Plaisir et bonheur

 

Cependant, il faut alors se poser la question s’il y a un lien entre le plaisir et le bonheur, le bonheur ayant été à la base du questionnement sur « l’art de vivre » dans ce document? D’un autre côté, le plaisir est déjà analysé dans un autre paragraphe « Les systèmes de récompense et le plaisir/déplaisir »

Il s’agit maintenant de cerner un peu plus la notion de bonheur. La démarcation par rapport à la notion de plaisir peut éventuellement aider dans cet exercice.

Le mot bonheur est composé des mots bon et heur, ce dernier étant plutôt inhabituel dans notre langage. Il s’oppose à la notion de malheur. Heur vient du latin augurium, « présage tiré de l’observation du vol des oiseaux », qui a aussi donné le mot augure. L’heur, initialement, désigne un présage, qu’il soit bon ou mauvais. Le bon heur, en deux mots, c’est donc le bon augure, le signe favorable. Le premier sens de bonheur, en un mot, est donc « chance ». La notion de bonheur a ensuite pris le sens d’« état d’esprit d’une personne comblée ». Il est intéressant de se tourner un peu plus vers la notion d’heur dans le contexte de l’amour pour examiner les notions » actif versus passif ».

Heur signifie donc : bonne fortune, chance heureuse, ce qui arrive d’heureux, destin favorable. Il s’agit donc d’un facteur externe qui semble survenir et convenir au « subisseur » sans que ce dernier y soit pour quelque chose. Le bonheur est souvent mis en relation avec le hasard. Par exemple, une personne tombe amoureuse d’une autre (s’il n’est pas narcissique) personne (coup de foudre) au hasard d’une rencontre et croît y trouver son bonheur. Mais il aurait pu aussi bien rencontrer une personne qui ne l’accroche pas et qui lui reste indifférente. Cependant on ne tombe pas amoureux en faisant fi de sa personnalité, de son vécu. Une certaine conception de l’amour s’est quand-même installée progressivement dans une personne par son vécu personnel et s’il y a une correspondance entre cette conception de l’amour et l’image qu’on se fait d’une personne lors d’une rencontre (fortuite), cette correspondance déclenche le « trigger »  de la construction du sentiment « je suis amoureux ». Mais on peut se poser aussi la question si un amour ne se construisait pas au fil du temps avec de multiples rencontres avec la personne concernée sans commencer par un coup de foudre. Le hasard du coup de foudre ne semble plus être pertinent si on juge du succès des sites de rencontres où les gestionnaires des sites essaient de construire des « matches » entre les abonnés du site. Pour augmenter les chances d’un « match », il y en a qui s’abonnent à plusieurs de ces sites de rencontres. Cela dénote des efforts pour lutter contre la solitude, du moins au départ. Le bonheur, avec un peu de chance, peut suivre et se construire. Donc dans les questions d’amour, on peut noter des démarche proactives (prospection) et réactive. Mais toutes ces réflexions me semblent insuffisantes pour cerner la notion de bonheur. Peut-être qu’on trouvera dans les développements ultérieurs d’autres pistes d’approche du bonheur.

Une trouvaille (parmi d’autres) du Web (Florence Servan-Schreiber) formule ce lien oppositionnel comme suit : « Le plaisir n’est pas le bonheur et le bonheur n’est pas une accumulation de plaisirs .Les plaisirs sont de courte durée, le bonheur perdure. Mais ce qui les distingue avant tout est la sécrétion des neurotransmetteurs qu’ils libèrent l’un et l’autre dans notre cerveau : les plaisirs fabriquent de la dopamine et le bonheur, de la sérotonine. Et l’on sait désormais que trop de dopamine écrase les capteurs de sérotonine et que la dopamine est addictive et la sérotonine antistress. Alors comment doser tout cela ? »

Selon un consensus assez général, le bonheur est un état émotionnel et mental de bien-être subjectif et durable, caractérisé par des sentiments positifs tels que la satisfaction, la joie, la paix intérieure et le contentement. Il varie d'une personne à l'autre en fonction de ses valeurs, de ses expériences de vie, de ses objectifs et de sa perception du monde qui l'entoure. Certains définissent le bonheur comme un état de satisfaction générale avec sa vie dans son ensemble. Fondamentalement, le bonheur peut être décrit comme un sentiment de bien-être global et de plénitude qui peut être influencé par des facteurs internes (comme les pensées, les émotions et les perceptions) et externes (comme les relations sociales, les réalisations personnelles et les circonstances de vie).

Pourtant, la plupart du temps, on confond le plaisir et le bonheur, et plus particulièrement aujourd’hui. Les Grecs anciens distinguaient assez facilement les deux notions, notamment à travers les différences entre l’hédonisme, que l’on peut traduire par la recherche du plaisir, et l’eudémonisme, que l’on peut traduire par la recherche de la félicité.

La société de consommation dans laquelle un grand nombre d’individus du monde occidental vit aujourd’hui, favorise les comportements relevant du plaisir plutôt que du bonheur. Et plus l’individu crée de la dopamine, plus son niveau de sérotine baisse.

S'il est évident que le bonheur ne peut coïncider avec une douleur permanente, il ne va pour autant de soi que le bonheur est uniquement le produit ou la somme de plaisirs. En effet, le bonheur d'une vie s'estime à la permanence d'un état de contentement et de satisfaction. Or, par définition, le plaisir n'est lui, que fugace : il succède souvent à une douleur ou à une tension liée au manque ou au désir.

Le Dr Robert Lustig, neuroendocrinologue et auteur du livre «The Hacking of the American Mind», présente 7 différences importantes entre le plaisir et le bonheur. 

1.    Le plaisir est de courte durée alors que le bonheur est de longue durée.

2.    Le plaisir est ressenti de façon viscérale alors que le bonheur est plutôt spirituel (ethereal).

3.    Le plaisir prend, le bonheur donne.

4.    Le plaisir peut être atteint avec des substances, mais ce n’est pas le cas du bonheur.

5.    Le plaisir se vit seul alors que le bonheur se vit en groupe social.

6.    Les extrêmes du plaisir conduisent aux dépendances à des substances ou à des comportements alors qu’on ne devient pas dépendant du bonheur.

7.    Le plaisir est associé à la dopamine alors que le bonheur est plutôt associé à la sérotonine.

On ne doit pas nécessairement approuver tous ces énoncés, mais elles contribuent quand même un peu à situer le problème.

Le plaisir provoque une excitation, alors que le contentement est associé souvent à un sentiment de plénitude, de calme. Le plaisir peut être obtenu par des substances, héroïne, nicotine, caféine, sucre, alcool. Le contentement ne s’obtient pas par des substances, mais par des actions que l’on pose. Le plaisir est souvent individuel, tandis que le contentement est bien souvent partagé.

Mais dans nos sociétés de consommation, on nous a convaincus que le bonheur se trouvait dans la recherche effrénée du plaisir et la stimulation à base de dopamine.

Rappelons quelques définitions du Grand Robert concernant les différences entre plaisir, bonheur, joie, bien-être

·         Le plaisir est une « Sensation ou émotion agréable, liée à la satisfaction d’un désir, d’un besoin matériel ou mental ».

·         Le Bonheur : état de pleine satisfaction.

·         La Joie : Émotion agréable et profonde, sentiment exaltant ressenti par toute la conscience. On parle aussi d’une émotion liée à une cause particulière.

·         Le Bien-être : Sensation agréable procurée par la satisfaction de besoins physiques, l’absence de soucis.

D’après les recherches, le bonheur peut se présenter sous différentes formes, ces formes ne s’excluant pas nécessairement. Le bonheur peut se manifester différemment selon nos cordes personnelles. L’idéal serait évidemment d’être touché par un maximum de formes de bonheur. Ainsi le bonheur peut se manifester lors d’une expérience de flux (voir plus loin) qui par essence concerne l’action. Mais il peut se révéler lors du passage d’une émotion nous tombant dessus comme par exemple lors de l’écoute d’un morceau de musique. Mais il pourrait aussi se montrer lorsqu’on est confronté à une pensée sublime par un « moment eurêka » (Aha-Erlebnis) ou un «éclair de génie » (Geistesblitz).

Concernant les formes de bonheur, les psychologues Tim Lomas et Tyler J. VanderWeele de l'Université Harvard ont passé en revue la littérature en psychologie afin de proposer une typologie plus large, bien qu'encore provisoire. Leur analyse a été publiée en mars 2023 dans le Journal of Humanistic Psychology.

Ils ont identifié 16 formes distinctes de bonheur, classées selon qu'elles concernent principalement les émotions, la pensée ou l'action.

Les formes de bonheur liées aux émotions

·         L'hédonisme : Le bonheur hédonique est de loin le plus étudié. La dimension affective du concept réfère à la manière dont les gens se sentent dans l'instant (ou relativement récemment) et est généralement conceptualisée en termes de rapport entre l'affect positif et l'affect négatif. Cette approche se concentre généralement sur des émotions impliquant une activation (ou excitation) élevée telle que la joie. Alors que, dans son utilisation classique, le bonheur hédonique réfère également à la satisfaction par rapport à la vie, les auteurs considèrent cet aspect cognitif comme étant une forme distincte en soi (classée dans les formes liées aux pensées).

·         Le contentement : Ce type de bonheur, qui est moins étudiée que la précédente, couvre des états émotionnels positifs relativement neutres associés à de faibles niveaux d'excitation, par exemple, le calme, la paix, la sérénité…

·         Le bonheur mature : Certains théoriciens considèrent que le bonheur peut englober des états affectifs à valence négative. Le sentiment que sa vie a un sens et l'idée de rédemption peuvent être trouvés à travers des difficultés de la vie. Ces aspects peuvent être à l'origine d'états mentaux positifs. La notion de bonheur mature peut donc être conçue comme une expérience mentale concernant la manière dont on a géré la souffrance dans sa vie. Même si le bonheur mature a généralement une valence affective négative, il est caractérisé par une valence cognitive positive, les émotions négatives étant interprétées de manière constructive. « Il existe une abondante littérature sur les phénomènes liés au bien-être mental qui peuvent être considérés sous l'angle du bonheur mature, notamment la croissance post-traumatique, les travaux sur les “récits de rédemption” (McAdams) et de nouvelles recherches sur la préférence des personnes pour une “vie psychologiquement riche”, impliquant diverses expériences et émotions, y compris celles à valence négative », citent les auteurs.

