L’autodétermination

 

Dans l’actuelle orientation sociétaire de perte d’autonomie et de conditionnements sociaux de toute sortes, l’autodétermination prend une place importante. Le manque d’autodétermination dans notre société, suite aux nombreuses manipulations politiques, commerciales, religieuses, « influencers » et autres, risque de devenir un danger. Il suffit de voir le développement des extrémismes politiques et religieux. Il faudrait de nouveau développer les capacités d’autodétermination par l’éducation en premier lieu.

Que faut-il comprendre par autodétermination ? L'autodétermination fait référence au droit et à la capacité d'une personne à prendre des décisions et à exercer un contrôle sur sa propre vie, en fonction de ses propres valeurs, préférences et besoins. Cela implique la liberté de choisir ses propres actions, de définir ses propres objectifs et de poursuivre ses propres intérêts, tout en respectant les droits et les libertés des autres. L'autodétermination est un principe fondamental dans divers domaines, y compris la politique, l'éducation, la santé mentale et les droits de l'homme. Le développement de l’autodétermination chez l’individu n’est pas anodin et peut comprendre un certain nombre de mécanismes et facteurs.

Dans notre contexte, l'autodétermination et l'art de vivre sont étroitement liés dans la mesure où ils impliquent tous deux des choix conscients et délibérés sur la façon de mener sa vie. On peut supposer qu’un art de vivre semble impossible si on ne dispose pas d’un certain niveau d’autodétermination.

Ainsi, l'autodétermination implique-t-elle de prendre des décisions qui sont alignées sur les propres valeurs, intérêts et objectifs personnels. De même, l'art de vivre consiste à choisir un mode de vie qui apporte un sens et une satisfaction personnelle. Les deux impliquent d'identifier ce qui est vraiment important pour soi et de prendre des décisions en conséquence. Aussi bien l’autodétermination que l’art de vivre sont une forme d’expression pour s’exprimer à travers ses décisions et actions, en choisissant ce qui reflète le mieux la propre identité et la vision de la vie. Tant l'autodétermination que l'art de vivre encouragent la créativité et l'exploration. L'autodétermination implique d'explorer différentes options et de trouver des solutions créatives pour atteindre ses objectifs, tandis que l'art de vivre peut impliquer d'explorer de nouvelles expériences, de s'engager dans des activités artistiques, artisanales, intellectuelles, sociales, professionnelles, philosophiques ou religieuses ou de créer un environnement de vie qui reflète la propre personnalité. L'autodétermination et l'art de vivre visent tous deux à favoriser le bien-être et l'épanouissement personnel. On peut même dire qu’il faut une autodétermination bien développée si on veut construire son art de vivre. En prenant des décisions qui sont authentiques et en accord avec ses propres besoins et désirs, on peut trouver un plus grand sentiment de satisfaction et de bonheur dans la vie quotidienne. Finalement l'autodétermination et l'art de vivre nécessitent tous deux une certaine forme de conscience de soi et de son environnement. Cela implique d'être attentif à ses propres pensées, sentiments et motivations, ainsi qu'à l'impact de ses actions sur les autres et sur le monde qui nous entoure.

Alors on peut se demander s’il existe des méthodes pour évaluer le niveau d’autodétermination d’une personne (j’aimerais bien connaître le mien 😊). L’intelligence artificielle ChatGPT a signalé les méthodes suivantes :

  1. Échelle de l'autodétermination (SDS - Self-Determination Scale) : Cette échelle mesure le degré auquel une personne se sent autonome dans divers aspects de sa vie, tels que le travail, l'éducation, les relations interpersonnelles, etc. Elle comporte plusieurs sous-échelles pour évaluer différents domaines de l'autodétermination.
  2. L'échelle de locus de contrôle (Rotter's Locus of Control Scale) : Cette échelle évalue la croyance d'une personne quant à la source de contrôle sur sa vie. Un score élevé indique un locus de contrôle interne, ce qui est généralement associé à un plus grand sentiment d'autodétermination.
  3. Questionnaires sur la motivation intrinsèque : Ces questionnaires évaluent le degré auquel une personne est motivée par des facteurs internes, tels que l'intérêt, le plaisir et le sens personnel, plutôt que par des récompenses externes. Une forte motivation intrinsèque est souvent associée à un plus grand degré d'autodétermination.
  4. Entretiens semi-structurés ou ouverts : Les entretiens peuvent être utilisés pour explorer en profondeur les expériences, les valeurs, les objectifs et les choix d'une personne, afin de déterminer son niveau d'autodétermination dans différents domaines de sa vie.
  5. Observation du comportement : L'observation directe du comportement d'une personne dans différents contextes peut également fournir des informations sur son degré d'autodétermination. Par exemple, un comportement proactif, une initiative et une persévérance dans la poursuite des objectifs sont souvent des indicateurs d'une forte autodétermination.
  6. Personnellement, j’ajouterais encore l’exploitation qualitative de la journalisation et de la réflexion.

L’autodétermination en soi ne fait pas souvent son apparition dans des articles de psychologie et de neurosciences. Pourtant, elle est l’objet de recherches conséquentes et nombreuses avec ses spécialistes et montrent les nombreuses facettes de l’autodétermination. J’ai failli passer à côté de ce domaine.

