Autonomie - subisseur actif/inactif

 L’art de vivre devrait nous permettre de vivre une « bonne/belle » vie dans la mesure du possible. Mais qu’est-ce une bonne/belle vie ?

En principe, un art de vivre en vue d’une bonne/belle vie devrait nous accompagner tout au long de notre vie, mais on risque de s’apercevoir que l’on n’y a pas réfléchi pendant la plus grande partie de sa vie. On vit sinon on survit même avec plus ou moins de stress. Il suffit de se rendre compte qu’il y a des gens qui ont besoin de plus d’un emploi pour survivre et souvent très mal. Mais pourquoi se poser cette question si on s’approche de plus en plus de sa fin de vie ? Veut-on profiter le plus possible de la vie qui reste. Ou est-ce qu’un vide s’ouvre si on ne travaille plus. Tout temps perdu inutilement pour une belle/bonne vie ne revient plus. Mais est-ce qu’on a vraiment profité de la vie dans sa jeunesse, dans sa vie d’adulte ? Ou est-ce qu’on était dans un fleuve ou on nageait simplement pour ne pas couler ?

Donc, on n’est pas toujours libre qui veut, du moins dans ses actions immédiates. Mais quelles que soient les contraintes, on peut être libre dans ses réflexions. La psychologie actuelle met aussi cette liberté d’esprit en doute. Le conscient et l’inconscient ont maintes interactions incontrôlables. Il suffit de considérer ses propres rêves. Déjà Schopenhauer (grand inspirateur de Freud) avait dit : Der Mensch kann zwar tun was er will, aber er kann nicht wollen, was er will.“ Faut-il distinguer entre un art réfléchi et un art spontané ? Si on transpose ces réflexions à l’art de vivre, des difficultés risquent de surgir.

Avec l’âge, le monde personnel se rétrécit, surtout à la fin de la vie professionnelle qui a apporté en partie des structures imposées et donc incontournables, dictées par des circonstances en dehors de la volonté de la personne qui s’interroge. Mais le monde professionnel a aussi apporté, nolens volens, des relations sociales de toutes sortes : agréables, in- ou supportables, excitantes et stimulantes, ennuyeuses, etc. Les relations sociales professionnelles risquent de s’évaporer à la retraite, malgré les promesses de continuer à se revoir. Mais le corps-esprit de la personne vieillissante perd aussi de capacités pour se réaliser (?) ou pour réaliser des choses. On voit moins bien et l’ouï dégénère, comme par ailleurs les papilles gustatives. La psychomotricité va perdre sa finesse. Il y a par exemple rarement des joueurs de snooker qui sont encore champion après 50 ans. Même les grands musiciens n’arrivent plus à jouer les pièces difficiles qu’ils maîtrisaient parfaitement dans la jeunesse. Le musicien qui vieillit doit choisir judicieusement ses pièces pour donner l’illusion de briller encore ou de pouvoir insuffler la musicalité dans une pièce. Une petite parenthèse : il semble que jouer de la musique (quel que soit le niveau) aide à stimuler le cerveau et à ralentir sa décrépitude, sous réserve de ne pas jouer toujours les quelques mêmes pièces. D’après Emmanuel Bigand, (professeur à l’université de Bourgogne, titulaire de la chaire de « musique, cognition, cerveau »), « la musique produit ce que les scientifiques appellent une « symphonie neuronale » qui agit durablement sur notre cerveau. Sa pratique et son écoute impactent l’ensemble de nos fonctions cognitives. En modifiant les connexions neuronales, en permettant une meilleure communication entre les différentes aires cérébrales, l’apprentissage de la musique renforce la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à s’adapter et à se réorganiser en fonction des expériences. »…. La pratique de la musique chez les jeunes enfants aurait des effets positifs mesurable sur le raisonnement verbal et la mémoire. » Selon la neuromusicologie, des découvertes montrent, grâce l’imagerie, que la musique occupe non seulement les zones du langage, mais les déborde. La notion de langage musicale n’est donc pas seulement une métaphore. Les liens entre la musique et le langage semblent donc organiquement fondés.