·         Le bien-être spirituel : Le bien-être spirituel est défini comme étant une expérience mentale en relation avec une sorte de réalité transcendante. Il inclut des sentiments tels que l'émerveillement, la gratitude…

·         La vitalité : La vitalité peut être synonyme, en termes objectifs, d'énergie physique élevée tandis qu'en termes subjectifs, elle peut inclure des sentiments de joie de vivre et de vigueur.

Les formes de bonheur liées à la pensée. Les cinq formes suivantes se rapportent principalement (mais pas uniquement) à la pensée.

·         Satisfaction par rapport à la vie : La satisfaction par rapport à la vie est la forme de bonheur qui a été la plus étudiée. Il s'agit d'une évaluation globale portant sur l'ensemble de la vie ou sur des domaines spécifiques de la vie d'une personne (sur une période de temps donnée).

·         Le sentiment que sa vie a un sens : Le sentiment que sa vie a un sens et d'avoir des buts est l'une des formes de bonheur les plus étudiées. Le sens de la vie est habituellement considéré comme une composante de l'eudémonisme. Les auteurs jugent nécessaire d'en faire un type de bonheur distinct puisqu'il peut être indépendant des autres formes d'eudémonisme (ex. la croissance personnelle).

·         Le bonheur intellectuel : Le bonheur intellectuel est également lié à l'eudémonisme, mais tend à être négligé par les chercheurs modernes. Il s'agit d'une expérience mentale liée à la vie intellectuelle ou contemplative d'une personne.

·         L'esthétique : L'appréciation esthétique n'est pas seulement un facteur influençant le bonheur, mais une forme de bonheur à part entière consistant en une expérience mentale concernant les perceptions sensorielles.

·         L'état de flux : L'état de flux, aussi appelé « expérience optimale », consiste à être entièrement immergé dans une activité. Cet état est caractérisé par un sentiment de concentration énergique, de pleine implication et de plaisir.

o   Csíkszentmihályi et Jeanne Nakamura (2009) ont identifié six composantes de l'expérience de flux :

      • une concentration intense et focalisée sur le moment présent ;
      • une fusion de l'action et de la conscience ;
      • une perte de la conscience de soi réflexive ;
      • un sentiment de contrôle personnel sur la situation ou l'activité ;
      • une distorsion de l'expérience temporelle ;
      • une expérience de l'activité comme intrinsèquement gratifiante, appelée expérience autotélique (qui est le but en soi) ;

Ces aspects peuvent apparaître indépendamment les uns des autres, mais ils doivent être combinés pour constituer une expérience dite de flux.

o   Trois conditions interreliées doivent être présentes pour atteindre un état de flux :

      • L'activité doit comporter des objectifs clairs et une progression, ce qui donne une direction et une structure à la tâche.
      • La tâche doit comporter un feedback clair et immédiat, ce qui aide à s'adapter aux exigences changeantes et à ajuster sa performance afin de maintenir l'état de flux.

Un bon équilibre entre les défis perçus et ses compétences perçues doit être présent.

Les formes de bonheur liées à l'action

·         Le bonheur eudémonique : est la forme la plus étudiée de bonheur liée à l'action. Alors que ce terme est souvent utilisé pour désigner toutes les expériences liées au bonheur ne faisant pas partie du bonheur dit hédonique, les auteurs l'utilisent de manière plus étroite pour désigner l'expérience mentale liée au développement personnel (croissance personnelle), c'est-à-dire à l'amélioration du caractère et des vertus. Cette évolution peut être plutôt intangible dans l'instant. Il s'agit plutôt d'une évaluation qui exige une observation et une évaluation de sa vie avec une certaine distance, au fil du temps. Néanmoins, on peut, à un moment donné, sentir si l'on progresse vers la version idéale de soi-même. .Les auteurs formulent l'hypothèse que cette forme de bonheur est plus souvent rencontrée dans le contexte d'un comportement physique (par exemple, une action au service de ses valeurs).

·         La maîtrise, les habiletés : La « maîtrise » est définie comme une expérience mentale concernant le développement et l'utilisation de ses compétences. Il s'agit de la capacité de naviguer habilement dans la vie. Alors que l'eudémonisme concerne le caractère ou la personnalité, la maîtrise concerne les compétences concernant l'adéquation entre soi et son environnement et tend à dépendre du contexte et de la situation. « Cette forme de bonheur peut également impliquer des émotions à valence négative ; en effet, l'un des signes qu'une personne progresse est qu'elle sort de sa zone de confort, que ce soit mentalement, physiquement, socialement ou spirituellement », soulignent les auteurs. Cette forme de bonheur englobe également les récompenses que l'on peut tirer de l'utilisation réussie des compétences, qu'elles soient sociales (par exemple, le statut) ou non sociales (par exemple, les avantages matériels, comme le fait d'interagir avec son environnement en toute sécurité).

·         L'accomplissement : L'accomplissement/la réalisation est étroitement lié à la maîtrise, mais mérite d'être différencié. La maîtrise mène souvent, mais pas toujours, à l'accomplissement, tandis que l'accomplissement nécessite parfois, mais pas toujours, la maîtrise. Indépendamment de la maîtrise, l'accomplissement est un pilier du modèle PERMA d'épanouissement (ou « bonheur authentique ») de Seligman. Alors que la maîtrise concerne l'utilisation des compétences dans le présent, l'accomplissement est davantage lié au passé et au résultat, constituant une expérience mentale en relation avec ce que l'on a accompli.

·         L'équilibre et l'harmonie : Les notions d'équilibre et d'harmonie dans la vie sont étroitement associées aux cultures orientales et sont liées à des émotions positives à faible niveau d'excitation. L'harmonie est définie comme étant une expérience mentale concernant la façon dont les différents éléments de la vie d'une personne sont ordonnés et fonctionnent ensemble. L'harmonie fait appel à la flexibilité. La persistance flexible trouve son origine dans une passion harmonieuse pour une activité et implique la poursuite d'objectifs avec une attention ouverte et large qui permet de s'occuper d'autres objectifs de la vie.

·         Le bonheur nirvanique : Alors que la présente taxonomie s'appuie principalement sur les concepts académiques contemporains, les auteurs mentionnent que de longues traditions telles que le bouddhisme ont élaboré plusieurs théories psychologiques sur diverses formes de bonheur, par exemple, le concept bouddhique de nirvana. Certains concepts pourraient éventuellement inspirer des recherches scientifiques.

·         Le bonheur relationnel : Le bonheur relationnel est défini comme un état mental découlant d'une dynamique interpersonnelle. Les relations ne sont pas simplement un facteur qui influence le bonheur, estiment les auteurs, mais peuvent constituer en elles-mêmes une forme de bonheur.

Rappelons que le bonheur eudémonique  (selon les anciens) vise l’amélioration du caractère et des vertus. Dans un modèle devenu un classique de la psychologie positive, les psychologues Christopher Peterson et Martin E. P. Seligman ont identifié 24 « forces de caractère », largement reconnues et valorisées «  de façon consistante à travers l'histoire et les cultures ». Les forces de caractère, aussi appelées « valeurs en action », sont des capacités de se comporter, de penser ou de ressentir de manière qui favorise un fonctionnement et des performances optimales et aide à mener une vie heureuse et florissante. (Qu'est-ce que l'épanouissement ou la vie florissante ?) Elles sont différentes d'autres types de forces tels que les compétences, les talents, les intérêts ou les ressources. Une caractéristique de ces forces est qu'elles peuvent être cultivées et pratiquées. Elles ont été regroupées en 6 catégories de grandes « vertus » 

Sagesse et connaissances : Forces cognitives qui impliquent l'acquisition et l'utilisation des connaissances

·         Créativité : Penser à des façons nouvelles et productives de faire les choses.

·         Curiosité : S'intéresser à tout ce qui se passe.

·         Ouverture d'esprit : Réfléchir sur les choses et les examiner de tous les points de vue.

·         Amour de l'apprentissage : Maîtriser de nouvelles compétences, sujets et domaines de connaissance.

·         Perspective : Être en mesure de fournir de sages conseils aux autres.

Courage : Forces émotionnelles qui impliquent l'exercice de la volonté d'atteindre des objectifs en dépit de l'opposition, externe ou interne.

·         Bravoure : Ne pas reculer devant la menace, le défi, la difficulté, ou la douleur.

·         Persistence : Finir ce que l'on commence.

·         Intégrité : Dire la vérité et se présenter d'une manière authentique.

·         Vitalité : Aborder la vie avec enthousiasme et énergie.

Humanité : Forces interpersonnelles qui impliquent de s'occuper des autres et de se lier d'amitié.

·         Amour : Valoriser les relations proches avec les autres.

·         Gentillesse : Faire des faveurs et de bonnes actions pour les autres.

·         Intelligence sociale : Être conscient de ses propres motivations et sentiments et ceux des autres.

Justice : Forces civiques qui sous-tendent une saine vie communautaire.

·         Civilité : Bien travailler en tant que membre d'un groupe ou d'une équipe.

·         Équité : Traiter toutes les personnes de la même manière selon des notions d'équité et de justice.

·         Leadership : Organiser des activités de groupe et veiller à ce qu'elles se produisent.

Modération : Les forces qui protègent contre les excès.

·         Pardon : Pardonner à ceux qui nous ont fait du tort.

·         Humilité : Laisser ses réalisations parler d'elles-mêmes.

·         Prudence : Faire attention à ses choix ; ne pas dire ou faire des choses que l'on pourrait regretter plus tard.

·         Régulation de soi : Réguler ce que l'on ressent et fait.

Transcendance : Forces qui forgent des connexions avec l'univers plus large et qui fournissent un sens.

·         Appréciation de la beauté : Remarquer et apprécier la beauté, l'excellence, et/ou la performance talentueuse dans tous les domaines de la vie.

·         Gratitude : Être conscient et reconnaissant pour les bonnes choses qui se produisent.

·         Espoir : S'attendre au meilleur et travailler pour y parvenir.

·         Humour : Aimer rire et taquiner ; faire sourire les autres.

·         Spiritualité : Avoir des croyances cohérentes sur les buts et les sens les plus élevés de la vie.

Des études ont montré que les forces les plus universellement présentes sont la gentillesse, l'équité, l'intégrité, la gratitude et l'ouverture d'esprit.

Bien que toutes les forces contribuent à l'épanouissement, certaines sont plus fortement associées (d’après des recherches) à la satisfaction dans la vie : ce sont l'amour, l'espoir, la vitalité, la gratitude, la curiosité et l'amour. Ces forces méritent particulièrement d'être cultivées, soulignent les chercheurs.