Ainsi les chercheurs Edward L. Deci et Richard M. Ryan sont les fondateurs de la théorie de l'autodétermination. Leurs travaux ont jeté les bases de la compréhension de la motivation intrinsèque et de l'autodétermination, mettant en lumière l'importance des besoins psychologiques fondamentaux tels que l'autonomie, la compétence et la relation sociale dans la motivation humaine. Susan Harter a mené des recherches importantes sur l'estime de soi et l'autodétermination chez les enfants et les adolescents. Ses travaux ont contribué à notre compréhension de la manière dont la perception de soi influence le développement de l'autonomie personnelle. Mark R. Leary s'est intéressé aux implications sociales et interpersonnelles de l'autodétermination. Ses travaux ont examiné comment les relations sociales peuvent soutenir ou entraver le sentiment d'autonomie chez les individus. Carol S. Dweck est célèbre pour ses travaux sur la théorie de l'attribution de l'effort et de la mentalité de croissance. Ses recherches ont montré comment les croyances sur l'intelligence et les capacités personnelles influencent la motivation et l'autodétermination des individus. Martin Seligman a exploré les facteurs qui contribuent au bien-être et à l'épanouissement humain. Ses travaux ont examiné comment cultiver des états d'esprit et des attitudes positifs peut renforcer le sentiment d'autonomie et la motivation personnelle. Ce chercheur est aussi à la base d’un modèle sur les lois de la résignation. Mentionnons encore Mihaly Csikszentmihalyi surtout connu pour son concept de "flow", un état optimal d'engagement et de concentration dans lequel les individus se sentent totalement absorbés par une activité. Ses travaux ont montré comment l'expérience du flow peut être liée à un sentiment d'autodétermination et de bien-être. D’autres disent encore que le flow est le stade ultime de la motivation intrinséque. Etre dans « le flow », c’est fonctionner au maximum de ses capacités motivationnelles. L’activité devient si intéressante pour la personne, qu’il ne doit déployer plus aucun effort dans ses activités. Sa perception du temps est altérée, ses besoins mêmes primaires peuvent parfois devenir secondaires (oublier de se nourrir, de se reposer). Les personnes dans le « flow », ont à la fois un challenge à relever (c’est le principe même du jeu vidéo) et la capacité à le relever (ils maîtrisent juste assez de compétences pour faire face au challenge). Quand il y a symbiose entre le défi à relever et les compétences maîtriser, la personne est motivée pour l’activité elle-même. Sinon, elle risque soit l’anxieté (challenge trop exigeant au regard de ses capacités), soit l’ennui (challenge trop faible au regard de ses compétences), soit carrément l’apathie (aucun challenge et aucune compétence).

Mais évidemment il y en a bien d’autres théories encore.

L’autodétermination est aussi étudiée en relation avec la participation et la citoyenneté, l’autisme, le handicap, les troubles anxieux et phobies, l’intégration des jeunes scolaires des jeunes à besoins spécifiques, la déficience intellectuelle, les troubles de comportements et bine d’autres.

Il y a bien des définitions différentes de l’autodétermination selon les auteurs, mais qui se rejoignent cependant sur bien des points. D’ailleurs, certains auteurs ont affiné leur définition au fur et à mesure de l’avancement de leurs travaux.

Le développement de l’autodétermination change en fonction du cycle de vie. Cela rend attentif aux nombreuses entraves possibles dans ce parcours et par conséquent aux capacités/incapacités de développer un art de vivre. Et plus tôt se font sentir ces obstacles et plus graves seront les troubles de l’autodétermination. Pour en montrer l’enjeu capital, nous allons préciser certaines étapes du développement de l’autodétermination. Comme ce parcours commence dès la naissance, les enfants sont les premières victimes de dysfonctionnements qui risquent de se répercuter grandement jusque dans l’âge adulte.

Au fur et à mesure que l'enfant grandit, il développe progressivement la capacité à prendre des décisions par lui-même. Cela commence souvent par des choix simples, comme décider quoi porter ou quoi manger, et évolue vers des décisions plus complexes concernant ses activités, ses amitiés et ses objectifs personnels. Ainsi les enfants apprennent à assumer les conséquences de leurs actions et à prendre des mesures pour corriger les erreurs ou les mauvais choix. Pour être autodéterminé, un enfant doit avoir confiance en ses propres capacités et en son jugement. Les parents et les éducateurs jouent un rôle crucial en encourageant le développement de la confiance en soi chez les enfants en leur offrant un soutien positif et des encouragements. L'autodétermination se renforce par l'expérience. Les enfants ont besoin d'occasions de faire des choix, de prendre des risques contrôlés et de tirer des leçons de leurs succès et de leurs échecs. Les parents et les éducateurs peuvent encourager le développement de l'autodétermination en donnant aux enfants des responsabilités appropriées à leur âge et en leur permettant de résoudre des problèmes par eux-mêmes, avec un soutien disponible en cas de besoin. D’une manière générale, les adultes peuvent influencer le développement de l'autodétermination chez les enfants en servant de modèles de comportement autonomes et responsables. On voit donc le rôle important d’une éducation appropriée pour favoriser le développement de l’autodétermination et les maints incidents pouvant annhiler ces efforts.

Chez l’adolescent, la situation change. Les adolescents commencent à explorer et à développer leur propre identité, ce qui inclut leur capacité à prendre des décisions et à agir de manière autonome. Ils cherchent à se définir indépendamment de leurs parents et de leur environnement familial. Ils sont confrontés à un éventail croissant de choix et de responsabilités, que ce soit en matière d'éducation, de relations sociales, de loisirs ou de carrière. Ils apprennent à naviguer dans ces choix et à prendre des décisions qui reflètent leurs propres valeurs et objectifs. Chez les adolescents/jeunes (l’adolescence est généralement définie comme la période de transition entre l'enfance et l'âge adulte, qui commence vers 10-12 ans et se termine vers 18-20 ans tandis que le terme "jeune" est plus large et peut englober les adolescents, mais aussi les jeunes adultes. Il peut s'appliquer à des personnes allant de la fin de l'enfance (environ 10 ans) jusqu'à la trentaine), l'autodétermination implique également la capacité à s'auto-réguler et à gérer son temps, ses ressources et ses émotions de manière efficace. Les adolescents doivent apprendre à fixer des objectifs, à planifier leurs actions et à surmonter les obstacles qui se dressent sur leur chemin. Dans ce contexte, les interactions avec les pairs jouent un rôle important dans le développement de l'autodétermination chez les adolescents. Ils apprennent à négocier des relations équilibrées, à résoudre des conflits et à s'affirmer dans leurs relations interpersonnelles. Bien que les adolescents cherchent à devenir plus autonomes, ils ont toujours besoin de soutien et de guidance de la part des adultes. Les parents, les enseignants et d'autres figures d'autorité peuvent jouer un rôle crucial en offrant un soutien émotionnel, des conseils pratiques et des opportunités d'apprentissage.

