Comportement actif et art de vivre

 Qui dit art de vivre dit aussi être actif. Peut-on s’imaginer de s’adonner passivement à un art de vivre, c’est-à-dire se laisser vivre par un art de vivre imposé en quelque sorte par les circonstances? Mais rappelons que l’art de vivre n’est qu’un moyen et pas une fin en soi. Il s’agit de trouver les moyens pour vivre la vie qu’on aimerait vivre. Encore faudra-t-il savoir qu’elle vie on voudrait vivre et alors les difficultés commencent. Combien de personnes se sont interrogées sur la vie qu’elles voudraient vivre pour en faire un projet cohérent qu’elles réalisent systématiquement ? Jusqu’à assez récemment et pendant longtemps, la société dessinait les grandes lignes d’une bonne vie : naître, passer son enfance (heureuse peut-être), faire ses études, entrer dans la vie professionnelle, fonder une famille et acquérir un logement, élever ses enfants, prendre sa retraite et devenir vieux en bonne santé dans le loisir et sans contraintes majeures. Dans une certaine mesure, un art de vivre sous-jacent mais impersonnel s’est développé de lui-même dans le cadre des grandes lignes sociétaires.

Mais comment déterminer son propre projet de vie à long terme et à quel moment ? Le vécu personnel joue certainement un rôle dans cette opération, ainsi que le contexte de vie au moment où on s’attaque à cette problématique. Mais les capacités/compétences personnelles jouent certainement aussi un rôle car il vaudrait éviter de viser des objectifs qu’on n’arrivera pas à réaliser par un manque de savoir et/ou de pouvoir. La déception en cas d’échec pourrait avoir des effets néfastes sur la motivation mais aussi sur le plaisir qu’on espérait tirer d’une opération fructueuse. Il faut donc bien se connaître pour éviter un déplaisir frustrant. Il semble aussi évident qu’on ne peut s’accrocher à un projet de vie si les choses vont mal. Dans ce cas, il faudra tirer les conclusions d’une opération qui a mal tourné et redresser la barre. Mais il est de notoriété que très souvent une personne ne peut décrocher parce qu’elle pense qu’elle est allée déjà trop loin dans son entreprise et qu’elle ne peut s’arrêter à ce stade tout en sachant que les chances de réussite sont très minces. Elle s’accroche désespérément pour nier un échec éventuel plus que probable. L’acteur devra donc être capable de prendre ses distances par rapport à soi-même, en quelque sorte se regarder soi-même de l’extérieur et réfléchir sur ce qui s’est passé et analyser où cela avait coincé.

Mais est-ce qu’on prend toujours soi-même les décisions dans les questions d’art de vivre, de projet de vie. Il y a des situations où d’autres personnes veulent nous convaincre de ce qui est une bonne/belle vie. Dans ce sens, certains membres de la famille peuvent être champion dans cet exercice : la mère qui veut convaincre son enfant qu’il doit se marier et avoir des enfants. Le père qui dit à son fils qu’il faut travailler dur pendant les études (et le fait travailler durement) pour avoir par après une bonne situation professionnelle. Ou encore le père veut drainer son fils dans la même filière professionnelles qu’il a entamée lui-même. L’épouse harasse son mari qu’il faut viser une meilleure situation professionnelle pour augmenter le statut social (et les revenus) : paraître au lieu d’être. Les raisons de ces injonctions peuvent être multiples : l’argent, une meilleure situation sociale, des achats de prestige, des envies, ne pas faire endurer aux autres ce qu’on a soi-même enduré, etc. Les personnes qui cèdent à ces pressions risquent de passer à côté de leur vie et seront pleines d’amertume après un certain temps si elles s’en rendent compte. Cela dépend du moment du cycle de vie ou cette conscience émerge et il se peut qu’il soit trop tard pour changer de cap, à moins de laisser éventuellement tout tomber. Et cet acte pourrait coûter cher sur beaucoup de plans selon les circonstances.

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