La personne peut avoir des attitudes très différentes face à ces contraintes environnementales, allant d’un extrême à l’autre. Soit il s’en accommode, soit il y trouve même son pied (parce qu’il avait la possibilité de choisir un milieu et une activité qui correspondent à l’épanouissement de sa personnalité), soit il les subit à la limite du tolérable ou encore d’autres cas de figure. Ces attitudes dépendent évidemment aussi de la position de la personne (personne = P par la suite) dans toutes sortes de structures et de ses possibilités d’influencer ces structures ou d’avoir la liberté de ne pas en tenir compte. Peut-être un acteur plus ou moins omnipotent (par exemple un CEO dans une grosse boîte) peut avoir certaines latitudes. Mais s’il ne plait plus aux actionnaires/propriétaires ou s’il ne livre pas les résultats escomptés, s’en est vite fini de sa liberté d’agir à sa guise. Il suffit de lire la presse spécialisée (comme par exemple le « Manager Magazin ») pour se rendre compte que à quel point ces CEOs ont un avenir incertain. S’ils sont chéris aujourd’hui, ils risquent d’être damnés demain. Par exemple, chez Volkswagen, aucun CEO n’est sorti en beauté. Soit on les a liquidés, soit on leur a ouvert une porte de sortie/secours dont personne n’est vraiment dupe. 

On peut émettre l’hypothèse qu’on a une majorité de subisseurs n’ayant aucune latitude de sortir d’un carcan d’activités imposées (l’ouvrier sur d’une chaîne de construction d’automobile par exemple). Je sais que le terme de subisseur n’existe pas, mais il m’arrange et je le définis comme une personne sur laquelle s’exerce une action, un pouvoir qu’elle n’a pas nécessairement voulu ou choisi. Ainsi, la plupart du temps, les salariés se plient aux exigences de l’employeur à cause de la rémunération.

Mais on peut s’imaginer au moins deux sortes de subisseurs :

·         Il y a le subisseur révolté intérieurement mais qui subit parce qu’il n’a pas le choix et doit se plier pour un certain nombre de raisons.

·         Mais il y aussi le subisseur qui s’installe dans sa position de subissement parce que cela l’arrange de ne pas devoir agir librement. Il exerce ses activités lui imposées sans état d’âme et attend la fin de la contrainte pour s’activer éventuellement par après à sa guise et s’éclater dans des activités librement choisies. Il trouve alors son flow dans ces activités. Ce genre de subisseur ne risque pas de se trouver les mains vides à la fin de sa vie professionnelle.

 

Le subisseur s’installant dans le subissement peut aussi ne pas s’activer après la fin de certaines de ces contraintes et s’installer tranquillement dans le « rien-faire » pour attendre le lendemain. En attendant, il choisit lui-même un autre subissement comme une soirée de TV en zappant à gauche et à droite en croquant des chips et boire de la bière (un peu facile comme image, mais il serait intéressant de faire un catalogue d’oisiveté dans notre société)

 

Mais il se peut aussi que certaines de ses personnes aient peur d’un challenge parce qu’un échec risque de les anéantir. Ils préfèrent ne pas changer d’activité qui risquent de briser leur cadre personnel sécurisé et réconfortant. J’ai connu des gens qui ont refusé des postes à responsabilité alors qu’ils étaient parfaits dans leur travail actuel.

 

C’est un sujet de recherche inépuisable avec beaucoup de cas de figure possibles. La nature de la personnalité et le narratif de la vie antérieure de la personne entrent certainement en ligne de compte.

Est-ce qu’un art de vivre « positif » (ce que cela voudra toujours dire) est possible pour ce genre de situations ?

En résumé, on a essayé avec des réflexions pêle-mêle, de définir (pas exhaustivement) les difficultés pour développer un art de vivre qui ne tombe pas du ciel, encore qu’il n’y ait pas nécessairement tout le temps des difficultés pour construire un art de vivre. Si un nouveau-né/enfant est jeté dans le monde sans lui avoir demandé antérieurement son avis (chose évidemment impossible car l’avis de l’enfant n’est pas demandé lors de sa conception), il est nécessairement un subisseur pendant de nombreuses années au même titre qu’ il ne faut pas exclure qu’une personne puisse être jetée dans une situation / contexte subissante où il peut être parfaitement heureux. On lui a imposé en quelque sorte imposé un certain art de vivre qui lui convient. Ainsi, un enfant peut avoir une enfance heureuse ou, au contraire, vivre l’enfer, les deux façons de vivre l’enfance ayant des conséquences plus ou moins lourdes.

Il faut donc se demander si les personnes subissantes heureuses (en excluant les enfants) font foule.

« Brave new world » veut créer des subisseurs heureux malgré eux. Cependant, si on voit les développements actuels en Chine avec leur surveillance électronique tous azimuts et les sanctions réelles si on n’arrive pas à conserver ses points dans le comportement social, le subissement devient de l’esclavage pour survivre.

Mais on a fait ces réflexions sans avoir réussir de définir l’art de vivre et la bonne/belle/heureuse vie d’une manière univoque.




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