Il faut donc bien des concours heureux pour que l’autodétermination puisse se former correctement pendant les différentes étapes de développement et il faut bien peu pour faire foirer ce développement. Est-ce que les échecs de l’éducation ne sont-ils pas aussi un symptôme de ce dysfonctionnement ?

Le développement de l’autodétermination chez l’adulte est une consolidation des développements antérieurs en fonction des situations de vie. C’est finalement un processus dynamique pendant toute la vie. Ainsi, des circonstances peuvent inciter l’adulte de se pencher plus sur ses besoins, désirs et valeurs personnelles. Mais il est fort possible aussi que maintes personnes n’ont pas le privilège d’un tel déclic et qu’elles continuent dans leur voie habituelle sans se poser des questions. Il semble indispensable de se rendre compte de l’importance de l’autonomie personnelle si on ne veut pas être un citoyen téléguidé par des influences externes. Dans ce sens, une personne se pose peut-être aussi plus de questions sur le sens personnel de ses actions. Cela peut inciter l’individu à acquérir les compétences et connaissances nécessaires pour prendre des décisions éclairées et autonomes. Par ce processus, ils développent également la confiance en soi pour gérer leurs propres affaires. Ce questionnement personnel peut amener une personne à définir des objectifs clairs qui reflètent finalement ses valeurs et aspirations. En principe, cela implique aussi l’élaboration de plans pour atteindre ces objectifs. Comme c’est un processus dynamique et itératif, la personne devient de plus en plus capable de prendre des décisions indépendantes. Elle apprend à évaluer des options et à faire des choix en connaissance de cause en accord avec leurs valeurs et aspirations. Cela crée de nouvelles situations et les adultes apprennent toujours un peu plus à gérer les conséquences de leurs décisions en s’adaptant aux changements et défis qui peuvent se présenter en cours de route. Par ce biais, l’autodétermination devient une partie intégrante de la vie (quotidienne) de l’individu. Ainsi, les adultes intègrent leurs expériences et leurs apprentissages dans leur vécu personnel. C’est évidemment le cerveau qui gère ces processus en catimini sans que cela nécessite une conscientisation permanente. L’adulte affine ainsi sa capacité à vivre de manière autonome et authentique. Mais beaucoup d’adultes n’ont pas la chance d’emprunter ce chemin pour maintes raisons et on peut s’imaginer facilement les conséquences néfastes d’une tournure négative.

Donc, en résumé et d’une manière générale, les individus commencent à développer leur sens de l'autodétermination en faisant l'expérience de différentes situations où ils peuvent exercer un certain degré de contrôle et de choix. Cela peut inclure au début des décisions quotidiennes telles que choisir ses activités, ses loisirs ou ses amis en évoluant vers des situations plus complexes .En prenant des responsabilités dans divers domaines de leur vie, comme le travail, les études ou les relations interpersonnelles, les individus acquièrent un sens accru de leur capacité à influencer leur propre destinée. Faire face à des défis et surmonter des obstacles, ainsi que connaître des réussites, contribue à renforcer la confiance en soi et le sentiment de contrôle sur sa vie. L'environnement social, y compris la famille, les amis, les enseignants et les mentors, peut jouer un rôle crucial en fournissant un soutien émotionnel et en encourageant l'autonomie et la prise de décision. Acquérir des compétences pratiques et des connaissances pertinentes dans différents domaines renforce la confiance en soi et la capacité à prendre des décisions éclairées. Se connaître soi-même, comprendre ses propres valeurs, préférences et limites, est essentiel pour exercer un contrôle sur sa propre vie. Avoir des occasions d'exprimer ses opinions, ses émotions et ses besoins favorise le développement de l'autodétermination en permettant aux individus de défendre leurs intérêts et de prendre position.

Le développement de l’autodétermination ne va pas de soi et peut être entravé par maints obstacles. Ainsi, un environnement familial, scolaire ou social qui ne valorise pas l'indépendance et l'autonomie peut limiter les opportunités pour l'individu d'explorer ses propres choix et de prendre des décisions par lui-même. Un contrôle excessif de la part des parents, des enseignants ou d'autres figures d'autorité peut étouffer l'autonomie et l'initiative de l'individu, en l'empêchant d'explorer ses propres intérêts et de prendre des décisions par lui-même. Ceci peut mener à une faible estime de soi ce qui peut mener à un manque de confiance en ses propres capacités et à une dépendance excessive à l'égard des autres pour la prise de décision, entravant ainsi le développement de l'autodétermination. Normalement, l’individu vit dans un environnement où des modèles de toutes sortes lui sont rendus visibles et dont il va s’en approprier des éléments. Ainsi l'absence de modèles positifs d'autonomie et de prise de décision dans l'environnement familial ou social peut limiter la capacité de l'individu à développer ses propres compétences en matière de prise de décision et d'autodétermination. Par ailleurs, les normes sociales et culturelles restrictives peuvent limiter les possibilités pour certains individus, en particulier les femmes, les minorités ethniques ou les personnes handicapées, de prendre des décisions autonomes et de réaliser leur plein potentiel. Il ne faut pas oublier les handicaps physiques ou mentaux qui peuvent créer des obstacles supplémentaires au développement de l'autodétermination en limitant les possibilités pour l'individu d'explorer ses intérêts et de participer pleinement à la société. Finalement, l’autodétermination doit s’exercer dans l’environnement de l’individu. Ainsi, un manque d'opportunités pour l'individu de participer à des activités significatives et enrichissantes peut entraver le développement de l'autodétermination en limitant ses expériences et son apprentissage.

Rappelons, dans le contexte des discussions sur le bonheur, que l’individu veut et doit se sentir libre pour choisir ses propres actions et contrôler son comportement en accord avec nos valeurs, intérêts, préférences et autres paramètres. L’individu a donc besoin d’être autonome. Si l’individu s’aperçoit qu’il a le choix et le contrôle de ses actions, il devient plus engagé et motivé dans ses actions, ce qui contribue au bien-être et une meilleure qualité de sa vie. L’autodétermination fonctionne dans une certaine mesure comme un moteur de satisfaction intrinsèque, ce qui est un facteur important dans la consistance pour développer un art de vivre et le vivre avec conséquence. On ne peut s’imaginer un art de vivre chez une personne qui manque d’autodétermination.