Il faudrait peut-être aussi revenir sur l’équilibre et l’harmonie, facteur considéré intuitivement comme important dans les considérations sur le bonheur.

Le psychologue social Shalom H. Schwartz et ses collègues (1) ont identifié 19 valeurs individuelles fondamentales qui, selon leur théorie, incluraient l'ensemble des valeurs et seraient universelles (se retrouveraient dans toutes les sociétés).

Il s'agit d'une mise à jour de la « théorie des valeurs universelles » proposée initialement en 1992, laquelle identifiait 10 valeurs fondamentales.

La nouvelle liste de 19 valeurs est beaucoup plus précise et prédit mieux les attitudes et les comportements, soulignent les auteurs.

Selon la définition de Schwartz et ses collègues, les valeurs :

  1. sont des croyances qui tiennent à cœur,
  2. réfèrent à des buts désirables motivant l'action,
  3. sont transsituationnelles,
  4. servent de normes pour évaluer les actions, les politiques, les gens et les événements,
  5. forment un système hiérarchique relativement durable, ordonné par importance.

S'ajoutent deux autres caractéristiques :

  1. l'impact des valeurs sur les décisions quotidiennes est rarement conscient,
  2. et c'est l'importance relative des multiples valeurs concurrentes qui guident toute action ou attitude, c'est-à-dire les compromis entre les valeurs.

Ces 19 valeurs sont organisées sur un continuum circulaire dans lequel les valeurs rapprochées sont compatibles et celles éloignées sont conflictuelles. Cette représentation graphique permet de saisir rapidement sa hiérarchie de valeurs.




Les valeurs d'ouverture au changement et de croissance personnelle représentent un pôle de focus personnel qui a tendance à être en conflit avec un pôle de focus social représenté par les valeurs de conservation et de dépassement de soi.

Et, les valeurs d'ouverture au changement et de dépassement de soi représentent un pôle de développement ou de progrès qui a tendance à être en conflit avec un pôle de protection de soi et d'évitement de l'anxiété représenté par les valeurs de conservation et de croissance personnelle.

Voici la liste de ces 19 valeurs :

1.    Autodétermination de la pensée : liberté de cultiver ses propres idées et capacités

2.    Autodétermination des actions : liberté de déterminer ses propres actions

3.    Stimulation : excitation, nouveauté et changement

4.    Hédonisme : plaisir et gratification sensuelle

5.    Réalisation : succès selon les normes sociales

6.    Pouvoir-dominance : pouvoir par l'exercice d'un contrôle sur les gens

7.    Pouvoir-ressources : pouvoir par le contrôle des ressources matérielles et sociales

8.    Image publique : sécurité et pouvoir en maintenant son image publique et en évitant l'humiliation

9.    Sécurité-personnel : sécurité dans l'environnement immédiat

10.  Sécurité-société : sécurité et stabilité dans la société

11.  Tradition : maintenir et préserver les traditions culturelles, familiales ou religieuses

12.  Conformité-règles : respect des règles, lois et obligations formelles

13.  Conformité interpersonnelle : éviter de bouleverser ou de blesser les autres

14.  Humilité : reconnaître son insignifiance dans l'ensemble des choses

15.  Bienveillance-soins : prendre soin du bien-être des membres du groupe d'appartenance

16.  Bienveillance-fiabilité : être un membre fiable et digne de confiance du groupe d'appartenance

17.  Universalisme-préoccupation : engagement envers l'égalité, la justice et la protection de tous

18.  Universalisme-nature : préservation de l'environnement naturel

19.  Universalisme-tolérance : acceptation et compréhension de ceux qui sont différents de soi-même

La raison pour laquelle ces valeurs sont susceptibles d'être universelles, soulignent les auteurs, est qu'elles reposent sur une ou plusieurs des trois exigences universelles de l'existence humaine auxquelles les gens doivent faire face : les besoins des individus en tant qu'organismes biologiques, les exigences de l'interaction sociale coordonnée et les besoins de survie et de bien-être des groupes. On trouve beaucoup de moralité dans maints de ces concepts. Mais est-ce que le bonheur doit être moral pour être un bonheur ? On peut s’imaginer le cas où une personne trouve son bonheur en exploitant les autres, en violant leurs droits, en causant intentionnellement du tort à autrui et bien d’autres cas encore (il suffit de lire le code pénal).

On retrouve dans les 3 recherches (de Tim Lomas et Tyler J. VanderWeele / Christopher Peterson et Martin E. P. Seligman / Shalom H. Schwartz ) maints concepts, déjà mentionnés dans les  démarches heuristiques antérieures plutôt désordonnées, intégrés dans 3 modèles regroupant des facteurs dans les considérations sur le bonheur.

Si le bonheur peut avoir des formes différentes et est basé sur des valeurs, il semble difficile de définir un contenu du bonheur. Le bonheur semble être un état d’âme assez stable s’expriment au gré des expériences. Il serait alors plutôt un état interne de bien-être et de satisfaction qui transcende les circonstances externes. Selon cette perspective, le bonheur est moins déterminé par des événements extérieurs ou des conditions matérielles que par l'état intérieur de la personne. Dans ce sens, le bonheur est considéré comme un état d'être profondément enraciné dans la conscience et la compréhension de soi. On peut aussi décrire le bonheur comme un sentiment de bien-être global, de satisfaction et de contentement avec sa vie dans son ensemble. Le bonheur serait ainsi un état émotionnel de bien-être subjectif et d’harmonie avec soi-même et de paix intérieure.

Schopenhauer était un homme déchiré. Il avait une relation complexe avec sa mère (complexe d’Œdipe ?) et était en concurrence avec Hegel qui l’a toujours détrôné dans ses activités universitaires. Il est probable que la dynamique entre Schopenhauer et sa mère a eu un impact sur sa vie et son travail philosophique. Est-ce un hasard si Schopenhauer s’est tourné très tôt vers le bouddhisme dont une des vérités de base dit que la vie est remplie de souffrance et d’insatisfaction. La souffrance provient, entre autres, de nos désirs et attachements. Il est possible de mettre fin à la souffrance en abandonnant les désirs et les attachements. Et le bouddhisme dit encore : Tout est en constante évolution et rien n'est permanent. Comprendre cette vérité fondamentale aide à libérer de l'attachement et de la souffrance.

Le chemin octuple du bouddhisme est la voie qui mène à la cessation de la souffrance et concorde bien avec maints énoncés déjà formulés :

  • La compréhension juste : Avoir une vision correcte de la réalité.
  • La pensée juste : Cultiver des pensées bienveillantes, non nuisibles et non égoïstes.
  • La parole juste : Éviter de mentir, de médire ou de parler d'une manière qui blesse les autres.
  • L'action juste : Agir de manière éthique et non violente.
  • Le mode de vie juste : Choisir une profession qui ne nuit pas aux autres et pratiquer la générosité.
  • L'effort juste : Cultiver des qualités positives de l'esprit et surmonter les pensées et les émotions négatives.
  • L'attention juste : Être pleinement conscient de ses pensées, émotions, sensations corporelles et environnement.
  • La concentration juste : Développer une concentration profonde et stable par la méditation.

Si le bouddhisme ne vise pas directement le bonheur, il y contribue du moins en visant l’élimination de la souffrance, ce qui constitue déjà un « petit »bonheur en soi, si on y arrive. Et réfléchir sur l’art de vivre est certainement plus facile si on ne souffre pas.

Dans ce sens, on peut même s’imaginer qu’on peut évoluer vers le bonheur en partant de sentiments négatifs. Ainsi on peut traiter avec ses émotions négatives en les acceptant et en composant avec ces sentiments d’une manière saine. Rien que le fait de « matérialiser » les émotions négatives en essayant de les comprendre, on peut amadouer les émotions négatives. En prenant en charge consciemment les émotions, on les désamorce sinon même on les expurge. Cela permet de décrisper la tension et favoriser un sentiment de bien-être parce qu’on a contrecarré cette attaque émotionnelle. On est devenu un acteur victorieux au lieu de rester une victime ballotée.

Si on est envahi par des sentiments négatifs, on peut entreprendre des activités plaisantes pour briser le cercle et faire une rupture dans les sentiments. On éloigne ainsi les mauvais sentiments. Si ce n’est pas vraiment le bonheur, on a quand même une base pour traiter les sentiments négatifs. Cette démarcation permet éventuellement de jouer le jeu de la pleine conscience en observant les pensées et les émotions négatives sans les juger. Cette pratique peut aider à développer une perspective plus équilibrée sur les sentiments/expériences du moment pour ne pas entacher son potentiel de bonheur.

On peut aussi pratiquer l’autocompassion. L'autocompassion est définie comme une attitude bienveillante, aimante et non critique envers soi-même. C'est le fait de traiter ses propres difficultés, souffrances et imperfections avec la même compassion et le même soutien que l'on offrirait à un ami cher en difficulté. L'autocompassion implique également une reconnaissance honnête de ses propres émotions et expériences, ainsi qu'une acceptation de soi inconditionnelle, même dans les moments de vulnérabilité ou d'erreur. Il s’agit de chercher à comprendre sa douleur, ses faiblesses et ses échecs sans jugement. C’est une autre technique de désamorçage. Voici un bref résumé :

1.    Reconnaissance de la souffrance : L'autocompassion commence par reconnaître et accepter la souffrance, la douleur ou les difficultés que l'on rencontre dans la vie. Cela peut impliquer une prise de conscience honnête et non critique de ses propres émotions et de ses expériences.

Selon Germer, il y a 5 étapes de l’acceptation :

1.    l’aversion (on résiste et on évite, ce qu’on fait au début d’expériences douloureuses),

2.    la curiosité (se tourner vers la douleur avec curiosité),

3.    la tolérance (supporter sans se sentir menacé),

4.    lâcher prise (laisser les sentiments aller et venir),

5.    la bonne entente (accueillir avec bienveillance).

2.    Compréhension de l'humanité commune : L'autocompassion implique la reconnaissance que la souffrance et les difficultés font partie intégrante de l'expérience humaine. Cela signifie qu’il faut comprendre que tout le monde, à un moment donné, rencontre des défis et des épreuves similaires.

