statistiques des
divorces ou autres formes de séparation, réelles ou virtuelles.
Dans le cadre de telles considérations, il y a peut-être un intérêt de
s’interroger sur des analogies/parallélismes avec les animaux, donc des êtres
vivants qui ne sont pas humains. Comme le premier souci est de (sur)vivre,
inscrit dans la nature humaine et animale, les besoins fondamentaux et les
besoins de sécurité sont les mêmes pour l’homme et l’animal (voir
ultérieurement les considérations sur la pyramide de Maslow concernant les
besoins).
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