Cependant, il ne faut pas se faire d’illusion sur la constance de l’autodétermination qui peut aussi être l’objet de variations d’intensité et de portée. Ainsi, l'intensité de l'autodétermination peut varier au fil du temps en fonction des expériences, des transitions de vie et des circonstances personnelles.

Le renforcement de l’autodétermination peut se produire dans diverses situations/circonstances. Par exemple, une personne peut se sentir plus autodéterminée à certains moments de sa vie, comme lorsqu'elle atteint un objectif important ou qu'elle fait face à un défi personnel, et moins autodéterminée à d'autres moments, comme lorsqu'elle est confrontée à des obstacles ou à des pressions externes très perturbantes. Mais l’autodétermination peut aussi varier en fonction des contextes ou des environnements dans lesquels une personne évolue. Par exemple, une personne peut se sentir très autodéterminée dans sa vie professionnelle, mais moins autodéterminée dans sa vie personnelle ou sociale. Les facteurs tels que le soutien social, les attentes sociales et les structures organisationnelles peuvent influencer le degré d'autodétermination d'une personne dans différents domaines de sa vie. Par ailleurs, l’ autodétermination peut évoluer et se développer avec le temps en réponse à des expériences d'apprentissage, des opportunités de croissance personnelle et des interactions sociales. Par exemple, une personne peut développer un plus grand sentiment d'autonomie et de confiance en soi en surmontant des défis ou en acquérant de nouvelles compétences, ce qui renforce son autodétermination dans d'autres aspects de sa vie. Il ne faut pas oublier les relations interpersonnelles qui peuvent jouer un rôle important dans la promotion ou la limitation de l'autodétermination d'une personne. Des relations positives et encourageantes peuvent renforcer le sentiment d'autonomie et d'efficacité personnelle, tandis que des relations conflictuelles ou oppressives peuvent entraver le développement de l'autodétermination.

À l’inverse, l’autodétermination peut aussi de détériorer selon les circonstances. Ainsi, les attentes et les normes sociales peuvent limiter la capacité d'une personne à agir selon ses propres valeurs et désirs. Les pressions pour se conformer aux attentes sociales ou pour suivre des normes culturelles rigides peuvent restreindre le sentiment d'autonomie et d'autodétermination. Dans les situations où une personne se sent constamment surveillée, évaluée ou contrôlée peuvent diminuer son sentiment d'autonomie. Par exemple, un environnement de travail autoritaire ou une relation de couple possessive peut limiter la capacité d'une personne à prendre des décisions et à agir selon ses propres préférences. Par ailleurs, dans le cadre des relations sociales, le manque de soutien émotionnel et social peut rendre difficile pour une personne de se sentir capable et motivée à agir de manière autonome. Le soutien des pairs, de la famille et des amis peut jouer un rôle crucial dans le renforcement de l'autodétermination en offrant encouragement, conseils et perspectives alternatives et leurs absences peuvent saper l’autodétermination. En outre, d’autres facteurs, comme des expériences passées de rejet, d'échec ou de critique peuvent miner la confiance en soi et diminuer la motivation à agir de manière autonome. La peur du jugement des autres ou de subir à nouveau un échec peut également amener une personne à éviter de prendre des risques ou de poursuivre ses aspirations. Des échecs et critiques fracassantes ainsi que des rejets violents peuvent même aboutir à des traumatismes tenaces difficiles à éradiquer. De telles situations peuvent miner la confiance et diminuer la motivation intrinsèque pour agir de manière autonome. Finalement, les environnements caractérisés par l'oppression, la discrimination ou l'injustice peuvent limiter les opportunités d'autodétermination pour certains individus, en particulier ceux appartenant à des groupes marginalisés ou défavorisés.

Sur le plan personnel, une faible estime de soi peut entraver le sentiment d'autonomie et de confiance en soi d'une personne. Les individus qui doutent de leurs propres capacités et qui ont une image négative d'eux-mêmes peuvent hésiter à prendre des décisions ou à poursuivre leurs objectifs avec détermination. Signalons que le besoin d’estime de soi fait partie de la pyramide de Maslow et un paragraphe lui est consacré. Remarquons cependant dès à présent qu’une faible estime de soi ne va certainement pas lancer une personne a priori dans la démarche d’un art de vivre à moins qu’elle prenne conscience de son état « lamentable » et décide de réagir pour changer les choses et de changer de manière de vivre. Mais une telle entreprise ne va pas aller de soi. L’estime de soi n’est pas un état qui, une fois atteint, se perpétue en perpetuum mobile sans plus aucun support externe pour continuer à se mouvoir après avoir été lancé (mouvement perpétuel), mais doit se (re)construire constamment.

Si on approfondit certains modèles de l’autodétermination, des aspects intéressants peuvent en ressortir. Il est fort possible que différentes facettes de ces modèles aient été appréhendées par nous-même d’une manière intuitive, sans formalisation explicite et même inconsciemment selon les circonstances. La motivation peut jouer un rôle important au niveau de l’autodétermination. Les notions de motivation intrinsèque et extrinsèque ont été déjà mentionnées à différentes reprises dans le texte.

Ainsi, le modèle de Deci et Ryan postule que les individus sont intrinsèquement motivés à s'engager dans des activités lorsqu'ils ressentent un sentiment d'autonomie, de compétence et de relation sociale. Ce sentiment a comme base 3 besoins fondamentaux : le besoin d’autonomie, le besoin d’affiliation et le besoin de compétence. Ces besoins sont considérés comme fondamentaux dans leur modèle de l'autodétermination et de la motivation car ils représentent les principaux moteurs psychologiques qui influencent le comportement humain et la motivation intrinsèque. Si Deci et Ryan ont postulé ces besoins, des recherches et études ultérieures, dont longitudinales et empiriques dans divers domaines (neurosciences, psychologie, éducation, sociologie et sciences du comportement) semblent avoir démontré le bien-fondé de ce postulat. La satisfaction de ces 3 besoins pousse l’individu à exercer un contrôle sur sa vie, donc à développer son autodétermination que certains considèrent comme un besoin inné. Il faut des motivations pour agir. Deux sortes de motivation sont fondamentalement en lice : la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.