3.    Bienveillance envers soi-même : L'autocompassion consiste à adopter une attitude de bienveillance et de gentillesse envers soi-même, plutôt que de se juger sévèrement ou de s'auto-critiquer. Cela peut inclure des paroles et des actions réconfortantes et encourageantes envers soi-même.

4.    Clarté mentale : L'autocompassion implique une perspective équilibrée et réaliste sur soi-même et sur les événements. Cela peut signifier se donner la permission d'être imparfait, de commettre des erreurs et de faire face aux difficultés de manière constructive, tout en prenant également soin de soi.

5.    Pratique de la pleine conscience : La pleine conscience est souvent un élément clé de l'autocompassion. Être pleinement conscient de ses pensées, émotions et sensations corporelles dans le moment présent peut aider à cultiver une attitude de compassion envers soi-même.

6.    Engagement envers le soin de soi : L'autocompassion implique également de prendre soin de ses propres besoins et de sa santé mentale et émotionnelle. Cela peut inclure des pratiques d'auto-soin telles que la méditation, le journaling, la pratique d'activités agréables et le maintien de relations positives.

L'autocompassion est différente de l'apitoiement sur soi, un état d'esprit ou une réponse émotionnelle d'une personne se croyant victime et manquant de confiance et de compétence pour s'adapter à une situation défavorable. Il ne s’agit pas d’un processus passif et il n’est pas à confondre avec la résignation car il nécessite un travail personnel et expérientiel.

Peut-on se rendre compte qu’on est heureux (si on a le temps de se poser la question) ? Si on se sent globalement satisfait de sa vie, si on est en paix avec sa situation actuelle, si on un sentiment de plénitude intérieure (belle notion) et si on a un sentiment d’accomplissement, on ne baigne certainement pas dans le malheur. Si on a généralement des émotions positives, on n’est pas frappé par le malheur non plus. De même, si on ne souffre pas de stress, d’anxiété ou de tensions, on est calme et détendu, ce qui permet de se rapprocher du bonheur. Si on réalise les aspirations de sa vie, on ne peut qu’éprouver des sentiments de satisfaction :On peut énumérer encore d’autres aspects. Mais se retrouver dans ces situations, est-ce vraiment le bonheur.

D’un autre côté, est-ce qu’une personne, connaissant les aléas de notre société et les perspectives sombres à l’horizon à travers le monde entier, peut-elle encore aspirer au bonheur égoïste (après moi le déluge) sans se sentir mal à l’aise. Cependant, la conscience et la compréhension des défis de notre monde pourraient être un atout dans la quête au bonheur car elles permettraient à la personne de mieux naviguer dans la vie et de prendre des décisions plus « éclairés ».

La notion de bonheur prend donc une position centrale dans les réflexions sur l’art de vivre. C’est un sujet traité de long en large dans les publications, comme nous l’avons montré dans la présentation antérieure des divers modèles. Cette floraison de réflexions fait aussi qu’il est difficile d’avoir une opinion simple sur le bonheur, par peur éventuellement de ne pas considérer des éléments importants. Nous allons essayer de nous en faire nous-même une certaine idée pour voir les implications dans les considérations sur l’art de vivre. Comme déjà dit, l’art de vivre ne peut pas avoir comme but de réfuter/refuser le bonheur. Il s’agit d’atteindre le bonheur en vivant mieux en conformité avec son art de vivre (si on l’a trouvé ?), ce dernier étant plutôt considéré comme un moyen d’atteindre le bonheur. Comme le bonheur peut difficilement être permanent, l’art de vivre peut contribuer à atteindre le plus souvent possible le bonheur ou du moins créer les conditions pour que le bonheur soit possible.

Les écrits sur le bonheur sont innombrables et les concepts à son égard ont changé au cours de l’histoire, des circonstances des différentes époques ayant remodelé le concept de bonheur. Par ailleurs, le sentiment de bonheur est absolument subjectif et peut se manifester sous maintes formes dans des domaines très différents. Mon but est d’essayer de circonscrire mon concept du bonheur dans le contexte de l’art de vivre sans prétendre à une étude systématique du bonheur.

Comme déjà dit antérieurement, l’émergence de l’intérêt concernant l’art de vivre a son origine dans le questionnement sur la plénitude de ma vie passée et à venir et incite à voir ce que je pourrais/devrais changer dans ce qui reste de ma vie pour ne pas avoir l’impression d’être passé à côté de la vie. Il y a donc le soupçon que j’aurais pu faire mieux dans le passé pour jouir de la vie. Ce sentiment est dû aussi au fait que maintes choses ont perdu de l’importance avec l’âge et qu’on se pose après coup la question si ces choses avaient réellement de l’importance. On pourrait aussi le formuler autrement : est-ce que je voudrais revivre une deuxième fois ma vie de la même façon si j’en aurais l’occasion. La réponse est négative. Si j’avais de bons moments, il y en avait aussi des mauvais et pas des moindres. Mais comme on dit, on « faisait avec » parce qu’on avait l’impression qu’il n’était pas possible de changer grand-chose, qu’on n’avait pas vraiment le choix, qu’il fallait vivre avec ce que l’on avait à disposition (matériel mais aussi mental). Et on ne raisonnait pas à l’époque en termes de bonheur lors des moments où on se sentait bien. Est-ce que beaucoup de personnes raisonnent en termes de bonheur ? Donc à l’origine, se pencher sur l’art de vivre avait essentiellement pour but de trouver les moyens pour vivre une meilleure vie, sans atteindre nécessairement le bonheur.

Je ne nie pas que j’avais des moments où je me sentais bien sinon même heureux. Mais c’était un état qui ne durait généralement pas. Je n’y baignais pas en permanence. Et les moments de bonheur n’étaient pas toujours dus aux mêmes circonstances. Prenons un exemple : Si on est amoureux par un coup de foudre et si la relation dure, les moments de bonheur se répètent, mais l’euphorie risque fort de diminuer avec le temps. Le bonheur changerait alors de consistance : de l’euphorie irraisonnée à des moments de plénitude, de tranquillité, de confiance, de gratitude, de sérénité et autres sentiments. On pourrait alors concevoir qu’une certaine (autre) forme de bonheur s’installerait d’une manière plus durable. Mais il n’est pas exclu que des circonstances externes de toutes sortes puissent changer cet état de béatitude tranquille dont on a pu jouir pendant un certain temps.

Si on a eu dans le passé des expériences de bonheur, il est probable qu’on y prenait goût pour les reproduire et qu’on s’active pour créer les circonstances pour resusciter ce sentiment de bonheur. Et si on s’est fait une idée sur le « mécanisme » du bonheur, on peut aussi concevoir qu’on se tourne vers d’autres horizons pour reproduire ce sentiment de bonheur. Dans un tel contexte de « diversification », l’art de vivre comme système/méthode pourrait entrer en jeu. On aura peut-être imaginé et testé certains « terrains » accessibles où on pourra mettre en œuvre son art de vivre.

Antonio Damasio, archi connu et spécialiste en neurosciences, prétend que le bonheur serait « l'expérience privée d'une émotion ». Il correspondrait à la prise de conscience de ses états internes agréables corporels, mentaux ou les deux, et obéirait à l'équation : bonheur = bien-être + conscience de ce bien-être. Sans cette prise de conscience, on passe à côté du bonheur (par exemple si on est dans une situation agréable, mais avec l'esprit occupé ailleurs, c'est-à-dire « préoccupé »). Se rendre disponible pour savourer ce qui nous arrive de bon est donc une porte d'accès efficace au bonheur.

Une autre approche du bonheur consiste à le considérer comme un état de complète satisfaction, différent du plaisir seulement par la durée et l’intensité. Dans ce contexte se dessine alors un art de vivre sensé nous conduire au bonheur : Pour être heureux, il faudrait maximiser le plaisir, l’intensifier, le prolonger, mais aussi éviter les douleurs. Or, cette approche est insuffisante parce que nous pouvons éprouver du plaisir sans être heureux. Il suffit de penser à un repas extraordinaire dans un restaurant 3 étoiles. Fini le repas et le sentiment intense lors de la bouffe tombe à la fin du manger. Il reste tout au plus le souvenir de ce repas et ce souvenir risque de s’estomper plus ou moins vite. Je ne peux vivre qu’au présent puisque toute sensation ne peut être vécue qu’au présent. Or, le présent est un renouvellement éternel.

Il n’y a pas de bonheur sans plaisir, mais il peut y avoir du plaisir sans bonheur. Vivre dans le plaisir du corps est une condition nécessaire/utile mais pas suffisante pour le bonheur (quid du masochiste ? 😊

). Même l’amour n’y suffit pas car l’amour est une passion qui nous pousse à nous attacher exclusivement à une personne en dehors de laquelle plus rien n’existe. L’amour est troublant pace qu’il peut être entaché par la jalousie et la peur de perdre la personne aimée. Alors ne faudrait-il pas se tourner plutôt vers l’amitié qui est possible avec plusieurs personnes et qui est partageable.

La revue québécoise de Psychologie a publié une étude sur « le bonheur des gens heureux ». L’objectif de l’étude, de nature qualitative phénoménologique utilisant une approche qualitative de nature descriptive, était de répondre à la question suivante : comment les gens heureux font l’expérience du bonheur ? La synthèse des conceptions du bonheur issues de l’arbre thématique est la suivante :

1.    Le bonheur est un choix

2.    Le bonheur est une question de pouvoir personnel

3.    Le bonheur est en soi

4.    Le bonheur dépend des circonstances

5.    Le bonheur ne provient pas des autres

6.    Le bonheur est une quête

7.    Le bonheur a une base génétique

Le dénominateur commun est que le bonheur ne tombe pas du ciel.

Certains considèrent que le bonheur comporte 3 composantes fondamentales : le plaisir, l’engagement et le sens à sa vie.

Il faut d’abord différencier le plaisir de la simple sensation de plaisir immédiat. Ainsi Damasio soutient que le plaisir est étroitement lié à la régulation des émotions et des motivations. Selon lui, le cerveau est câblé pour rechercher des récompenses et éviter les punitions, ce qui influence nos comportements et nos choix. Le plaisir est donc un mécanisme intégré qui renforce les comportements bénéfiques pour notre survie et notre bien-être. Cependant, Damasio souligne également que le plaisir n'est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen d'atteindre un état de satisfaction plus durable. Il suggère que la satisfaction est le résultat d'une harmonie entre nos besoins, nos désirs et nos valeurs, et qu'elle est associée à des états émotionnels plus stables et profonds.