La motivation intrinsèque est la forme de motivation qui consiste à effectuer une activité sans aucune récompense apparente, sauf le plaisir que l’individu éprouve par la pratique de cette activité ou au travers des sentiments de satisfaction qu’il a en retour de cette pratique. Les individus agissent parce qu’ils trouvent l’activité en elle-même satisfaisante et ne s’attendent pas à une récompense externe en retour.

La motivation extrinsèque implique des actions réalisées pour des raisons externes pour éviter la punition ou pour obtenir une récompense ou encore en fonction d’une pression sociale externe pour obtenir l’approbation.

Les 3 besoins fondamentaux à satisfaire pour réaliser l’autodétermination sont définis comme suit.

Le besoin d’autonomie consiste à agir à partir de ses intérêts, préférences et valeurs propres. Ce besoin est satisfait lorsqu’un individu fait l’expérience du choix et de la volonté dans son action, et se perçoit comme étant à l’origine de ses actions.

Le besoin d’affiliation (appartenance) sociale correspond au besoin de se sentir aimé, accepté et de faire partie d’un groupe. Ceci se traduit par une relation qui engendre une satisfaction dérivée d’un sentiment de connexion avec les autres : prendre soin et être pris en charge par les autres. Le besoin d'affiliation se réfère donc à la tendance naturelle des individus à rechercher des interactions sociales positives, à se sentir acceptés et aimés par les autres, et à développer des relations significatives avec ceux qui les entourent. Cela inclut le désir de partager des expériences, des émotions et des activités avec d'autres personnes, ainsi que le besoin de soutien social et d'appartenance à un groupe ou à une communauté.

Le besoin de compétence reflète le désir des humains de maîtriser efficacement leur environnement et d’y éprouver un sentiment de compétence. Ce sentiment de compétence  se traduit par la perception de se sentir capable, efficace.

De fait, les environnements sociaux qui soutiennent la satisfaction de ces besoins favorisent une croissance optimale et un développement positif, tandis que les environnements sociaux qui entravent la satisfaction de l’un de ces besoins fondamentaux engendrent habituellement une plus grande passivité, aliénation et mal-être.

Or, la satisfaction de ces 3 besoins fondamentaux est nécessaire pour la constitution de l’autodétermination qui pousse les individus à exercer un contrôle sur leur vie. C’est un processus qui se réalise par des comportements qui sont plus ou moins déterminés de l’extérieur. Les motivations pour ce processus peuvent varier sur un continuum d’autodétermination allant de l’amotivation jusqu’à la motivation intrinsèque en passant par la motivation extrinsèque plus ou moins forte.

Continuum de l’autodétermination


La régulation externe est l'un des types de motivation extrinsèque, qui représente le degré le plus bas d'autodétermination dans la motivation humaine. Elle se caractérise par le fait que les comportements sont guidés par des récompenses externes ou des pressions sociales, plutôt que par un intérêt intrinsèque pour l'activité elle-même. La régulation externe se produit lorsque les individus agissent dans le but de recevoir des récompenses externes telles que l'argent, la reconnaissance sociale, les récompenses matérielles, ou pour éviter des punitions ou des conséquences négatives. Dans ce cas, les comportements sont motivés principalement par des incitations externes plutôt que par un réel intérêt ou plaisir à réaliser l'activité.

La régulation introjectée est un type de motivation extrinsèque qui représente un niveau plus élevé d'autodétermination que la régulation externe, mais qui reste moins autonome que la motivation intrinsèque. Ce type de motivation est influencé par des pressions internes telles que la culpabilité, l'anxiété, le besoin de reconnaissance ou les normes personnelles internalisées. La régulation introjectée se caractérise par le fait que les individus agissent non pas parce qu'ils ont un intérêt intrinsèque pour l'activité, mais parce qu'ils se sentent obligés de le faire pour maintenir ou améliorer leur estime de soi, pour éviter des sentiments de culpabilité ou pour satisfaire des attentes internes.

La régulation identifiée se caractérise par le fait que les individus agissent en fonction de valeurs personnelles ou de buts importants pour eux, même s'ils ne trouvent pas nécessairement de plaisir immédiat dans l'activité elle-même. Ils reconnaissent l'importance de l'activité et choisissent de s'y engager en raison de ses bénéfices perçus à long terme. Les individus sont capables d'identifier les raisons pour lesquelles ils devraient accomplir une tâche ou poursuivre un objectif, même si ces raisons ne sont pas nécessairement alignées avec leurs désirs ou leurs intérêts personnels immédiats. Ils reconnaissent les avantages ou les conséquences positives à long terme de l'activité et choisissent de s'y engager en fonction de ces considérations.

La régulation intégrée est un type de motivation extrinsèque qui représente le niveau le plus élevé d'autodétermination parmi les motivations extrinsèques. Les comportements sont pleinement assimilés et congruents avec les valeurs et besoins personnels, mais servent cependant des buts extrinsèques. Les actions entreprises ne sont pas seulement perçues comme des moyens pour atteindre des récompenses externes ou éviter des punitions, mais sont également congruentes avec la vision que l'individu a de lui-même et de son identité. Donc, les raisons pour adopter ces comportements restent externes et ne viennent pas d’une source intérieure de l’individu. La régulation intégrée est l’étape ultime de l’internalisation et la forme la plus autonome de motivation extrinsèque. L’intégration est le fait d’incorporer une demande externe, valeur ou norme sociale dans son système de valeur et dans sa personnalité. Cela nécessite de mettre en congruence cette demande, valeur ou norme assimilée avec les autres aspects de soi, et peut impliquer une modification de son système de valeur. Lorsque l’individu y parvient, il fait alors l'expérience d'une adhésion plus complète au comportement ou à la valeur et d'une absence de conflit avec d'autres valeurs ou attitudes.

Le schéma précédant peut donc s’étoffer : 


Si la motivation extrinsèque (Deci et Ryan) connaît donc des sous-états, la motivation intrinsèque est le stade ultime de l’autodétermination. Dans la vie d’un individu, les différents stades de motivation peuvent se rencontrer selon les circonstances. Si l’individu doit exercer un travail barbant, il y a de fortes chances qu’il se situe au niveau de la régulation externe. S’il exerce cependant son loisir préféré en s’immergent dans un flow, il y a de fortes chances qu’il se trouve au plan de la motivation intrinsèque. L’art de vivre adopté d’un individu ne peut se situer que sur le plan de la motivation intrinsèque. Donc, tout est une question de liberté dans les différentes situations de vie des latitudes dont on dispose pour jouir de ces libertés. C’est donc le paramètre environnement qui apporte un intérêt particulier sur ce plan de l’art de vivre. Or, dans notre société moderne trépignante, les contraintes semblent nombreuses risquant d’entraver fortement l’élaboration d’un art de vivre.

On parle rarement de l’amotivation qui est un état psychologique où un individu manque de toute motivation pour agir ou s'engager dans une activité particulière. Il y a plusieurs raisons possibles. Ainsi l’individu ne trouve aucun intérêt ou utilité dans l'activité, donc même pas une motivation extrinsèque. Il se peut aussi que l’individu se sente sent incapable de réussir ou de réaliser l'activité avec succès ou croit que ses actions n’aient un impact ou mènent aux résultats souhaités. Il se peut aussi que des expériences antérieures de succès limité ou d'échec ainsi que des commentaires critiques ou le manque de soutien peuvent réduire la confiance en soi. En termes simples, une personne amotivée ne voit pas de raison de s'engager dans une activité, que ce soit pour des raisons intrinsèques (intérêt personnel, plaisir) ou extrinsèques (récompenses, reconnaissance). Elle ne montre donc aucun intérêt et ne fait pas d’effort pour participer à l’action. Elle se sent perdue ou indifférente car elle manque de buts clairs. Sur le plan psychique, un niveau élevé de stress, de burnout ou d'anxiété peut paralyser l'initiative et réduire la motivation. Il est connu aussi que les personnes déprimées peuvent éprouver une perte d'intérêt et d'énergie, conduisant à l'amotivation.

Mais l’amotivation n'est pas nécessairement un état général qui affecte tous les aspects de la vie d'un individu. Elle peut être contextuelle et spécifique à certaines activités ou domaines de la vie.  Ainsi l’amotivation peut se manifester de manière spécifique à certaines situations ou activités.

Abery et Stancliffe relativisent dans leur modèle l’importance de l’autodétermination. Ils considèrent que la plupart des individus, qu’ils présentent ou non des incapacités ou qu’ils se retrouvent en situation de handicap, ne souhaitent ni n’ont la capacité d’exercer un contrôle indépendant sur tous les domaines de leur vie. C’est ainsi que des personnes peuvent volontairement renoncer à contrôler les aspects de leur vie qu’ils ne considèrent pas comme importants, pour lesquels elles estiment ne pas avoir l’expertise nécessaire pour exercer un contrôle sans aide, ou sur lesquels elles souhaitent exercer un contrôle seulement en collaboration avec d’autres personnes. Abery et Stancliffe définissent l’autodétermination comme étant un « processus complexe dont le but ultime est d’atteindre le niveau de contrôle personnel sur la vie qu’un individu désire dans les domaines qu’il perçoit comme importants ». Un schéma représente leur modèle qui implique simultanément :

·         (a) le degré de contrôle que les individus exercent sur les différents domaines de leur vie,

·         (b) le niveau de contrôle qu’ils souhaitent exercer dans chaque domaine,

·         (c) le degré d’importance qu’ils accordent à ces domaines.

L’autodétermination peut dès lors être considérée comme le point de rencontre de ces trois éléments.

·         Modèle écologique tripartite de l’autodétermination


L’exercice du contrôle personnel existe le long d’un continuum et reflète la mesure dans laquelle les personnes prennent effectivement le contrôle de leur vie. Il va du contrôle total à une extrémité du continuum à l’absence de contrôle à l’autre extrémité. Entre les deux, il existe divers degrés de contrôle partagé où les individus prennent des décisions en collaboration et en exerçant un contrôle conjoint avec des personnes importantes.

Le deuxième aspect du modèle tripartite d’autodétermination concerne le degré de contrôle que les individus souhaitent exercer. La plupart des personnes ne souhaitent pas contrôler totalement tous les aspects de leur vie. Dans certains domaines, elles désirent des niveaux de contrôle élevés, tandis que dans d’autres domaines, un contrôle modéré (partagé) ou aucun contrôle pour l’objectif poursuivi. Plus spécifiquement, la plupart des personnes se sentent à l’aise pour exercer un contrôle dans les domaines pour lesquels elles ont des préférences bien définies et/ou pour lesquels elles estiment avoir les connaissances nécessaires pour prendre des décisions éclairées. Dans le cas contraire, un faible niveau de contrôle ou l’absence de contrôle peuvent être préférés. Ainsi, puisque toutes les personnes ne souhaitent pas exercer un contrôle total sur tous les aspects de leur vie, favoriser leur autodétermination requiert qu’elles aient la liberté de décider du degré de contrôle qu’elles souhaitent exercer.

Les individus autodéterminés exercent le niveau de contrôle personnel qu’ils souhaitent sur les aspects de la vie qui sont importants pour eux. L’autodétermination dépend donc non seulement de l’exercice par les individus des niveaux souhaités de contrôle personnel, mais aussi de la prise de décisions concernant les choses qu’ils jugent importantes. Toutes les décisions n’ont pas la même signification pour toutes les personnes et l’importance peut changer avec le temps.