L’engagement consiste à s’investir pleinement dans la poursuite d’activités captivantes qui permettent d’atteindre l’état de « flow »

Le sens de la vie consisterait à mettre à profit ses ressources au service d’une aspiration plus élevée en étroite relation avec nos valeurs fondamentales personnelles. Un sens de la vie peut nous permettre de fournir une orientation et une direction dans nos choix et actions et nous permettre d’établir des objectifs significatifs et des décisions alignées sur nos valeurs fondamentales personnelles. Mais faut-il que la vie ait un sens pour que nous soyons heureux ? La question est assez récente dans la philosophie, peut-être parce qu’autrefois, la vie était rythmée par toutes sortes de croyances, de mythes, d’aspects de religions (est-ce que les islamistes s’interrogent sur le sens de la vie ?) et autres systèmes de dominance qui faisaient que cette interrogation n’avait pas vraiment lieu d’être. Le sens de la vie désigne l'interrogation sur l'origine, la nature et la finalité de la vie ou plus généralement de l'existence, en particulier de l'existence humaine.

Le terme « sens » vient du latin sensus, le « fait de s’apercevoir ou de percevoir », dérivé de sentire, « percevoir par les sens ; saisir par l’intelligence ; juger, avoir une opinion ». Le mot sens comporte en fait trois connotations : sensation, direction et signification.

Des recherches ont montré que les personnes interrogées sur le sens de la vie, se posent les questions suivantes (entre autres) :

·         Pourquoi sommes-nous sur terre ?

·         Quel est le but de l’existence ?

·         Qu’est-ce que je dois accomplir dans ma vie ?

·         Quel genre de personne je veux être ?

·         Est-ce qu’il faut vivre uniquement pour soi ou aussi pour les autres ?

·         Quels sont les choix que je dois entreprendre pour que ma vie soit bonne ?

On peut aussi faire une quête du sens de la vie par la négative. Le philosophe William David Joske établit quatre critères pour qu’une vie soit dénuée de sens. N’a donc pas de sens une vie qui est :

1.    Sans valeur : ce que l’on fait n’a aucune valeur intrinsèque ou aucun mérite (comme lors de simples corvées).

2.    Sans intérêt : ce que l’on entreprend n’est dirigé vers aucun but précis (comme dans le cas de travaux forcés, où il faut creuser des trous et les reboucher).

3.    Triviale : le but et les objectifs sont insignifiants (par exemple mesurer et compter des brins d’herbe pour remplir un tableau de statistiques pour connaître la taille moyenne des brins d’herbe d’un pays).

4.    Futile : le but et les objectifs ne sont pas atteignables (par exemple une association humanitaire qui ferait tout pour atteindre un but qu’il ne serait pas possible de réaliser).

D’un autre côté, on pourrait aussi s’interroger si la vie n’était pas absurde en soi. Est-ce qu’on peut trouver le bonheur dans une vie qu’on considère comme absurde ? On peut y trouver quelques arguments :

·         Tout ce que nous faisons, construisons, entreprenons est vain, car dans le futur distant, rien de tout cela n’aura d’importance.

·         Nous ne sommes qu’un grain de poussière au sein d’un univers infini.

·         Tout ce que nous faisons n’a pas d’importance, car nous allons mourir un jour. Nous naissons, travaillons, avons un impact sur la vie des autres qui eux-mêmes mourront un jour. Au bout, il n’y a donc rien.

Mais cette attitude est trop macroscopique et ne concerne pas l’individu dans sa vie de tous les jours. L’individu malheureux ne se sent pas concerné par ces « grandeurs éphémères » car il vit dans le présent. Il veut avoir de préférence une bonne vie sinon connaître le bonheur et échapper au malheur et à la douleur.

Le modèle des 3 composantes a été revu et élargi.

1.    les émotions positives.  On avait déjà énuméré les sentiments positifs antérieurement.

2.    l’engagement ;

3.    les relations personnelles positives : L’homme est un animal social et s’épanouit grâce à des connexions, des échanges, et des interactions émotionnelles avec d’autres personnes

4.    le sens de la vie ;

5.    la réalisation (ou l’accomplissement).

Mais on peut se poser la question si on ne confond pas les notions de bien-être et de bonheur.

Le bien-être se réfère généralement à un état de satisfaction générale dans différents aspects de la vie, tels que la santé physique, mentale, les relations interpersonnelles, le travail, etc. C'est un sentiment de bien-être et d'équilibre dans la vie quotidienne. Le bien-être peut être mesuré par des indicateurs concrets tels que le niveau de stress, la qualité du sommeil, l'alimentation, l'activité physique, etc. La gratitude peut aussi contribuer au bien-être si on se concentre plutôt sur ce qui est positif dans sa vie au lieu de ruminer tout le temps sur ce qui est ressenti comme manquant.

Le bonheur, en revanche, est souvent considéré comme une émotion ou un état émotionnel positif et durable. C'est un sentiment de joie, de contentement et de satisfaction avec sa vie dans son ensemble. Le bonheur peut être influencé par des événements extérieurs, mais il est souvent plus profond et durable que les émotions temporaires telles que la joie ou l'excitation. Ainsi les moments de plaisir, qu'ils soient petits ou grands, contribuent à un sentiment de bien-être et de satisfaction globale.

La gratitude est souvent associée à une diminution du stress et de l'anxiété. En se concentrant sur les aspects positifs de sa vie, on peut réduire les pensées négatives et les ruminations qui alimentent le stress. Cela peut favoriser un état d'esprit plus calme et paisible, ce qui contribue au bien-être émotionnel promouvant en partie le bonheur. La gratitude nous aide à apprécier le moment présent et à vivre pleinement dans l'instant. En prenant conscience des bonnes choses qui se produisent dans notre vie ici et maintenant (hic et nunc), on cultive un sentiment de satisfaction et de contentement qui contribue au bonheur. On est dans la nébuleuse du carpe diem des épicuriens qui insistent sur l’attrait du plaisir dans l’instant présent. Cependant il ne faut pas demander l’impossible, mais seulement ce dont la réalisation est assurée par la nature. Les personnes qui pratiquent la gratitude sont plus à même de reconnaître et d'apprécier les bonnes choses de la vie. On est loin de la gratitude chrétienne qui est la reconnaissance des bienfaits de Dieu dans notre vie. La gratitude chrétienne infantilise la personne qui n’est plus acteur dans la construction de son bonheur. La gratitude chrétienne est plutôt un instrument de dominance lénifiant empêchant la pensée et réflexion autonome.

Le bien-être peut certainement contribuer à l'atteinte du bonheur, mais il n'est pas nécessairement une condition préalable absolue. Le bien-être fournit souvent les fondations nécessaires pour cultiver le bonheur en fournissant un socle stable et satisfaisant dans différents aspects de la vie. Par exemple, une bonne santé physique et mentale, des relations interpersonnelles positives, un sentiment d'accomplissement au travail, etc., peuvent tous contribuer au bien-être général et créer un terrain fertile pour le bonheur.

Cependant, le bonheur peut également être atteint dans des circonstances moins que parfaites. Des personnes peuvent trouver du bonheur même dans des situations difficiles ou des conditions adverses. Cela peut être grâce à des traits personnels tels que la résilience, la gratitude, la perspective positive, et la capacité à trouver du sens et de la satisfaction dans les petites choses de la vie. Les périodes de malheur peuvent parfois être des occasions de croissance personnelle selon un certain nombre de mécanismes. Ainsi les défis peuvent nous pousser à développer de nouvelles compétences, à renforcer notre résilience émotionnelle et à mieux comprendre nos propres valeurs et priorités. En plus, les moments de crise peuvent renforcer les liens avec les autres. Lorsque nous traversons des difficultés, nous pouvons souvent compter sur le soutien et la solidarité de nos proches, ce qui peut renforcer nos relations et nous apporter un sentiment de connexion et d'appartenance. Par ailleurs, les périodes de malheur peuvent nous aider à apprécier les petites choses de la vie sur lesquelles on passait outre auparavant. Quand les choses vont mal, nous pouvons être plus susceptibles de remarquer et de valoriser les moments de joie, de beauté et de simplicité qui se présentent à nous. Donc, cultiver une perspective positive peut nous aider à trouver du bonheur même dans les moments difficiles. En adoptant une attitude optimiste et en cherchant activement le bien et la beauté dans le monde, nous pouvons développer une résilience émotionnelle qui nous permet de faire face aux défis avec force et courage.

Certaines personnes peuvent éprouver donc des moments de bonheur même dans des conditions de vie difficiles ou de souffrance, par exemple en trouvant du sens dans leurs expériences. Mais il est probablement plus facile de trouver son bonheur si on a des assisses solides dans le bien-être.

Le bonheur se manifeste chez l’homme certes sous forme de sentiments, mais il y a d’autres manifestations du bonheur. Ainsi, les activités nous plongeant dans le flow sont à l’origine de ces sentiments de bonheur. Voici quelques sentiments courants associés à cet état :

·         Concentration profonde : Vous êtes complètement absorbé dans l'activité, perdant la notion du temps et de l'espace.

·         Satisfaction : Accomplir des tâches difficiles ou stimulantes dans cet état peut apporter un profond sentiment de satisfaction et d'accomplissement.

·         Plaisir intrinsèque : Vous prenez plaisir à l'activité pour elle-même, sans besoin de récompense externe.

·         Perte de soi : Vous vous oubliez temporairement, n'étant plus conscient de vos propres préoccupations et pensées.

·         Clarté : Votre esprit est clair et focalisé, vous permettant de prendre des décisions et d'agir de manière fluide et efficace.

·         Contrôle : Vous vous sentez en contrôle de vos actions et de votre environnement, même face à des défis complexes.

·         Challenge : L'activité vous stimule juste assez pour vous pousser à sortir de votre zone de confort, mais reste dans vos capacités pour que vous puissiez y répondre avec succès.

La joie est aussi considérée comme une composante du bonheur. Elle représente ces moments de plaisir intense, de satisfaction et d'émerveillement qui contribuent à un sentiment global de bien-être et de bonheur. La joie est souvent considérée comme une émotion plus passagère et éphémère, tandis que le bonheur est souvent perçu comme un état émotionnel plus durable et profond. Ainsi, bien que la joie puisse contribuer au bonheur, le bonheur peut également être ressenti même en l'absence de moments de joie intense, grâce à d'autres aspects de la vie tels que la satisfaction, la gratitude, le sens, etc. Elle n'est pas la seule émotion qui contribue au bonheur. Une variété d'émotions positives et enrichissantes peut contribuer à un sentiment global de bonheur.

Une autre dimension dans le bonheur est (peut-être) la personnalité. Est-ce que certains types de personnalité ont plus de facilités pour vivre un bonheur que d’autres. Il me semble que les personnes optimistes ont tendance à voir le monde sous un meilleur jour et à anticiper des résultats favorables dans les différentes situations de la vie. Par ailleurs, les personnes résilientes sont mieux équipées pour surmonter les obstacles et maintenir leur bonheur même face à l'adversité. Les individus pratiquant la pleine conscience par la réflexion sont attentifs à leurs pensées, leurs émotions et leurs actions, ce qui leur permet de prendre des décisions plus réfléchies et de mieux gérer le stress. Cette capacité à rester présent et conscient peut favoriser un sentiment de calme et de bien-être. Les personnes extraverties, dans la recherche des relations positives, peuvent trouver plus facilement un soutien émotionnel que ne le font les personnes introverties.

Mais ceci ne veut pas dire que les introvertis ne peuvent pas trouver le bonheur. Ainsi, les introvertis trouvent souvent du bonheur dans des activités qui leur permettent d'être seuls et de se ressourcer, comme la lecture, l'écriture, la méditation ou tout simplement passer seul du temps à réfléchir. Pour beaucoup d'introvertis, ces moments de calme et de solitude sont essentiels pour se sentir heureux et équilibrés. Bien que les introvertis puissent préférer des interactions sociales plus limitées que les extravertis, ils sont tout aussi capables de développer des relations interpersonnelles significatives et profondes. Pour un introverti, le bonheur peut découler de quelques relations étroites et intimes plutôt que d'un grand cercle social. Par ailleurs, les introvertis ont souvent des intérêts et des passions intenses qu'ils poursuivent avec dévouement. L'engagement dans des activités qui leur tiennent à cœur peut apporter un sentiment de satisfaction et de bonheur profond, même s'ils sont réalisés en solitaire. Il y a beaucoup d’activités qui se pratiquent in fine et en fait en solitaire, même si on est en groupe. Ainsi le jogging, la course du vélo, la lecture, la pratique de la musique (par exemple le piano ou la guitare) ou l’écoute de la musique, l’observation de la nature, la recherche sont des activités intrinsèquement solitaires, même si on est entouré de gens. Par contre les jeux de société, les sports collectifs, faire de la musique dans un groupe ou dans un orchestre ne peuvent se pratiquer tout seul dans son coin. Ainsi, les introvertis ont souvent des intérêts et des passions intenses qu'ils poursuivent avec dévouement. L'engagement dans des activités qui leur tiennent à cœur peut apporter un sentiment de satisfaction et de bonheur profond, même s'ils sont réalisés en solitaire. Certains pensent que les introvertis ont tendance à être des penseurs profonds et réfléchis. Ils trouvent souvent du bonheur dans l'autoréflexion, la croissance personnelle et la poursuite de la connaissance de soi. L’exemple typique est le philosophe qui concocte ses pensées plutôt en solitaire, même s’il prend plaisir à confronter d’autres personnes dans des discussions pour s’enrichir dans le dialogue. D’ailleurs beaucoup de philosophes, sinon tous, développent leurs idées personnelles en s’appuyant sur des idées existantes qu’ils évaluent et développent avec leur propre grain de sel. Il suffit de voir la filière Socrate-Platon-Aristote et tous les penseurs qui s’y sont inspirés par après. Un autre exemple flagrant est la psychanalyse où les dissidents de Freud se comptent à la pelle avec des bifurcations psychanalytiques enrichissantes. Freud lui-même s’est beaucoup appuyé sur Schopenhauer.

On a vu que l’immersion dans un flow est une des sources du bonheur. Vivre un flow, c’est œuvrer avec passion dans le cadre d’une activité. Cet état de concentration intense et d'absorption dans une activité peut apporter un sentiment de bonheur et de satisfaction profonde. On est complètement absorbé par l’activité et on perd la notion du temps et on oublie l’environnement. L’activité exercée est normalement due un choix personnel qu’on a pris en fonction de ses enclins, de son vécu personnel et de ses compétences. Il me semble qu’il est difficile d’être dans une situation de flow si on doit réfléchit à chaque pas d’une activité comment le réaliser au mieux car le rythme est perdu. D’un autre côté, on peut se demander si l’apprentissage peut éventuellement se faire dans un esprit de flow. La passion peut procurer un sentiment de sens et de satisfaction dans la vie. Lorsque les gens sont engagés dans des activités qu'ils aiment et qui les passionnent, ils éprouvent souvent un plus grand sentiment de bonheur et de bien-être. Mais on peut aussi se demander si des activités imposées pour diverses raisons peuvent générer chez les personnes des intérêts très forts pouvant muer en passion. Ce serait finalement la découverte d’une passion qu’on ne connaissait pas. Le hasard peut bien faire les choses par moments. Comme disait Robin S. Sharma : « Le secret du bonheur est simple : trouvez ce que vous aimez réellement et ensuite dirigez toute votre énergie vers cette activité. Si vous observez les gens les plus heureux, les mieux portants, les plus satisfaits de ce monde, vous verrez que chacun d’eux a découvert sa passion dans la vie et a passé son temps à la satisfaire. ». Cela correspond bien à une des définitions parmi d’autres de la passion : La passion est une très forte émotion tournée vers une personne, un concept, ou un objet produisant un déséquilibre psychologique (l'objet de la passion occupe excessivement l'esprit).

On peut affirmer que notre société, du moins occidentale, est une société de divertissement et de consommation. Ces deux entités fournissent bien des sensations de plaisir, mais celles-ci risquent d’être de courte durée. En effet la sensation se vit au présent. Il semble certain qu’un plaisir à venir éventuellement n’est pas encore un plaisir même si on l’anticipe (ce qui pourrait aussi constituer un plaisir) et un plaisir du passé n’est plus un plaisir, mais seulement un souvenir. Question : est-ce qu’on est dans la sensation du plaisir si on se souvient des plaisirs du passé ? Le souvenir d'un plaisir peut certainement provoquer une sensation agréable, mais il est généralement considéré comme une expérience différente du plaisir réellement vécu. Les souvenirs peuvent évoquer des émotions positives et raviver des sensations agréables associées à un événement passé, mais ils ne fournissent pas le même niveau de satisfaction que l'expérience réelle. Cependant, le pouvoir des souvenirs peut être significatif dans la mesure où ils peuvent influencer notre humeur et notre bien-être, nous permettant de revivre des moments heureux même après qu'ils se soient écoulés.

L’homme se distingue de l’animal parce qu’il a une conscience temporelle. Or cette conscience peut devenir une source de souci et même une source d’angoisse. Cette conscience temporale nous permet de raisonner dans les perspectives ouvertes par le souvenir en général. Le traitement des souvenirs permet aussi de faire des extrapolations pour l’avenir. Qui ne fait jamais de plans/projets. Donc, il faut évaluer les souvenirs à leur importance dans la cogitation sur l’art de vivre. Ils sont une matière importante dans la constitution d’un art de vivre.

Les souvenirs jouent un rôle crucial dans les mécanismes cérébraux en contribuant à la formation, au stockage et à la récupération des informations sur les expériences passées. Or, les souvenirs sont certainement un facteur important lors de l’élaboration de l’art de vivre pour atteindre le bonheur.

Voici quelques-uns des aspects clés du rôle des souvenirs dans les mécanismes cérébraux :

1.    Encodage: Les souvenirs commencent à se former lorsque des informations provenant de nos sens (au sens large, donc aussi des informations sémantiques sous forme auditive et visuelle, des expériences avec leurs contextes et autres) sont encodées dans le cerveau. Ce processus implique généralement la transformation des informations sensorielles en une forme qui peut être stockée dans la mémoire à court terme. Pour qu'un souvenir soit encodé, il doit attirer l'attention. Les événements significatifs ou émotionnellement chargés ont plus de chances d'être encodés.

2.      Stockage: Une fois encodées, les informations sont stockées dans diverses régions du cerveau. Les souvenirs peuvent être stockés dans la mémoire à court terme (temporaire) ou dans la mémoire à long terme (permanente) en fonction de leur importance et de leur répétition. L'hippocampe joue un rôle crucial dans la consolidation des souvenirs à court terme en souvenirs à long terme. Il lie ensemble les différentes informations sensorielles pour former un souvenir cohérent. La consolidation se produit souvent pendant le sommeil, particulièrement lors du sommeil paradoxal (REM). Durant cette phase, les souvenirs sont rejoués et renforcés. Après consolidation, les souvenirs sont stockés dans les régions spécifiques du cortex cérébral. Par exemple, les souvenirs visuels sont stockés dans le cortex visuel, tandis que les souvenirs auditifs sont stockés dans le cortex auditif. Les souvenirs sont représentés par des réseaux de neurones interconnectés et sont stockés dans des réseaux de neurones interconnectés. Chaque souvenir correspond à un ensemble unique de neurones et implique l'activation de cet ensemble unique de neurones. Les informations mémorisées sont distribuées à travers différents réseaux neuronaux, impliquant diverses régions du cerveau comme le cortex préfrontal, le cortex sensoriel et autres.

3.      Intégration des informations : L'hippocampe joue un rôle crucial dans l'intégration des informations sensorielles et contextuelles lors de l'encodage des souvenirs. Il lie ensemble différents aspects d'une expérience pour former un souvenir cohérent. L'hippocampe agit comme un index central, facilitant la récupération des souvenirs en réactivant les réseaux neuronaux distribués dans le cortex.

4.    Consolidation: La consolidation est le processus par lequel les souvenirs sont stabilisés et renforcés au fil du temps. Pendant le sommeil, notamment pendant le sommeil paradoxal, de nombreux souvenirs sont consolidés, ce qui les rend plus durables et moins sujets à l'oubli. Ce processus implique l'hippocampe et le cortex cérébral.

5.    Récupération: La récupération est le processus par lequel nous accédons aux souvenirs stockés dans notre cerveau. Ce processus peut être déclenché par des indices externes (comme des objets ou des situations familières) ou des associations internes (comme des pensées ou des émotions). La récupération des souvenirs peut être influencée par divers facteurs, tels que l'attention, l'émotion et l'activation des réseaux neuronaux spécifiques. Lorsqu'un indice de récupération est présent, il active le réseau neuronal associé au souvenir. Cette activation permet de reconstruire et de rappeler l'événement. Un même souvenir peut être associé à plusieurs indices différents, augmentant les chances de récupération. Les souvenirs et leurs indices sont renforcés par la répétition et la réactivation.