Donc, le facteur prédominant dans ce modèle est l’importance subjective accordée par l’individu aux différents aspects de leur vie. C’est en quelque sorte une approche économique pour ménager ses moyens et forces. Le système de valeurs personnel y a certainement son mot à dire.

En l’espace de quelques décennies, l’autodétermination, qui fut initialement le fruit de débats philosophiques centenaires sur la notion d’autonomie, est devenue un objet d’étude de premier plan dans diverses disciplines ce qui se traduit par plusieurs définitions et modèles conceptuels permettant d’en cibler les éléments constitutifs. Le tableau ci-après reprend, en ordre chronologique, les différentes définitions afin de dégager l’ensemble de ces éléments.

Une attention particulière à ces définitions ci-après permet de constater qu’une personne autodéterminée détermine volontairement sa ligne de conduite ou ses états d’esprit en agissant librement par elle-même sans être influencée de manière exagérée par des contraintes externes. Cette personne agit donc en manifestant sa volonté, mais en interdépendance avec d’autres personnes dans le but d’exercer du contrôle sur les événements de sa vie, d’en être l’agent causal. Elle a besoin qu’on lui offre des occasions de développer ses attitudes et ses capacités intrinsèques qui se traduiront par des convictions pour qu’elle puisse prendre des décisions et faire des choix afin d’exercer un contrôle personnel ou partagé dans les domaines de sa vie qu’elle juge importants. Cette dynamique lui permettra de considérer qu’elle vit une vie de qualité.

Principales définitions de l’autodétermination


Par ailleurs certaines théories de la personnalité suggèrent que les individus ont des tendances comportementales et des préférences cognitives qui peuvent influencer leur degré d'autodétermination. Par exemple, les personnes qui ont une préférence pour l'intuition et le sentiment (types INFP ou ENFP dans le modèle MBTI) peuvent accorder plus d'importance à la poursuite de leurs propres valeurs et aspirations, ce qui peut renforcer leur autodétermination. D’autres facteurs individuels peuvent influencer le degré d'autodétermination d'une personne. Ainsi, les valeurs d'une personne, telles que l'indépendance, la liberté et l'autonomie, peuvent jouer un rôle crucial dans son niveau d'autodétermination. Par ailleurs, la confiance en ses propres capacités influence grandement le degré auquel une personne se sent capable de prendre des décisions autonomes et de persévérer dans la poursuite de ses objectifs malgré les obstacles. Les individus dotés de compétences solides en résolution de problèmes et en prise de décision sont généralement mieux équipés pour agir de manière autonome, car ils sont capables d'évaluer efficacement les options et de choisir la meilleure voie à suivre.

On peut encore s’interroger sur l’importance des croyances dans le cadre des discussions sur l’autodétermination. Rappelons (il y a un paragraphe dédié aux croyances) que les croyances individuelles font référence aux convictions, aux opinions et aux convictions personnelles qu'une personne détient à propos du monde, d'elle-même, des autres et de la vie en général. Ces croyances sont souvent formées à partir d'expériences personnelles, d'interactions sociales, d'éducation, de culture, de valeurs et d'autres facteurs influents. Elles sont propres à chaque individu et reflètent sa perception et son interprétation du monde qui l'entoure. Ces convictions peuvent être conscientes ou inconscientes et peuvent varier en fonction de l'âge, de l'expérience et de l'éducation de la personne. Elles ont tendance à être relativement stables, mais elles ne sont pas immuables. Elles peuvent évoluer avec le temps en réponse à de nouvelles expériences, à de nouvelles informations ou à des changements de perspectives. Bien que les croyances individuelles puissent être profondément enracinées, elles ne sont pas à l'abri de la remise en question. Les individus peuvent être amenés à réévaluer leurs croyances à la lumière de nouvelles informations, de débats intellectuels ou de conflits cognitifs. Les croyances individuelles ont un impact significatif sur la manière dont une personne perçoit le monde et se comporte en conséquence. Elles peuvent influencer les choix, les décisions, les attitudes et les interactions sociales d'un individu.

Il semble probable que les croyances peuvent influencer l'autodétermination en façonnant la manière dont les individus perçoivent leurs propres capacités, leur contrôle sur leur vie, leurs motivations et les normes sociales. Des croyances positives et favorables à l'autonomie sont souvent associées à un plus grand degré d'autodétermination.

Le modèle fonctionnel d’autodétermination de Wehmeyer rend attentif à d’autres facteurs importants dans l’autodétermination. Son modèle illustre l’influence qu’exercent des facteurs personnels et environnementaux sur les caractéristiques essentielles à l’autodétermination, ce qui se traduit, au final, par l’expression de comportements relativement autodéterminés. Par exemple, l’âge, la présence ou l’absence d’occasions (de choisir ou d’agir), les capacités et les événements sont autant de facteurs qui peuvent influencer le degré auquel chacune des caractéristiques essentielles est présente.

Ainsi l’autodétermination d’un individu résulte de l’interaction de 3 facteurs déterminants, à savoir :

  1. ·         Ses capacités individuelles qui sont liées aux situations d’apprentissage et au développement personnel
  2. ·         Les occasions fournies par son environnement
  3. ·         Les types de soutien qui lui sont offerts.

Ces facteurs sont constamment influencés par les perceptions et les croyances.