6.    Modulation émotionnelle : Les souvenirs émotionnels sont souvent plus vifs et plus facilement récupérables grâce à l'influence de l'amygdale. Par ailleurs, les hormones de stress telles que l'adrénaline et le cortisol peuvent renforcer la consolidation des souvenirs associés à des événements stressants ou émotionnels.

7.    Modification: Les souvenirs ne sont pas des reproductions exactes des événements passés, mais plutôt des reconstructions basées sur nos perceptions et nos interprétations. Par conséquent, chaque fois que nous récupérons un souvenir, il est susceptible d'être modifié ou altéré par de nouveaux éléments d'information ou par nos propres processus cognitifs.

8.    Contextualisation dynamique : La récupération d'un souvenir est facilitée lorsque le contexte de récupération est similaire au contexte d'encodage. Par exemple, se trouver dans le même lieu où un souvenir a été formé peut aider à le rappeler. Les émotions jouent un rôle clé dans la récupération des souvenirs. Les indices émotionnels (comme une sensation de joie ou de tristesse) peuvent déclencher la récupération de souvenirs associés à ces émotions.

9.    Rôle des neurotransmetteurs : notre cerveau ne peut fonctionner sans les neurotransmetteurs, et ceci à tous les niveaux. Dans les processus concernant la constitution du souvenir ainsi que la récupération de l’information, certains jouent un rôle plus prééminent :

1.    Glutamate : Principal neurotransmetteur excitateur impliqué dans la PLT (voir ci-après). Il joue un rôle clé dans le renforcement des connexions synaptiques.

2.    Dopamine : Impliquée dans les processus de récompense et de motivation, la dopamine renforce les souvenirs associés à des expériences émotionnellement significatives.

3.    Acétylcholine : Participe à la modulation de l'attention et à la plasticité synaptique, facilitant l'encodage et la récupération des souvenirs.

En neurosciences, la potentialisation à long terme (PLT) est un renforcement persistant des synapses basé sur les derniers patrons d'activité. Ces derniers produisent une augmentation durable du taux de transmission du signal entre deux neurones. L'opposé de la PLT est la DLT (dépression synaptique à long terme). C'est l'un des nombreux phénomènes qui sous-tendent la plasticité synaptique, la capacité des synapses chimiques à modifier leur force. Dans la mesure où les souvenirs sont supposés être encodés par la modification de la force synaptique, la PLT est généralement considérée comme l'un des mécanismes cellulaires majeurs qui sous-tendent l'apprentissage et la mémoire. La plasticité synaptique joue un rôle important par la potentialisation à long terme. En d’autres mots, c’est le processus par lequel les connexions entre neurones sont renforcées après une activité synaptique répétée. Cela facilite la transmission de signaux entre neurones impliqués dans un souvenir spécifique.

Pour qu’un souvenir puisse émerger, l’indice de récupération joue donc le rôle principal. La plasticité synaptique joue un rôle important par la potentialisation à long terme. C’est le processus par lequel les connexions entre neurones sont renforcées après une activité synaptique répétée. Cela facilite la transmission de signaux entre neurones impliqués dans un souvenir spécifique.

On voit donc que l’acteur humain conscient est très peu maître (sinon même pas du tout) dans la constitution et la récupération des souvenirs qui sont la base de beaucoup de nos mécanismes mentaux. Or, un vécu personnel riche ne peut que renforcer notre réservoir de souvenirs/informations et enrichir ainsi nos mécanismes mentaux, influençant divers aspects de notre cognition, comportement et perception.

À ce niveau peut se situer une des origines de l’inégalité des chances. Prenons par exemple l’enfant d’un milieu défavorisé où les moyens financiers sont très réduits. Les parents peuvent difficilement offrir à leur enfant de nombreuses expériences et d’autres apports pour constituer un vécu personnel riche et constituer ainsi un réservoir solide de souvenirs contribuant à son développement. Il est vrai que les media modernes peuvent y remédier en partie, mais encore faut-il que les enfants regardent des émissions nourricières d’informations pertinentes et utiles.

Voici quelques exemples :

·         Les souvenirs sont essentiels à l'apprentissage. Chaque nouvelle expérience est intégrée aux connaissances existantes, permettant une adaptation continue. Par exemple, apprendre à jouer d'un instrument de musique implique la mémorisation de mouvements et de sons spécifiques.

·         Les souvenirs d'expériences passées influencent nos décisions futures. Si un certain comportement a conduit à une conséquence positive ou négative, cette mémoire guidera les actions futures pour maximiser les résultats positifs et éviter les négatifs.

·         Les souvenirs fournissent des informations cruciales lors de la résolution de problèmes. Les connaissances et expériences passées sont rappelées pour évaluer des situations et proposer des solutions.

·         La combinaison de souvenirs anciens avec de nouvelles idées favorise la créativité. Les artistes, scientifiques et inventeurs puisent souvent dans leurs expériences passées pour innover

·         La capacité de naviguer dans notre environnement repose sur la mémoire spatiale, une forme de souvenir. L'hippocampe joue un rôle crucial dans cette fonction, aidant à créer des cartes mentales des espaces que nous avons explorés.

·         Les souvenirs personnels forment la base de notre identité. Ils nous donnent un sens de continuité et de cohérence, reliant notre passé à notre présent et influençant notre vision de l'avenir.

·         La mémoire des expériences sociales et émotionnelles nous permet de comprendre et d'anticiper les sentiments et réactions des autres. Cela favorise des interactions sociales harmonieuses et empathiques.

·         La mémoire des visages, des noms et des interactions passées est cruciale pour maintenir des relations sociales et professionnelles.

·         Les souvenirs d'expériences passées nous aident à évaluer les risques et bénéfices potentiels de différentes actions, influençant ainsi nos décisions.

·         Les souvenirs peuvent aussi contribuer à des biais cognitifs, où des expériences passées influencent nos jugements de manière parfois irrationnelle.

·         Les souvenirs des situations dangereuses passées nous aident à reconnaître et à éviter les menaces futures.

·        Les souvenirs formés par le conditionnement (par exemple, le conditionnement classique de Pavlov) nous permettent de développer des réflexes et des réponses automatiques à certains stimuli.

Les souvenirs peuvent jouer ainsi un rôle significatif dans l'élaboration d'un art de vivre en fournissant une réserve d'expériences passées qui nourrissent notre perspective sur la vie et guident nos choix et nos comportements au quotidien. Ainsi, les expériences passées, qu'elles soient positives ou négatives, peuvent nous enseigner des leçons précieuses. En réfléchissant à ces souvenirs, nous pouvons acquérir de la sagesse et développer des stratégies pour naviguer efficacement dans la vie. Par ailleurs, se rappeler des moments heureux du passé peut nous aider à cultiver une plus grande appréciation des moments présents. En outre, en se concentrant sur les expériences positives que nous avons vécues, nous sommes plus enclins à savourer les petites joies de la vie quotidienne. D’autre part, les souvenirs influencent souvent nos valeurs et nos priorités. En se remémorant des moments significatifs de notre passé, nous pouvons identifier ce qui est vraiment important pour nous et orienter nos choix de vie en conséquence. Les souvenirs peuvent aussi être une source d'inspiration pour l'expression créative. Les artistes, écrivains et musiciens qui ont fait de leur art un art de vivre, puisent souvent dans leurs expériences passées pour créer des œuvres qui capturent la gamme complexe des émotions humaines. Nos souvenirs contribuent à façonner notre identité et notre vision de nous-mêmes. De surcroît, en réfléchissant à nos expériences passées, nous pouvons mieux comprendre qui nous sommes et ce que nous voulons devenir, ce qui alimente notre développement personnel. Il n’en reste pas moins que le souvenir ne fait pas le bonheur mais qu’il constitue un moyen parmi d’autres pour construire l’art de vivre en vue du bonheur.

Mais revenons au divertissement et à la consommation. Ces 2 activités, en soi éphémères et rapides, ne favorisent pas nécessairement la création de souvenirs durables enrichissant le contenu du cerveau (autres souvenirs, pensées, etc.). Or, cette frénésie d’actions futiles peut avoir son origine dans une misère fondamentale de l’homme. Par différence par rapport à l’animal, l’homme se soucie de l’avenir à cause de sa conscience temporelle. Et cette conscience peut être une source de souci et donc d’angoisse de l’avenir. Si on ne se rend pas compte du présent parce qu’il est de durée infinitésimale, nous baignons dans notre passé (notre vécu personnel ancré dans le cerveau) et nous anticipons l’avenir d’une manière subjective et rarement de manière tout à fait objective sur base de l’ensemble de notre vécu personnel. Si on examine ses pensées, on les trouvera occupées par le passé et l’avenir. On vit dans l’espérance du bonheur. Nous nous réjouissons de l’idée que nous nous faisons de ce que nous désirons vivement. Mais on est aussi contrarié par l’idée que ce que nous désirons ne pourrait pas venir. On peut le résumer en disant : espérer c’est désirer sans jouir encore, c’est vouloir sans pouvoir au moment du désir. L’homme balance alors entre la crainte et l’espérance. Alors comment faire pour oublier cette angoisse ? Un moyen consiste à remplir sa vie de plaisirs. Et cette propension est sans limites et alimenté constamment. On passe constamment d’un plaisir à l’autre. Cette fuite en avant est un signe de la misère de l’homme et non un signe de grandeur. Le bolide désiré et finalement acheté (muni d’un pot d’échappement faisant un bruit infernal pour bien démontrer sa présence) du jeune en manque de profondeur en est un exemple. S’y ajoute souvent une musique infernale dispensée à travers les fenêtres ouvertes agressant tous les passants pour marquer une présence dominante. Parfois je me suis demandé quel est la taille du zizi de ce conducteur, mais on est là en plein délire psychanalytique. Je sais que c’est plutôt caricatural mais qui n’a pas connu cette expérience. L’homme est donc condamné de passer d’un plaisir à un autre. Par le divertissement, nous voulons fuir notre vide intérieur, notre ennui. Par le divertissement, l’homme tente par des diversions constantes de gagner du temps sur le moment où l’ennui va l’envahir. Le divertissement prend donc la forme d’un passe-temps mais peut difficilement procurer du bonheur, ne serait-ce à cause de son caractère éphémère.

Cependant, il faut aussi avouer que le divertissement permet de décrocher d’une réalité contemporaine angoissante : cris climatique, catastrophes naturelles, guerre, incertitudes économique, criminalité, vieillesse et ses déboires et autres. Du moment qu’on est diverti, on oublie ces malheurs en se fermant à la réalité.

L’ennui nous rappelle le flow et donc l’importance de l’action. Dans ce sens, on peut distinguer 2 sortes de plaisir, à savoir le plaisir comme activité ou le plaisir comme un état passif. On peut considérer le divertissement comme un état de plaisir dans le sens qu’on est diverti par quelque chose venant de l’extérieur, comme par exemple un film ou de la musique ou un festival ou encore autre chose. Chaque moment du présent est alimenté par une source extérieure sur laquelle on n’a pas d’emprise et qu’on doit/veut subir.

La définition même de divertissement rend bien compte du caractère de distraction. Wikipédia définit le divertissement comme une activité qui permet aux êtres humains d'occuper leur temps libre en s'amusant et de se détourner ainsi de leurs préoccupations.

Le divertissement a, entre autres, les synonymes suivants :  passe-temps, récréation, amusement (entertainment en anglais), loisir, élément qui détourne des choses sérieuses,

Ainsi la typologie (pas exhaustive) suivante rend compte des différentes formes de divertissement : arts plastiques, cinéma, cirque, danse, fête/party/événementiel, internet, jeux, lecture, musique (voir festival) parce de loisirs, radio, télévision, théâtre, tourisme, sport, jeux vidéo et autres.

Le plaisir par une activité permet aussi de parer à l’ennui. C’est de l’activité bien faite que résulte le plaisir. En plus le fait que l’activité a été parfaitement achevée par nos soins, nous renforçons notre estime personnelle et notre fierté, ce qui nous motive à continuer. Nous ne nous trouvons plus sur le plan du subissement d’un état de plaisir fourni par une source extérieure. Ainsi les activités qui impliquent un engagement mental fournissent un défi cognitif qui peut nous garder engagés et alertes. Les activités créatives, telles que la peinture, l'écriture, la musique ou l'artisanat peuvent offrir une sortie pour notre expression personnelle et notre imagination. Et puis on a encore le plaisir du travail bien fait. L'exercice physique régulier peut également contribuer à notre bien-être mental en stimulant la libération d'endorphines, les hormones du bonheur. Trouver des activités qui nous passionnent et nous stimulent peut être un moyen efficace de parer à l'ennui et de maintenir notre bien-être mental. En incorporant une variété d'activités dans notre vie quotidienne, nous pouvons garder notre esprit actif et notre vie enrichissante. Mais on se meut sur le plan du plaisir, pas sur le plan du bonheur à moins que nous soyons immergés dans un flow captivant. Cependant, lorsque les activités que nous effectuons ne parviennent pas à stimuler notre intérêt ou à répondre à nos besoins d'une manière significative, nous risquons de glisser dans l’ennui. Un paragraphe lui est consacré spécialement.

Le bonheur a une autre composante, à savoir la réalisation de soi. On peut stipuler que l’homme veuille réaliser son potentiel de développement. À la naissance, ce potentiel dort encore et n’est pas réalisé. C’est par son vécu que l’homme va faire évoluer son potentiel qui lui est donné à la naissance. L’homme n’est pas la tabula rasa qu’on lui attribuait à une certaine époque. Cette conception a été largement remise en question par la recherche contemporaine en psychologie, en neurosciences et dans d'autres domaines connexes. Bien qu'il soit vrai que les bébés naissent avec un potentiel de développement considérable et que leur expérience et leur environnement jouent un rôle crucial dans leur croissance, il est également reconnu que certaines capacités et prédispositions sont présentes dès la naissance. Les recherches montrent que les bébés naissent avec des prédispositions biologiques et génétiques qui influencent leur développement. Les bébés naissent également avec une série de réflexes innés, tels que le réflexe de succion, le réflexe de recherche ou le réflexe de préhension, qui les aident à survivre et à interagir avec leur environnement dès les premiers jours de vie. Les recherches en neurosciences ont montré que le cerveau des bébés se développe rapidement avant et après la naissance, et qu'il existe des périodes critiques de développement pendant lesquelles certaines compétences et fonctions cérébrales se mettent en place. Le cerveau humain possède un potentiel de développement impressionnant dès la naissance, bien que de nombreux aspects de son fonctionnement et de sa structure continuent de se développer et de se raffiner au fil du temps. Ainsi, le cerveau des bébés est incroyablement plastique, ce qui signifie qu'il est capable de se remodeler et de se réorganiser en réponse à l'expérience et à l'environnement. Cette plasticité cérébrale est particulièrement élevée pendant les premières années de vie, ce qui permet au cerveau de s'adapter et de se développer en fonction des expériences vécues par l'individu. Le cerveau des bébés continue de générer de nouveaux neurones (neurogenèse) même après la naissance, bien que ce processus soit plus actif pendant la période prénatale. Cette neurogenèse se produit principalement dans certaines régions clés du cerveau, telles que l'hippocampe, qui est impliqué dans la mémoire et l'apprentissage. La myélinisation, le processus par lequel les fibres nerveuses sont enveloppées dans une gaine de myéline qui accélère la transmission des signaux électriques, se poursuit également après la naissance. Ce processus est important pour le développement de fonctions cérébrales telles que la coordination motrice et la transmission des sensations. À la naissance, le cerveau des bébés est déjà organisé de manière fonctionnelle, avec différentes régions spécialisées dans des fonctions spécifiques telles que la vision, l'audition, le langage et le mouvement. Au fur et à mesure que l'enfant grandit et interagit avec son environnement, ces régions se développent et se spécialisent davantage.

Donc, le potentiel d’une personne se réalise fortement pendant les premières années de sa vie, aussi bien pour des raisons biologiques que par les expériences vécues. Ces deux facteurs interagissent. Donc à la naissance, l’homme possède une puissance endormie qui ne demande qu’à être réveillée et développée pendant toute la vie. C’est le fameux conatus de Spinoza qui est la puissance propre et singulière de tout homme à persévérer dans l’effort pour conserver et même augmenter la puissance d’être. « Je me réalise et évolue par mes activités en relation avec mon environnement, et ceci pendant toute ma vie ». Wikipédia : « Chez l'homme, le conatus s'exprime dans l'âme, mais tout aussi bien dans le corps. Le corps cherche spontanément l'utile et l'agréable ; l'âme, quant à elle, recherche spontanément la connaissance. Cependant, ce serait avoir une idée inévitablement inadéquate de l'être humain de l'imaginer composé d'un esprit et d'un corps puisqu'en vertu de son être, il est indiscernablement corps-esprit ou esprit-corps comme on préfèrera le dire. En conséquence, ce serait un contresens de croire que, pour Spinoza, une affection de son corps n'est pas aussi une modification corrélative de sa pensée et, inversement, qu'une manière de penser ne soit pas simultanément une affection de son corps, cette remarque n'impliquant aucune action causale transitive du corps sur l'esprit ou inversement de l'esprit sur le corps. »  Dans le contexte de la philosophie spinoziste, le conatus est donc lié à la notion de force vitale ou de désir de vivre qui anime tous les êtres. On peut même établir un lien entre les concepts de Spinoza et la psychosomatique. En intégrant la perspective spinoziste du conatus dans la compréhension de la psychosomatique, on peut mieux saisir le lien complexe entre l'esprit et le corps et l'importance de prendre soin de sa santé globale pour favoriser le bien-être à la fois mental et physique. Rappelons que la psychosomatique concerne les troubles physiques liés à des causes psychiques et aussi vice-versa. Par exemple, des émotions négatives telles que le stress, l'anxiété ou la colère peuvent affecter le système immunitaire et augmenter le risque de problèmes de santé physique tels que les maladies cardiovasculaires, les troubles gastro-intestinaux ou les troubles du sommeil. De même, des problèmes de santé physique peuvent avoir un impact sur le bien-être mental d'une personne en entraînant des sentiments de détresse, de frustration ou de désespoir.

Est-ce que cela veut dire que le bonheur consiste à ne pas aller contre la nature de l’homme? La question est donc : quelle est cette nature à moi et comment s’est-elle constituée ? L’homme ne connaît pas soi-même d’office sa nature. Il la vit. On revient au fameux énoncé « connais-toi toi-même ». Pour Socrate, se connaître soi-même signifie examiner ses propres croyances, motivations, valeurs et limites. Il croyait que la clé de la sagesse et du bonheur résidait dans la compréhension de soi-même. "Connais-toi toi-même" peut être interprété de différentes manières, mais généralement, cela implique une introspection profonde et une réflexion sur notre propre nature, nos forces, nos faiblesses, nos désirs et nos objectifs. En comprenant qui nous sommes vraiment, nous pouvons mieux comprendre nos actions, nos choix et nos relations avec les autres. Mais c’est un exercice permanent car l’homme change/évolue avec ses expériences. Pour certains, les traits de personnalité de base d'une personne restent relativement stables au fil du temps, bien qu'ils puissent être influencés par des expériences de vie importantes ou des événements de transition. D'autres théories soulignent que les gens sont capables de changer et de se développer tout au long de leur vie. Les expériences vécues, les relations, les défis et les transitions peuvent tous contribuer à la croissance personnelle et à la transformation.

Alors, savoir si on va contre sa nature devient un exercice vraiment difficile car beaucoup de facettes sont concernées. Il y a bien des méthodes comme les questionnaires de personnalité, la journalisation, les entretiens réflexifs, la cartographie des valeurs, l’évaluation des intérêts et des compétences, l’analyse des valeurs personnelles et autres. Mais je ne connais aucune personne ayant fait cet exercice pour soi-même. Alors, savoir si on agit contre nature pourrait se constater peut-être simplement par des dysfonctionnements quand on se sent mal. Un malaise indique que quelque chose cloche. Éprouver de la honte pourrait être un tel exemple. Il me semble impossible de nager tout le temps dans un fleuve de bonheur. Selon Héraclite, « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Et entre deux baignades, on fait encore chose que de se baigner 😊.

Nous avons ici examiner un certain nombre de facteurs qui interviennent dans notre constitution et nos agissements qui nous montrent bien le potentiel, mais aussi les limites quand on se lance dans l’entreprise « art de vivre ».


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L’art de vivre et les religions