Ces interactions dynamiques favorisent, ou non, le développement de caractéristiques essentielles à une action autodéterminée :

  1. ·         L’autonomie comportementale
  2. ·         L’autorégulation
  3. ·         L’empowerment psychologique
  4. ·         L’autoréalisation

L’autonomie comportementale (fonctionnelle) représente les « habiletés d’une personne à indiquer ses préférences, à faire des choix et à amorcer une action en conséquence ». Un comportement reflète de l’autonomie comportementale dans la mesure où une personne agit en accord avec ses intérêts, préférences et aptitudes, de manière indépendante, sans influence externe exagérée. Il importe de préciser ici que l’autonomie comportementale réfère essentiellement à la conduite, au comportement émis. Il faut donc comprendre et distinguer qu’il s’agit d’un comportement que manifeste seule une personne, en fonction de ses règles et qu’il est possible d’observer. Ceci renvoie à l’étymologie du mot autonomie qui distingue les termes grecs autos : soi-même et nomos : loi, règle. Le terme autonomos réfère, entre autres, au droit que les Romains avaient laissé à certaines villes grecques de se gouverner par leurs propres lois. Par conséquent, l’autonomie comportementale représente l’une des quatre caractéristiques essentielles à l’autodétermination et ne peut être considérée comme interchangeable

·         l’autorégulation est définie comme étant « un système complexe de réponses permettant à un individu d’analyser ses milieux et ses répertoires de réponses lui permettant de faire face aux environnements, afin de prendre des décisions quant à ce qu’il doit faire, le faire, évaluer les conséquences propres à ses actions et réviser ses positions, s’il y a lieu » En d’autres termes, il s’agit du processus qui permet à une personne de traiter des informations, d’anticiper des actions possibles et les conséquences à chacune afin de prendre une décision et d’agir conséquemment.

·         L’empowerment psychologique fait référence aux multiples dimensions de la perception de contrôle exercé par une personne. Elle implique notamment le sentiment d’efficacité personnelle, le lieu de contrôle et la motivation. C’est par le processus d’apprentissage et d’utilisation d’habiletés de résolution de problèmes, ainsi que de développement de perception de contrôle sur leur vie que les individus développent une perception d’empowerment psychologique. En retour, celle-ci leur permet d’atteindre des buts fixés tels que l’inclusion et la participation sociale dans la communauté

·         l’autoréalisation est la tendance d’une personne à façonner ou à influencer le cours de sa vie dans une perspective globale. Essentiellement, les personnes autodéterminées connaissent leurs forces et agissent en conséquence. Elles démontrent un niveau de connaissance de soi (de leurs forces et limites) réaliste et suffisamment précis pour agir de façon à mettre à profit cette connaissance. La conscience et la connaissance de soi s’acquièrent par les expériences vécues, en fonction de l’interprétation de son environnement, des jugements portés par les personnes significatives et la valorisation et les attributions de son propre comportement.

Conséquemment, les actions d’un individu doivent refléter, à un certain degré, chacune de ces quatre caractéristiques fonctionnelles pour que l’on puisse affirmer qu’elles sont relativement autodéterminées.

Wehmeyer (1996) raffine sa définition de l’autodétermination en précisant qu’il s’agit d’« habiletés et attitudes requises chez une personne lui permettant d’agir directement sur sa vie en effectuant librement des choix non influencés par des agents externes indus »

En 2005, il a donc à nouveau affiné la définition de l’autodétermination en suggérant que le comportement autodéterminé réfère à « des actions volontaires permettant à une personne d’être le principal agent causal dans sa vie tout en maintenant ou améliorant sa qualité de vie »

La théorie de l’agentivité causale (Shogren) explique comment les gens deviennent autodéterminés en définissant les actions et les croyances nécessaires pour s’engager dans une action autonome en réponse à des besoins psychologiques de base et à une motivation autonome ainsi qu’à des défis contextuels et environnementaux. Il en résulte la définition suivante : l’autodétermination est  une disposition personnelle manifestée en étant un agent causal dans sa vie. Les personnes autodéterminées (c’est-à-dire les agents causaux) agissent dans la poursuite d’objectifs librement choisis. Les actions autodéterminées ont pour fonction de permettre à une personne d’être l’agent causal de sa vie.

Schéma de la théorie de l’agentivité causale :  

Il peut y avoir un lien entre l’autodétermination et le libre arbitre. Selon une définition, le libre arbitre est la capacité qu'a un individu de faire des choix librement et indépendamment de toute contrainte externe ou influence prédéterminée. Cette notion implique que les actions et les décisions d'une personne sont le résultat de sa propre volonté, et non de forces extérieures telles que le destin, la nécessité, ou des facteurs environnementaux .Cependant, le libre arbitre est souvent opposé au déterminisme, une théorie selon laquelle chaque événement ou état de choses, y compris les actions humaines, est déterminé par une chaîne ininterrompue de causes antérieures. Ainsi, dans un monde déterministe, le concept de choix véritable est illusoire, car toutes les décisions sont déjà prédéterminées par des conditions précédentes. Le compatibilisme fait un pont en soutenant que le libre arbitre est compatible avec le déterminisme. Selon cette position, une personne peut être considérée comme agissant librement même si ses actions sont déterminées, tant qu'elle agit en accord avec ses propres motivations et désirs.

L’autodétermination fait référence à une cadre plus générale, c’est-à-dire référence à la capacité d'une personne à prendre des décisions et à agir de manière autonome, en fonction de ses propres motivations, valeurs et objectifs, plutôt que d'être contrôlée par des forces externes. C'est la capacité de choisir et de diriger sa propre vie de manière intentionnelle. Le libre arbitre concerne une situation plus cadrée (prendre des décisions) et consiste dans la capacité d'une personne à choisir entre différentes options et à agir indépendamment de toute contrainte externe ou de toute détermination préalable. C'est la capacité de prendre des décisions de manière libre et non déterminée par des facteurs extérieurs.

La relation entre l'autodétermination et le libre arbitre réside dans le fait que l'autodétermination implique souvent l'exercice du libre arbitre. Lorsqu'une personne est autodéterminée, elle est capable de prendre des décisions en fonction de sa propre volonté et de sa propre réflexion, sans être contrainte par des forces externes. En d'autres termes, l'autodétermination implique souvent l'exercice du libre arbitre dans la mesure où elle permet à une personne de choisir librement parmi différentes options et de prendre des décisions en fonction de sa propre autonomie.

Cependant, il convient de noter que le libre arbitre peut être influencé par des facteurs internes et externes, tels que les croyances, les valeurs, les expériences passées, l'environnement social et culturel, etc.

La pyramide des besoins de Maslow a certaines similitudes avec les différents modèles de l’autodétermination si on fait fi des besoins physiologiques fondamentaux et des besoins d sécurité On y reviendra ultérieurement.










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